
Comment Jeff Bezos a forcé la porte de Google (et pourquoi ça a marché)
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Jeff Bezos est mondialement connu pour Amazon, le Washington Post et Blue Origin. Moins nombreux sont ceux qui savent qu'il a joué un rôle crucial dans la création de Google, en ressortant avec un chèque de plusieurs centaines de millions de dollars. Ce succès multiple est rare dans la Silicon Valley, où la plupart des entrepreneurs milliardaires se contentent d'une seule bonne idée. L'investissement de Bezos dans Google révèle ce qui anime un chasseur de pépites.
En 1998, Bezos, fraîchement sorti de son garage de Seattle où il a fondé Amazon en 1994, voit sa librairie en ligne connaître une croissance fulgurante, passant de 511 000 dollars la première année à des centaines de millions trois ans plus tard. Au même moment, deux doctorants de Stanford, Larry Page et Sergey Brin, peaufinent la première ébauche de Google. Ils sentent qu'ils tiennent quelque chose, mais n'ont pas de business plan et peinent à trouver des financeurs. Les investisseurs sont hésitants face à la concurrence de moteurs de recherche établis comme Yahoo, Altavista et Lycos.
C'est un échec commun qui va rapprocher Page, Brin et Bezos : celui de Junglee. Junglee était le premier site de comparaison de prix sur le web, que Bezos avait acheté cher pour l'intégrer à Amazon, mais l'opération fut un échec et Junglee ferma ses portes. Ram Shriram, l'un des cofondateurs de Junglee, resta chez Amazon et fut l'une des premières personnes à croire en Google et à y investir. Quand Bezos entend parler de ce nouveau moteur de recherche, il demande à Shriram de lui présenter les deux cofondateurs.
La rencontre a lieu un matin dans un hôtel de la baie de San Francisco. Page et Brin présentent leur révolution. Bezos est sous le choc, impressionné par leur vision, malgré l'absence de business plan. À l'aube des années 2000, investir sans business plan était déjà risqué, mais Bezos, visionnaire, comprend que l'obstination de Page et Brin à ne pas vouloir de publicité sur leur page d'accueil allait tout changer. Le patron d'Amazon décide alors d'investir 250 000 dollars de sa poche. Le tour de financement étant déjà clôturé, il doit insister pour y prendre part, sentant qu'il est au cœur d'une révolution.
Huit ans plus tard, lors de l'introduction en bourse de Google, les 250 000 dollars de Bezos se sont transformés en 2,8 milliards de dollars. Il a vendu ses parts au fur et à mesure, alors que la valorisation de Google explosait.
Cette histoire offre des leçons précieuses pour tout investisseur. Chasser la bonne affaire ne suffit pas ; il faut être au bon endroit, au bon moment et écouter son instinct. Cela passe par le réseau, en rencontrant des gens qui vous en feront rencontrer d'autres. Pour que des opportunités se présentent, il est essentiel de construire ce réseau.
Deux autres enseignements se dégagent : Bezos a été attiré par Brin et Page en tant qu'individus. Évaluer les entrepreneurs derrière une entreprise peut être plus pertinent que d'analyser l'opportunité commerciale dans l'abstrait. Enfin, il faut savoir saisir l'opportunité. Il n'y avait pas de place pour Bezos dans ce tour de table, mais il s'est fait sa place. Cela s'applique à tous : créer son réseau, croire en des entrepreneurs et saisir les opportunités.
Les grandes fortunes ne se font pas seulement sur les marchés cotés, mais aussi sur un marché plus opaque et moins accessible : le private equity. C'est là que se signent les deals les plus stratégiques, rentables et fous. Pour décrypter cet univers, nous nous entretenons avec Bradley Lafond, CEO de Fundora.
Bradley Lafond ne connaissait pas l'histoire de Bezos avec Google, la qualifiant d'incroyable. Il souligne le côté visionnaire et preneur de risques de Bezos, qui a investi 250 000 dollars à l'époque. L'appétit pour le risque est inhérent à l'entrepreneuriat.
Concernant les critères d'investissement, Bradley insiste sur la confiance, notamment envers les fondateurs. Pour obtenir une allocation dans un fonds ou une entreprise très demandée, la concurrence est forte. Les fonds sont sélectionnés principalement sur leur track record. Par exemple, des fonds comme Cyberstars, avec des performances impressionnantes (jusqu'à 50 fois la mise), sont très difficiles d'accès. L'argent seul ne suffit pas ; il faut apporter de la valeur additionnelle.
Il donne l'exemple d'une entreprise israélienne, ZG, qui veut concurrencer Shopify. Ses fondateurs ont déjà mené une entreprise à une IPO de 5 milliards. La nouvelle entité a levé 50 à 60 millions sur une valorisation de 450 millions en moins d'un an, avec 150 millions de demandes. Ils ne cherchent pas seulement de l'argent, mais des investisseurs qui peuvent ouvrir de nouveaux marchés, présenter des clients ou apporter une expertise opérationnelle. L'argent est une commodité dans ce monde.
Cette approche, où l'investisseur apporte de la valeur au-delà du capital, est cruciale. Chez OVNI, nous apportons visibilité, confiance et communautés. D'autres partenaires, comme Alexandre Jenny (qui a vendu sa boîte à GoPro), apportent une expertise pointue en computer vision. Cette contribution d'expertise est essentielle, que ce soit pour des fonds, des startups ou des projets plus modestes. L'argent ne manque pas ; ce qui manque, c'est l'expertise et le savoir-faire.
