
Un expert du climat réagit à des films de catastrophes naturelles
AI Summary
Le réchauffement climatique ne se manifeste pas de manière apocalyptique et cinématographique, mais plutôt de façon insidieuse, par une fragilisation constante de nos conditions d'existence. Il s'agit d'une raréfaction de l'eau, d'une mise en péril de la sécurité alimentaire mondiale, et d'une explosion des problèmes de santé dus aux pollutions. La salinisation des eaux souterraines et le recul du trait côtier rendent les côtes moins habitables. Les événements climatiques extrêmes ne sont qu'une facette de ces transformations profondes. Nous n'avons encore rien vu de la fragilisation de nos sociétés par le climat.
Jusqu'à présent, les transformations étaient linéaires, comme un ballon qui gonfle proportionnellement à l'air injecté. Cependant, le climat peut franchir des points de bascule, des seuils au-delà desquels il n'y a pas de retour en arrière possible. Un peu plus de CO2 ou de méthane pourrait déclencher des changements non proportionnels aux causes, des événements que nous n'avons jamais expérimentés et qui sont potentiellement terribles.
L'idée que nous sommes trop nombreux sur Terre, comme le suggère le personnage de Thanos, est une simplification dangereuse. Se poser la question de "qui est trop" est problématique, surtout quand cela vise des populations à faible empreinte environnementale. L'intervenant suggère même, de manière provocatrice, que faire des enfants est un acte de combat pour l'habitabilité humaine de la Terre, un combat contre un capitalisme mortifère. Ne pas avoir d'enfants reviendrait à se priver de la raison d'être de ce combat.
La géo-ingénierie, qui consiste à trouver des solutions techniques globales pour préserver nos conditions d'existence (comme des parasols géants ou la diffusion de particules de soufre), est une illusion pour les milliardaires. Ces solutions détournent l'attention du véritable enjeu : la limitation de nos désirs. Le remède proposé pourrait être pire que la maladie, comme le soufre qui cause déjà 500 000 morts par an selon l'OMS. Il faut désirer la limitation plutôt que de fantasmer sur une innovation toujours plus puissante.
Travailler sur le système Terre et lire les articles scientifiques génère diverses émotions : tristesse, angoisse face à l'avenir, dégoût de la trace que nous laissons. Cependant, cela ne mène pas au désespoir. Nous sommes dans le temps du combat, de l'action. Nous devons nous battre pour la réussite, au nom des enfants à qui nous avons promis une existence agréable. Ce combat est fondamentalement contre un capitalisme devenu fou, rentier, spéculatif et basé sur la maximisation des intérêts individuels. Des mesures comme la taxe Zukman sont jugées insuffisantes face à l'ampleur du problème.
Se retirer du monde pour préserver sa vitalité est compréhensible, mais ce n'est pas la solution principale. Le monde est devenu fou, et il est sain de le reconnaître. Cependant, nous sommes dans le temps d'un combat collectif pour la pérennité de la vie humaine en société. Il faut mettre en partage ce qui nous permet de vivre, et ancrer cela dans la loi, car la loi actuelle qui permet à chacun de prendre autant qu'il le veut est mortifère.
L'exemple des Tuche, où Jeff Tuche, président de la République, se met en grève face aux entreprises du CAC 40, illustre la nécessité pour le pouvoir politique de reprendre son rôle de régulation du pouvoir économique. Aujourd'hui, on observe l'inverse, avec une porosité entre l'État et les grandes entreprises, où la puissance publique choisit l'impuissance pour favoriser la puissance privée. Jeff Tuche montre qu'il faut agir concrètement pour reprendre le contrôle.
Il est crucial de comprendre le fonctionnement de la Terre et comment nos sociétés dépendent de ce fonctionnement. Les perturbations que nous infligeons au système Terre risquent de faire éclater nos sociétés. Il faut comprendre et ressentir cela pour agir à la hauteur des enjeux, et non de manière anecdotique ou superficielle.