
Les mystérieux trades du président américain
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La déclaration de patrimoine de Donald Trump, longue de 234 pages, révèle une fortune ayant littéralement explosé ces dernières années, soulevant des soupçons de délits d'initiés et de conflits d'intérêts au sein de son empire immobilier tentaculaire. Le pouvoir du président américain sur les marchés financiers est tel que Wall Street a même surnommé ce phénomène.
La fortune de Donald Trump est estimée à 6 milliards de dollars, ce qui le placerait à la 19e position des fortunes françaises. Sa richesse a connu une accélération fulgurante, passant de 3 milliards en 2017 à 5 milliards l'année dernière, puis 6 milliards cette année, sa fortune ne cessant de croître.
Forbes a détaillé son patrimoine, incluant 2,1 milliards de dollars en cryptomonnaies et actifs liquides. Il a notamment lancé son propre coin, évalué à 400 millions de dollars, juste avant de prendre ses fonctions. Il détient également des tokens de World Liberty Financial, sa société financière qui achète des stablecoins, ainsi que 242 millions de dollars dans le business des stablecoins.
Truth Social, sa plateforme de médias sociaux, est valorisée à 1,2 milliard de dollars. Malgré des revenus modestes (3,7 millions en 2025) et des pertes importantes (700 millions), la société est cotée et sa valeur a grimpé, notamment parce que ses publications exclusives obligent les utilisateurs à télécharger son application.
L'empire immobilier de Trump inclut des clubs de golf aux États-Unis, valorisés à 600 millions de dollars, avec 10 parcours dans six États. Les profits de ces golfs ont explosé, passant de 19 millions en 2020 à 66 millions. Cette croissance soulève des questions éthiques, car l'adhésion à ces clubs pourrait être perçue comme un moyen d'influencer le président ou de s'attirer ses faveurs.
Mar-a-Lago, sa résidence en Floride, est évaluée à 600 millions de dollars. Trump a déclaré que c'était sa meilleure année, en grande partie grâce à sa campagne présidentielle, suggérant que la politique lui rapporte directement de l'argent. Il possède également des propriétés en Europe, notamment deux clubs de golf en Écosse et un en Irlande, valorisés à 120 millions de dollars.
Son activité historique est l'immobilier à New York, avec des bâtiments sur la 57e Rue et l'Avenue of Americas valant 1 milliard de dollars, bien qu'il soit très endetté sur ces propriétés. La Trump Tower, son bâtiment le plus connu, vaut moins mais reste un emblème. Il possède également des maisons en Floride et le 40 Wall Street. Son penthouse, dont il a exagéré la taille, est un autre actif important.
Son empire inclut un business de gestion qui vend des licences pour divers produits (Trump Watch, Trump Mobile), ainsi qu'un hélicoptère et un avion. Il perçoit également une retraite présidentielle de 2 millions de dollars. Ses dettes juridiques s'élèvent à 100 millions d'euros, un montant relativement faible comparé à sa fortune.
Le portefeuille d'actions de Trump est géré par des tiers, ce qui est censé éviter les conflits d'intérêts directs. Cependant, l'activité de trading a explosé depuis janvier 2026, avec 3700 transactions en un an. Un exemple notable est l'achat d'actions Dell le 10 février, suivi d'éloges publics pour la société. Le titre Dell a ensuite doublé de valeur. Cette pratique, où Trump fait des déclarations publiques après avoir investi, a été observée 110 fois.
Un autre exemple est l'entreprise Thermo Fisher Scientific. Trump a acheté des titres le même jour et un mois avant une visite à l'usine, se faisant photographier avec l'équipe. Cependant, cet investissement n'a pas été fructueux, le titre ayant baissé.
Concernant Micron, il a acheté entre 50 000 et 100 000 euros d'actions, puis a vanté l'entreprise à Fox News le lendemain, entraînant une explosion du titre. Pour Palantir, une société de défense, il a fait des transactions complexes, achetant et vendant des actions, puis en parlant quand le cours était au plus bas, bien que l'investissement initial n'ait pas été optimal.
Avec Apple, il a complimenté Tim Cook et la marque, puis a acheté des actions le même jour, pour un montant estimé entre 2 et 7 millions de dollars. Il n'a cependant pas déclaré toutes ses transactions, ce qui lui a valu une amende de 200 dollars, un montant jugé dérisoire.
