
Why the Future of Venture Is Hard Tech, Drones & Physical AI | Ian Rountree
Audio Summary
AI Summary
José Maria Medu reçoit Ian Roundtree, fondateur et associé gérant de KTOS Ventures, pour parler de leur quatrième fonds et de leur approche de l'investissement. KTOS Ventures, après dix ans, est considérée comme un succès du jour au lendemain, ayant commencé en 2016 avec un fonds diversifié avant de se concentrer rapidement sur la "deep tech". À l'époque, personne ne s'y intéressait, car l'attention était portée sur le SaaS et les applications grand public. KTOS Ventures a adopté une approche orthogonale, investissant dans des entreprises de "deep tech" de pointe, avec des succès notables comme Nuros.
Ian Roundtree aborde la question de l'investissement en capital-risque, que certains, comme Roelof Botha, qualifient de "risque sans rendement". Il estime que la plupart des fonds de capital-risque sous-performent les bons du Trésor une fois le taux de rendement minimal pris en compte. Malgré cela, Ian est attiré par le capital-risque pour deux raisons principales. Premièrement, il a toujours été fasciné par l'avenir, ayant grandi en lisant de la science-fiction. Le capital-risque lui offre un métier où il est rémunéré pour penser à l'avenir. Deuxièmement, il apprécie l'aspect compétitif de l'investissement, qui est une sorte de "tableau de bord" pour évaluer qui est le meilleur à prédire l'avenir. Il est également motivé par le désir de contribuer à un avenir meilleur, en soutenant des entrepreneurs qui développent des technologies pour améliorer la société.
Quant à la question de savoir pourquoi les investisseurs devraient allouer des fonds au capital-risque, Ian explique que, bien que le fonds médian sous-performe les marchés publics sur le long terme, les fonds les plus performants (quartile supérieur, décile supérieur, voire les 1-2% les plus performants) génèrent des rendements exceptionnels. Il souligne la persistance des performances dans le capital-risque par rapport à d'autres classes d'actifs, où les firmes les plus performantes ont tendance à le rester année après année. Cette persistance est due en partie au fait que, dans le capital-risque, ce sont souvent les entreprises à succès qui choisissent leurs investisseurs, plutôt que l'inverse.
L'avantage concurrentiel d'un fonds de capital-risque, en particulier pour un gestionnaire émergent comme KTOS Ventures, réside dans sa capacité à rester petit et aligné avec les fondateurs à un stade précoce. Ian explique que KTOS Ventures s'efforce d'être le fonds le plus performant tout en restant suffisamment petit pour que chaque membre de l'équipe d'investissement puisse dire à un fondateur que son entreprise représente un pourcentage significatif de sa propre valeur nette. Cela crée un alignement fort avec les fondateurs, qui sont conscients des motivations de leurs investisseurs. KTOS Ventures a délibérément maintenu la taille de son fonds entre 50 et 70 millions de dollars pour rester sous le seuil de rationalité économique des grands fonds, qui, même s'ils investissent à des stades précoces, ne peuvent pas offrir le même niveau d'alignement et de temps aux fondateurs.
La thèse de KTOS Ventures sur la "deep tech" a évolué. Initialement, l'investissement s'est fait de manière progressive. Ian a commencé par investir dans des logiciels verticaux pour des industries non-logicielles, ce qui était considéré comme novateur il y a dix ans. Au fur et à mesure que ces industries devenaient plus physiques, les entrepreneurs ont commencé à intégrer des capteurs, des GPU et des bras robotisés, transformant progressivement l'approche en ce qui est aujourd'hui appelé "deep tech". Cependant, Ian préfère désormais le terme "hard tech" pour décrire leur approche, car il met l'accent sur l'ingénierie et l'exécution plutôt que sur le risque scientifique pur. Il cherche des entreprises où la science est déjà prouvée et où le défi est principalement d'ordre ingénierie. Il met en garde contre la "mythologie de la percée" et préfère les mille petites améliorations cumulatives plutôt que la recherche d'une innovation disruptive unique qui pourrait ne pas se monétiser comme prévu.
Ian nuance l'idée simpliste selon laquelle la "deep tech" est axée sur le risque technique et le logiciel sur le risque de marché. Il estime que les deux types de risques sont importants et qu'il faut viser un équilibre. Il souligne également l'importance de l'exécution, c'est-à-dire la capacité de l'équipe à recruter, à construire une culture, à prendre des décisions stratégiques et à commercialiser le produit. Il exprime des réserves sur les valorisations "folles" de certaines entreprises de "deep tech" à long terme, comme l'énergie de fusion, qui pourraient prendre des décennies à se concrétiser et dont la monétisation n'est pas garantie, surtout si plusieurs entreprises réussissent à la fois.
Concernant le fait d'être "contrarian" ou non en capital-risque, Ian estime que la matrice de Howard Marks sur le consensus/non-consensus ne s'applique pas aussi bien au capital-risque en phase de démarrage. Dans ce marché illiquide avec des informations imparfaites, l'accès et la rapidité d'exécution sont plus importants. KTOS Ventures se concentre sur l'accès à des fondateurs très précoces, parfois avant même que l'entreprise ne soit incorporée, et sur la capacité à investir rapidement. Il note une corrélation positive entre le prix et la performance dans les données d'Angellist, suggérant que les fonds de capital-risque sont souvent bons pour évaluer les entreprises. Ses plus grands regrets sont d'avoir refusé des investissements qu'il aimait, à l'exception du prix, ou d'avoir jugé une idée "stupide" sans prendre la peine de rencontrer les fondateurs exceptionnels.
