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Black Bloc contre BlackRock, qui gagne ? David Baverez [EN DIRECT]
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David Bavrez, investisseur et essayiste basé à Hong Kong, est l'invité de Serview pour discuter de la situation économique et financière de la France et de l'Europe. Il souligne la gravité de l'écart de taux d'emprunt entre la France et l'Allemagne (spread), qui a plus que doublé en un mois, rendant l'économie française moins compétitive. Cette méconnaissance de la réalité financière par le public et les médias est attribuée à une culture peu portée sur l'économie, contrairement aux pays anglo-saxons.
Bavrez analyse les changements mondiaux qui marquent la fin d'une ère : l'érosion de la démocratie, la technologie détournée de son usage positif, et la fin de la déflation avec le retour de l'inflation. Cette dernière est exacerbée par des facteurs tels que la guerre, le changement climatique, l'intelligence artificielle non productive, et la hausse des prix de l'énergie. Le marché obligataire, qui a bénéficié de 20 ans d'endettement bon marché, se ferme désormais, rendant l'argent cher.
La France est particulièrement vulnérable car sa dette est détenue à 80% par des étrangers, plaçant son sort hors de ses mains. Le système de "goutte à goutte" de la dette, ignoré depuis des décennies par la Cour des comptes, risque de mener à une crise majeure, comparable à la Grèce en 2010. Les politiciens, souvent mal informés ou déconnectés de la réalité, manquent de vision.
La Chine, avec sa vision à long terme, se positionne pour remplacer le pétrodollar par l'"électroyan", misant sur sa domination manufacturière. Les États-Unis, quant à eux, cherchent à maintenir leur hégémonie monétaire, utilisant des leviers financiers et militaires. L'Europe, prise entre ces deux puissances, semble incapable de définir une stratégie offensive, se focalisant sur des mesures défensives insuffisantes.
La crise monétaire actuelle, qui survient tous les 50 ans, est intrinsèquement liée à une crise énergétique. Bavrez explique que la monnaie n'est qu'un vecteur d'énergie. La transition vers les énergies renouvelables, bien que nécessaire, se heurte à des défis de financement et de dépendance technologique envers la Chine. L'Europe pourrait perdre son avantage compétitif basé sur la confiance et l'état de droit, face à des acteurs comme la Chine et les États-Unis qui utilisent des stratégies agressives.
Il critique le modèle économique français, caractérisé par une "gérontocratie" qui favorise les retraités au détriment des jeunes générations, et une bureaucratie administrative qui freine les projets. La solution résiderait dans une refonte du système politique, peut-être en s'inspirant de modèles collégiaux comme en Chine ou en Suisse, et en mettant l'accent sur l'éducation et la formation aux nouvelles compétences géopolitiques et géoéconomiques.
La guerre économique est abordée sous l'angle de la dépendance relative. L'Europe, trop dépendante des États-Unis pour sa défense et de la Chine pour sa production, doit impérativement diversifier ses sources d'approvisionnement et ses partenaires. L'investissement dans des actifs tangibles comme l'or, les terres rares, ou l'infrastructure est préconisé, tout en étant conscient des risques liés à la géopolitique.
Concernant la robotique chinoise, Bavrez met en garde contre des investissements directs dans les entreprises de robotique en raison de la concurrence intense. Il suggère plutôt de se concentrer sur les données propriétaires nécessaires à la programmation de ces robots, un marché en pleine expansion.
La question de la dédollarisation et de la montée de nouvelles devises est centrale. Bavrez pense que les stablecoins américains, adossés à des bons du Trésor, pourraient participer à la redollarisation, tandis que le yuan numérique chinois, moins susceptible d'être adopté par les étrangers, pourrait rester confiné. L'euro numérique semble être une réponse tardive et potentiellement inefficace.
Enfin, face à l'instabilité mondiale et à la guerre hybride, Bavrez conseille aux jeunes générations de saisir les opportunités d'un nouveau cycle économique, de conserver leur liberté de penser et d'agir, et d'assumer leur responsabilité individuelle. Il plaide pour une approche pragmatique et une vision à long terme, rappelant que les plus grands succès d'investisseurs comme Warren Buffett ont été réalisés après 65 ans. L'éducation est vue comme la clé pour reconstruire la France et l'Europe, afin de naviguer dans un monde en mutation rapide et incertain.