Sa stratégie boursière consiste souvent à acheter des actions, puis à faire des déclarations publiques qui influencent le cours, générant ainsi des profits. Il a également acheté une Tesla, montrant son soutien à Elon Musk.
Dans le domaine des cryptomonnaies, Trump a opéré un revirement spectaculaire. Après avoir qualifié le Bitcoin de "scam" en 2019, il est désormais un fervent promoteur. Il a lancé sa propre boîte crypto, World Liberty Financial, et son stablecoin, le "gold paper". L'analyse des "tokenomics" révèle que 60% des tokens appartiennent aux insiders, soulevant des questions sur la distribution et la concentration du pouvoir. Le lancement du coin a généré 82% de volumes de vente de la part de gros détenteurs, ce qui n'est pas clair. En novembre 2025, il a même déclaré que les États-Unis auraient une "réserve fédérale de Bitcoin", bien que celle-ci ne consiste qu'à conserver les cryptos saisies.
Le "Melania Coin", lancé juste avant son investiture, a chuté de 8 dollars à 8 centimes, une perte de 95% pour la plupart des investisseurs, à l'exception des insiders. Le "Trump Coin" a également connu une forte volatilité, passant de 1 à 40 dollars puis à 1,70 dollar, ce qui représente tout de même une capitalisation boursière de 400 millions d'euros. Là encore, la vaste majorité des gens ont perdu de l'argent.
L'immobilier reste le cœur historique de l'activité de Trump. Le site trump.com, désormais géré par ses fils pour éviter les conflits d'intérêts, présente les hôtels, les golfs et le business de licences. Trump ne possède pas tous les hôtels qui portent son nom (comme la Trump Towers à Istanbul), mais vend l'usage de sa marque. Mar-a-Lago, valorisée à 1,2 milliard de dollars, est un exemple de son goût pour le luxe, avec une salle de bal inspirée de la galerie des glaces de Versailles. Son rêve d'accueillir des Masters de golf sur ses parcours semble se concrétiser grâce à son influence présidentielle.
L'influence politique du président américain s'étend aux marchés mondiaux. Par exemple, juste avant l'annonce d'une guerre en Iran, des volumes d'achat massifs de pétrole ont été observés, les traders anticipant une perturbation de l'approvisionnement et une hausse des prix. Ces volumes, 16 fois supérieurs à la moyenne, 10 à 20 minutes avant l'annonce, soulèvent des questions sur les délits d'initiés. Des plateformes comme PolyMarket ont même enregistré des prédictions étonnamment précises sur des événements politiques majeurs.
Le "taco trade", une série de décisions de Trump sur les tarifs douaniers, montre comment ses annonces peuvent faire chuter ou monter les marchés. Aujourd'hui, le marché est largement piloté par Trump et ses déclarations. Historiquement, les présidents américains avaient une influence, mais Trump est particulièrement attentif au S&P 500 et souhaite que les taux baissent.
En comparaison avec la France, où les déclarations de patrimoine des élus révèlent des investissements plus modestes et où l'encadrement est plus strict, la situation aux États-Unis est très différente. Des figures comme Kevin Warsh, le plus riche président de la Fed de l'histoire avec une fortune de plus de 100 millions de dollars, illustrent cette disparité.
Les politiques américains, comme Nancy Pelosi, membre du Congrès et ancienne présidente de la Chambre, exploitent largement leurs connaissances. Son portefeuille a surperformé le S&P 500 de manière significative (712% contre 231% depuis 2014), grâce aux transactions de son mari. Des applications existent même pour répliquer leurs trades. Le problème n'est pas l'achat ou la vente d'actions, mais le fait que ces transactions puissent survenir après des réunions de commission où des informations privilégiées ont été obtenues, par exemple sur des amendes à Google ou des investissements dans les semi-conducteurs.
Bien qu'il existe un délai de 45 jours pour déclarer les transactions, l'amende de 200 dollars pour non-conformité est si faible qu'elle n'incite pas à la transparence. Beaucoup de membres du Congrès profitent de cette situation, s'enrichissant considérablement. Trump a lui-même dénoncé les pratiques de Nancy Pelosi, alors qu'il agit de manière similaire.
Comme l'a dit Trump, après avoir appris les règles et régulations à Wharton, on lui a enseigné qu'elles étaient faites pour être transgressées. Cela résume