KTOS Ventures utilise un cadre d'évaluation des fondateurs basé sur six attributs : la vélocité/le dynamisme, la capacité à attirer les talents ("talent gravity"), la capacité à construire un récit ("narrative builder"), l'état d'esprit de croissance ("growth mindset"), la mentalité financière/stratégique ("financial mindedness") et une connaissance encyclopédique de leur industrie. Bien que ce cadre soit rigoureux, Ian admet qu'il a souvent une intuition rapide sur les fondateurs, parfois en seulement cinq minutes de rencontre, particulièrement pour les équipes très expérimentées. Pour les fondateurs moins expérimentés, l'état d'esprit de croissance est crucial.
Ian souligne l'importance d'investir dans des industries "ennuyeuses" qui n'ont pas encore été transformées par la technologie, comme l'exploitation minière, le bois ou la pêche. Il pense que le S&P 500, qui est actuellement à 40% de technologie, sera à 100% à l'avenir. Il ne s'agit pas seulement d'introduire la technologie dans ces industries, mais de les verticaliser pour concurrencer les acteurs historiques. Par exemple, au lieu de vendre des logiciels d'IA à une entreprise minière, KTOS Ventures soutient des entreprises comme Earth AI qui acquièrent des droits miniers et utilisent leur technologie pour trouver des gisements. De même, Shink, une entreprise du portefeuille, fabrique des robots pour transformer le poisson et les vend sous sa propre marque, plutôt que de vendre les robots aux entreprises de transformation de poisson existantes. Cette approche permet de réinventer l'ensemble du processus à partir de principes fondamentaux et de créer une structure de coûts préférentielle pour des produits de base.
La question de la concurrence avec la Chine est abordée, surtout dans le contexte de la "hard tech" et de l'intégration verticale. Ian, en tant que patriote américain, estime qu'il est crucial de construire ces capacités aux États-Unis et avec leurs alliés occidentaux. Il craint que l'externalisation de la production de composants clés, comme les moteurs pour les robots humanoïdes, ne crée une dépendance dangereuse. Il cite l'exemple de Nuros, qui intègre la production de drones militaires pour réduire cette dépendance.
KTOS Ventures a été un investisseur précoce dans Nuros, une entreprise de drones FPV qui est devenue le plus grand fabricant de drones américain en volume en moins de trois ans. Saurin, le fondateur, un ancien champion du monde de course de drones, a été motivé par la guerre en Ukraine pour construire des drones de combat. Ian insiste sur la nécessité de la fabrication à grande échelle et du faible coût dans le domaine de la défense. Avoir le meilleur drone ne suffit pas s'il ne peut pas être produit en masse. Il pense que les drones de classe 1, comme ceux de Nuros, sont essentiels pour la dissuasion et la défense territoriale, en particulier dans les conflits terrestres. Le marché des drones militaires est énorme et nécessite des millions, voire des milliards d'unités.
Concernant les types d'investissements en défense, KTOS Ventures privilégie les entreprises qui se concentrent sur un produit très important et le font mieux que quiconque, comme Nuros avec les drones FPV et Castellian avec les missiles hypersoniques. Cependant, ils ont également investi dans Heavyside, qui adopte une approche de portefeuille avec plusieurs produits, car ils ont trouvé une équipe exceptionnelle capable de gérer cette complexité.
Ian est très optimiste quant à l'avenir et à la capacité de le façonner. Il croit que la technologie peut améliorer le monde et créer de la valeur dans des industries essentielles. Il est particulièrement enthousiasmé par l'IA physique et la robotique. Il imagine un monde où les robots pourraient transformer la vie quotidienne, par exemple en aidant à la maison, ce qui serait révolutionnaire pour la société. Il investit dans toute la chaîne de valeur de la robotique, des modèles aux systèmes d'actionnement, car il pense que cela pourrait être encore plus transformateur que les grands modèles de langage.
Ian aborde la question de l'équilibre entre la foi, le sens et le travail intense dans le capital-risque. Il est constamment préoccupé par les externalités négatives potentielles des technologies dans lesquelles il investit, mais il croit que l'acte de création est en soi divin. Il rejette le "principe de précaution" excessif qui empêcherait toute innovation. Il reconnaît que les fondateurs les plus performants sont souvent intenses, parfois "étranges" ou même "dérangés", et qu'ils ne sont pas toujours les plus équilibrés ou les plus faciles à côtoyer. Il cite l'exemple d'Elon Musk et de Steve Jobs. Il estime que les qualités nécessaires pour changer le monde ne sont pas toujours des adaptations sociales positives, mais qu'il faut trouver un équilibre pour travailler avec eux pendant une décennie ou plus. Il valorise la résilience et l'anti-fragilité chez les fondateurs.
En dehors de KTOS Ventures, la plus grande fierté d'Ian est ses enfants, qui lui apportent une immense joie. Il réfléchit à la quantité de temps qu'il leur consacre et à l'équilibre entre son travail et sa vie personnelle. Il aime son travail et se sent responsable de construire la meilleure équipe possible pour soutenir les entrepreneurs. Il espère que le fonds prospérera au-delà de sa propre implication, passant le flambeau à ses partenaires lorsque le moment sera venu.