Bradley reconnaît que ce discours peut choquer en France, où la levée de fonds est perçue comme difficile. Mais elle est difficile pour les entreprises sans fondateurs expérimentés ou visionnaires. Pour d'autres, elle est très facile. Il faut jouer des coudes pour avoir une place à la table de capitalisation, et ce n'est généralement pas avec l'argent seul, sauf à proposer une valorisation deux fois supérieure.
Chez Fundora, l'investissement se fait de manière indirecte via des fonds d'investissement. Ce sont les gérants de ces fonds qui sélectionnent les entreprises. Fundora, quant à elle, sélectionne les bons gérants de fonds. Ces gérants s'entourent d'operating partners, experts opérationnels dans des domaines précis, capables d'analyser en profondeur les dossiers. Fundora privilégie les fonds spécialisés et les gérants anciens entrepreneurs du secteur, qui ont un réseau et sont vus comme des partenaires précieux par les entrepreneurs.
Pour avoir sa place auprès des meilleurs dossiers, il faut un réseau solide. Fundora, par exemple, peut faire des introductions sur le marché européen pour des boîtes aux États-Unis, au Moyen-Orient ou en Asie. Le réseau des gérants de fonds avec lesquels Fundora travaille est également très puissant. Une relation de confiance et de satisfaction mutuelle conduit à des recommandations et des introductions facilitées.
Bradley, qui a 40 ans, explique que son réseau s'est construit sur le long terme en étant serviable, droit et reconnaissant. Il aide les gens sans attendre de retour immédiat, mais dans l'espoir qu'un service rendu sera un jour réciproque. Être ouvert, répondre aux demandes (si possible) et informer les gens des retombées positives des introductions sont des pratiques essentielles. Intégrer des communautés d'entrepreneurs ouvre également des portes.
L'idée est de donner avant de prendre, et d'accepter de recevoir. Un bon comportement est primordial ; mal se comporter avec une personne introduite coupe toute future opportunité. Le réseau est une question de karma. Ceux qui cherchent à monétiser leur réseau à court terme ne construisent pas une aura durable. Le réseau se crée sur la durée, comme les intérêts composés, et doit être commencé tôt. Il faut éviter de "gratter petit" et viser le long terme, sans attendre de bénéfice immédiat.
La confiance envers les fondateurs est un critère primordial pour investir, surtout en early stage. Il faut écouter son instinct. Même un entrepreneur avec un track record impressionnant peut ne pas inspirer confiance. Il faut se faire confiance. L'investissement en early stage n'est pas une science exacte. On ne demande pas aux gérants d'avoir raison à 100 % des cas, mais d'avoir infiniment raison dans 1 % des cas. Il faut accepter l'idée que l'on peut se tromper, et que l'on va se tromper.
Pour la due diligence des fonds, Fundora réalise une vérification réglementaire. Ensuite, elle contacte les investisseurs des fonds précédents pour vérifier les performances et la valeur opérationnelle apportée par le gérant. Il est crucial de confronter ce que le gérant dit à la perception de ses clients et des entreprises qu'il a accompagnées.
Dans les deals les plus brillants et les plus demandés, le temps manque souvent pour une due diligence approfondie. C'est là que l'investisseur doit prendre son risque. Cependant, pour les fonds, les périodes de levée sont plus longues, réduisant le sentiment de FOMO (peur de manquer une opportunité).
Fundora ne cible pas les très grands fonds comme Andreessen Horowitz ou Sequoia, car un fonds de 5 milliards a du mal à surperformer. Fundora se positionne sur des sociétés de gestion plus petites, avec un historique de performance solide, et réalise des due diligence plus profondes. Ils investissent dans des fonds créés par d'anciens partenaires de grandes sociétés de gestion qui lancent leur propre boutique. Les tickets d'investissement varient entre 1 et 5 millions de dollars, pour des fonds de 20 à 150 millions.
Fundora propose des stratégies diversifiées : gross venture, early stage, secondaire, dette privée, LBO. L'objectif est la diversification. Le modèle économique de Fundora inclut un droit d'entrée et des frais de gestion annuels (entre 1 et 1,5 %), sans commission de surperformance pour ne pas alourdir la performance, les fonds sous-jacents ayant déjà leurs propres frais. Sur un fonds de 10 ans, 85 à 90 % de l'argent est au travail. Les frais sont dégressifs pour les tickets importants.
Fundora propose une quarantaine de stratégies par an, sur des périodes de collecte courtes (quelques jours à deux semaines). Cela permet aux investisseurs de se créer un "ETF du private equity" en diversifiant leurs investissements sur différentes thématiques, géographies et maturités. Une fonctionnalité de DCA (Dollar Cost Averaging) est envisagée.
Il est rappelé que l'investissement comporte des risques de perte en capital et que l'argent n'est pas liquide. La confiance est primordiale dans le métier de l'investissement. Il ne faut jamais investir chez quelqu'un qui n'inspire pas confiance, même si l'opportunité semble géniale.
En guise de promotion, un code "Martingale" offre 10 % de remise sur les frais du premier investissement chez Fundora.