
Égalité à l’école : l’échec français
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Le rapport PISA 2025 révèle une "dégringolade" des résultats des élèves français, qualifiés de "cataclysmiques" et "sans surprise". La France enregistre des scores parmi les plus faibles jamais atteints, accentuant la tendance à l'effondrement. Ces tests, qui évaluent le niveau des élèves de 15 ans en sciences, mathématiques et compréhension de l'écrit dans 91 pays, dictent désormais les politiques éducatives. Cependant, derrière ces chiffres se dessine une école française inégalitaire où le milieu social détermine largement les chances de réussite.
Des experts et des professionnels de l'éducation ont débattu de la signification de ces résultats, de leur pertinence et des solutions possibles pour lutter contre les inégalités scolaires.
**Les limites des tests PISA et la méthodologie**
Philippe Merieux, chercheur en sciences de l'éducation, souligne les limites méthodologiques de PISA. Ces tests évaluent uniquement des aspects quantifiables et comparables, ignorant l'éducation artistique, physique, citoyenne, ou culturelle. De plus, certains pays préparent intensivement leurs élèves à ces évaluations ("teaching to the test"), rendant la comparaison entre systèmes éducatifs différents complexe. L'OCDE, organisatrice de PISA, est une organisation axée sur le développement économique, et non une ONG axée sur les droits de l'enfant, ce qui soulève des questions sur la marchandisation des systèmes éducatifs.
Mathilde Guanac, spécialiste éducation de Mediapart, précise que PISA est une enquête rigoureuse de l'OCDE qui évalue la mobilisation des connaissances dans la vie réelle, et non l'adéquation aux programmes nationaux. Elle inclut des questions sur la famille, l'usage des écrans, le climat scolaire, mais exclut l'histoire, la géographie, le développement physique, moral, artistique, ou sportif. Ces tests standardisés et individuels aboutissent à des classements jugés incomplets et critiquables, malgré leur influence sur les politiques éducatives.
Sophie Vénétité, secrétaire générale du SNES-FSU, ajoute que les systèmes éducatifs sont inscrits dans des sociétés différentes avec des approches distinctes, rendant les comparaisons difficiles. Elle estime que les résultats PISA reflètent davantage l'accompagnement des évolutions sociétales par l'école ces dernières années que la lutte contre les inégalités.
**L'ampleur des inégalités scolaires**
Céline Alvarez, linguiste et autrice, met en avant un chiffre particulièrement alarmant : 90 points de différence en compréhension de l'écrit entre les élèves les mieux placés et les moins bons en France, équivalant à 3-4 années scolaires. Cela souligne l'inégalité criante du système français. Philippe Merieux confirme cet effondrement, plaçant la France en queue de peloton des pays développés.
Les inégalités sociales sont particulièrement marquées. L'établissement scolaire explique près de 40% des différences de niveau entre élèves en France, bien au-dessus de la moyenne de l'OCDE (moins de 10% en Islande). Cela renvoie à des questions de mixité sociale et de dotations des établissements.
PISA 2025 met également en lumière une alerte sur les garçons, qui obtiennent de moins bons résultats en compréhension de l'écrit que les filles, bien qu'ils soient meilleurs en mathématiques. Cet angle mort des politiques d'égalité, qui se sont trop focalisées sur les filles, est souligné.
Une autre inégalité significative concerne la filière : les élèves de seconde générale obtiennent des scores comparables à la moyenne européenne performante, tandis que ceux de seconde professionnelle se retrouvent à l'autre extrémité du spectre. Ce clivage reflète la ségrégation sociale et raciale accrue dans les lycées professionnels.
**La question de la lecture dès la maternelle**
Céline Alvarez défend l'idée d'apprendre à lire dès la maternelle, arguant qu'attendre le CP est trop tard et laisse les inégalités se creuser. Sa méthode repose sur l'apprentissage des sons des lettres plutôt que de leur nom, et la manipulation de ce code alphabétique. Elle a mené des expérimentations, notamment à Jeuneviller, montrant des résultats probants.
Philippe Merieux critique cette approche, la jugeant trop mécaniste et négligeant le travail des enseignants sur la globalité de l'acte de lecture, la familiarisation avec les livres et la littérature jeunesse. Il insiste sur le sens anthropologique de l'entrée dans l'écrit.
Julia Combe, professeure des écoles en maternelle, confirme que l'apprentissage du décodage et de l'encodage se fait déjà en maternelle, conformément aux programmes. Elle souligne que le nom des lettres peut coexister avec le son, et que l'essentiel est de donner du sens à l'apprentissage.
**Les moyens et les conditions de travail des enseignants**
La question des moyens est centrale. Les propositions de revalorisation salariale des enseignants par les candidats à la présidentielle sont nombreuses, mais Sophie Vénétité, du SNES-FSU, se montre sceptique face à des promesses souvent assorties de contreparties (augmentation des tâches, travail plus long). Elle souligne le manque de confiance des personnels envers les politiques, suite à des promesses non tenues.
Julia Combe met en avant la crise du recrutement et l'importance des conditions de travail pour attirer de nouveaux talents. Les enseignants se sentent parfois abandonnés et perdent le sens de leur métier. Le manque de personnel, notamment les AESH (Accompagnants d'élèves en situation de handicap), rend la mission impossible et crée des situations de crise.
Le manque de personnel et de matériel pédagogique est un problème structurel. La France est en dessous de la moyenne de l'OCDE en termes de dépenses publiques consacrées à l'éducation. La baisse démographique attendue pourrait libérer des marges budgétaires, mais les choix politiques divergent quant à leur utilisation (plus de professeurs par classe, augmentation des salaires, création d'emplois).
**Les pistes de solutions**
Plusieurs pistes sont évoquées :
* **Renforcer la maternelle :** Apprendre à lire dès la maternelle, en se concentrant sur le son des lettres, est présenté comme un levier majeur contre les inégalités.
* **Revaloriser les enseignants :** Augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail pour attirer et retenir les personnels.
* **Diminuer le nombre d'élèves par classe :** Permettre un meilleur accompagnement de chaque élève.
* **Relancer l'éducation prioritaire :** Investir davantage dans les établissements les plus défavorisés.
* **Favoriser la mixité sociale et scolaire :** Lutter contre la concurrence du privé qui fragilise la mixité.
* **Améliorer la formation continue des enseignants :** Un point crucial pour la réussite des élèves, souvent négligé.
En conclusion, le rapport PISA met en lumière une école française en crise, marquée par de profondes inégalités. Les discussions ont souligné la nécessité d'agir sur plusieurs fronts, notamment la pédagogie, les moyens et les conditions de travail des enseignants, pour redonner à l'école son rôle de vecteur d'égalité et de transformation sociale.