
🟢 LIVE : The Ethereum EIP-8363 Debate
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L'EIP 8363, une proposition visant à limiter le pourcentage d'ETH staké à 50 % en ajustant l'émission de nouvelles récompenses, a suscité un vif débat au sein de la communauté Ethereum. Cette proposition, co-écrite par Jérôme, vise à répondre aux préoccupations croissantes concernant la centralisation et la sécurité du réseau. Mike, critique de la proposition, estime quant à lui que ses conséquences négatives l'emportent largement sur les bénéfices potentiels.
**Les motivations derrière l'EIP 8363**
Jérôme explique que la proposition découle de l'inquiétude face à la proportion croissante d'ETH staké, un phénomène qu'il qualifie de néfaste pour Ethereum à plusieurs niveaux. L'objectif est de plafonner ce ratio à 50 % en modifiant le taux d'émission de nouveaux ETH (l'issuance), afin de décourager le staking au-delà de ce seuil. Après 50 %, les récompenses de staking seraient progressivement réduites, jusqu'à disparaître. L'idée est de susciter un consensus sur la réalité de ce problème et la nécessité d'y remédier collectivement.
Le seuil de 50 % est jugé critique car il marque un point où la couche sociale, constituée des ETH non stakés, perd de sa pertinence en tant que ligne de défense ultime. Au-delà de ce seuil, la proportion d'ETH stakés deviendrait supérieure à celle des ETH non stakés, ce qui pourrait éroder la confiance et la crédibilité d'Ethereum. De plus, une croissance exponentielle du staking est anticipée, car les détenteurs d'ETH chercheraient à éviter la dilution causée par la création de nouveaux ETH en stakant leurs actifs, potentiellement via des services de staking ou des dérivés de staking liquide (LST). Cette situation aurait des répercussions sur l'utilisation de l'ETH à la couche d'exécution et sur ses propriétés monétaires. Enfin, plus la taille du dépôt staké augmente, plus la capacité de correction de la trajectoire devient contrainte. Les auteurs estiment qu'il est actuellement temps d'agir, avant que les marges de manœuvre ne se réduisent davantage.
Les préoccupations ne se limitent pas à la sécurité, mais englobent également les pouvoirs de centralisation induits par la croissance du dépôt staké, dus aux économies d'échelle et aux perceptions de "trop gros pour faire faillite". Si un acteur détient une part significative du staking, il pourrait être moins susceptible d'être pénalisé en cas de mauvaise conduite. La neutralité d'Ethereum serait ainsi compromise.
**Les critiques de la proposition**
Mike exprime une forte opposition à l'EIP 8363, la jugeant "décevante à tous les niveaux". Il reconnaît que la courbe d'émission actuelle n'est pas parfaite et que des changements sont envisageables, mais estime que les risques et les conséquences négatives imprévues de cette proposition sont bien plus graves que le problème qu'elle cherche à résoudre. Il plaide pour davantage d'itérations et l'exploration de propositions alternatives.
Un point central de sa critique concerne l'argument selon lequel la proposition favoriserait la décentralisation. Mike soutient au contraire qu'elle entraînerait une centralisation significative. Les stakers individuels (solo stakers), qui ont déjà des économies d'échelle moins favorables, seraient les plus touchés. Si le rendement baisse drastiquement, de nombreux stakers individuels seraient contraints de se retirer, faute de rentabilité. Il qualifie de "pensée magique" l'idée que les gens continueraient à opérer des nœuds altruistement. Des enquêtes indiquent que le seuil de rentabilité pour de nombreux stakers individuels se situe autour de 2 % de rendement, et une baisse de celui-ci entraînerait une sortie massive. En revanche, les grandes entités centralisées (Coinbase, Binance, etc.) continueraient de staker, car le faible rendement ne serait pas un obstacle pour elles en raison de leur coût de capital nul.
Mike anticipe également un impact négatif sur le prix de l'ETH. Une sortie massive du staking entraînerait une augmentation de l'offre d'ETH en circulation, ce qui serait préjudiciable au prix et à l'écosystème DeFi. Il considère que la modification de la courbe d'émission n'est pas l'un des dix problèmes les plus urgents d'Ethereum, d'autant plus que le pourcentage d'ETH staké est actuellement en déclin.
**Réponse de Jérôme aux critiques**
Jérôme réfute une grande partie des arguments de Mike, tout en reconnaissant la validité de certaines préoccupations. Il souligne que les discussions sur la courbe d'émission durent depuis plusieurs années et que de plus en plus de recherches et de sondages viennent étayer l'approche proposée. Il affirme que de nombreux stakers individuels expriment un souci principal pour le principe d'une émission minimale, plutôt que pour le rendement lui-même.
Concernant les entités comme Coinbase ou Binance, Jérôme reconnaît qu'elles continueront de staker, mais estime qu'une courbe d'émission rééquilibrée pourrait inciter les grands détenteurs à gérer leurs propres services de staking ou à diversifier leurs approches, plutôt que de déléguer par défaut à des services de staking existants. Il compare les stakers individuels aux "papillons de la forêt du staking", dont la présence est essentielle à la santé de l'écosystème.
Face au sondage indiquant que la moitié des opérateurs se retireraient à 2 % de rendement, Jérôme concède que ce rendement sera atteint, mais soutient que la situation actuelle, sans changement, aboutirait à moins de stakers individuels et à une dilution accrue. Il estime que le rendement d'équilibre après la mise en œuvre de la proposition se situerait entre 1,4 % et 1,5 %, ce qui, selon lui, est préférable à la situation actuelle.
**Impact sur la DeFi**
Mike exprime de sérieuses inquiétudes quant à l'impact de la proposition sur la DeFi, la qualifiant de "multiples coups de feu" portés à cet écosystème. Il souligne que le rendement du staking est un catalyseur de la demande d'emprunt dans la DeFi, et que sa réduction drastique entraînerait une fuite de capitaux.
Jérôme reconnaît l'importance de la DeFi, mais affirme que cet écosystème a existé et prospéré avant l'introduction du rendement du staking. Il considère que le rendement actuel est excessivement élevé par rapport aux autres opportunités d'utilisation de l'ETH, et que sa correction pourrait stimuler d'autres formes d'innovation. Il admet que la transition doit prendre en compte les acteurs existants, mais insiste sur le fait que la sécurité du réseau ne doit pas être sacrifiée pour encourager la ré-hypothèque de l'ETH. Il évoque le risque systémique lié aux "trop gros pour faire faillite" et cite l'exemple récent d'un bailleur de fonds majeur. Il souligne également que la proposition inclut une période de transition pour permettre à l'industrie de s'adapter.
**Processus de gouvernance et réactions**
La proposition a été soumise à la date limite du 6 août pour l'upgrade "EOTA", suscitant des critiques sur le processus. Jérôme explique que la proposition a été créée le 14 juillet, suivie d'une période de discussion et de partage avec des parties externes avant sa publication officielle avant la date limite. Il invite à mieux connaître le processus de gouvernance d'Ethereum, qui est permissionless et comporte plusieurs étapes.
Lido a demandé le retrait de l'EIP, mais Jérôme a indiqué qu'il réfléchirait à cette demande, tout en réaffirmant la nécessité d'agir rapidement face à la croissance du staking et aux risques associés. Il rejette l'idée d'être un individu borné et souligne que la proposition vise à servir d'appel de réveil pour aborder le problème de l'émission avant qu'il ne devienne critique.
Concernant les signaux de consensus, Jérôme reconnaît l'importance des sondages et des discussions sur Twitter, mais insiste sur la nécessité d'une analyse plus approfondie des modèles et des implications complexes. Il estime que le débat suscité par l'EIP est précieux en soi, même si la proposition n'est pas implémentée telle quelle.
Mike, de son côté, maintient que le consensus parmi les constructeurs, les opérateurs de nœuds et les participants de la communauté est massivement opposé à la proposition. Il plaide pour l'exploration d'alternatives, comme la prise en compte des LST dans le protocole, afin de réduire les risques.
**Risques liés aux LST et à la sécurité**
Jérôme exprime des réserves quant à l'intégration des LST, arguant qu'ils ne correspondent pas à la conception initiale du proof-of-stake d'Ethereum. Il soulève des questions sur les scénarios extrêmes impliquant des problèmes avec de grands fournisseurs de LST ou l'émergence d'acteurs privés dominants. Il estime que l'empilement de risques (gouvernance, smart contracts) dans la DeFi rend le système plus fragile.
Mike défend les LST comme une couche de coordination essentielle entre de multiples entités, offrant une alternative plus sûre que la centralisation autour de quelques grands acteurs. Il souligne que les LST permettent de mettre en place des protections au niveau applicatif, ce qui n'est pas possible au niveau du protocole.
Jérôme réplique en affirmant que les LST ont largement ignoré la conception initiale du proof-of-stake. Il explique que le seuil de 50 % n'est pas arbitraire ; il représente le point où la moitié de la population non mobilisée peut encore servir de défense contre un éventuel coup d'État de la part des stakers. Si la majorité de l'ETH est staké, il devient difficile de mobiliser des ETH non stakés pour contester un comportement malveillant. Le risque de centralisation est accru lorsque quelques acteurs peuvent s'aligner et dépasser des seuils critiques (33 % pour des jeux temporels, 66 % pour le contrôle du réseau).
**Perspectives futures**
Les auteurs de l'EIP 8363 sont ouverts à la discussion et à l'intégration d'approches alternatives. La prochaine étape logique est la discussion lors de la réunion du "Cardv" le 23 octobre, où la proposition pourrait être considérée pour inclusion dans le prochain upgrade. Cependant, il est possible que le sujet soit jugé trop contentieux et que le processus s'arrête là. L'objectif est de poursuivre le débat et de tirer des enseignements pour l'évolution future du consensus Ethereum.
Mike espère que les perspectives des stakers individuels, des constructeurs et des utilisateurs quotidiens seront prises en compte, et que des alternatives seront explorées si la proposition actuelle rencontre une forte opposition. Il se dit prêt à contribuer à l'élaboration de propositions alternatives.
En conclusion, l'EIP 8363 a déclenché un débat essentiel sur la sécurité, la décentralisation et l'avenir du proof-of-stake d'Ethereum. Si les objectifs de protection du réseau sont partagés, les approches pour y parvenir font l'objet de divergences significatives.