![[CREATION IN MOTION] Marie-Cécile Zinsou, Ouidah Museum and the Zinsou Foundation, Françoise Rem...](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fimg.youtube.com%2Fvi%2FkKS-xEG_6X0%2Fhqdefault.jpg&w=1080&q=75)
[CREATION IN MOTION] Marie-Cécile Zinsou, Ouidah Museum and the Zinsou Foundation, Françoise Rem...
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Madame la Ministre de la Côte d'Ivoire a souligné l'arrivée du tambour-parleur du Jij Ayuku le 13 mars 2026, 110 ans après son arrachement. Ce processus, initié par l'appel du président Macron en 2017, a pris 9 ans pour aboutir. La question essentielle n'est pas seulement le retour physique de l'objet, mais sa transmission et la relation avec le patrimoine pour les jeunes générations qui n'ont pas connu son départ. La Côte d'Ivoire a fait de la culture un pilier de sa politique de développement après la crise de 2011, avec une loi sur la sauvegarde du patrimoine et la reconnaissance des "trésors humains vivants". Ces derniers sont des personnes détenant un savoir immatériel, reconnues et rémunérées par l'État à condition de transmettre leurs compétences à au moins deux apprentis.
Le professeur Souleymane Bachir Diagne a salué l'initiative du président Macron et la loi cadre de 2017 qui a mis fin aux refus systématiques des demandes de restitution. Il a souligné que les objets ne sont pas de simples otages mais des "mutants" qui ont accumulé de nouveaux sens et contribué à écrire l'histoire artistique du XXe siècle en Europe. Selon lui, affirmer qu'ils ne peuvent être authentiquement eux-mêmes que s'ils retournent à leur terroir relève de l'identitarisme, une vision des cultures comme des insularités. Il propose que ces objets, ayant des histoires partagées, puissent être partagés entre leurs terres d'adoption et d'origine, sans être divisés, comme des représentants culturels dans des musées universels.
Marie-Cécile Zinsou, en désaccord avec le professeur Diagne, a insisté sur le fait que le "partage" ne peut signifier que 100% du patrimoine du Sud se trouve au Nord. Pour elle, la restitution est essentielle pour l'ancrage et les racines de la jeunesse africaine, lui permettant de savoir d'où elle vient pour mieux construire son avenir. La restitution n'est pas seulement le retour d'objets, mais la réouverture du dialogue, la restitution de la fierté et de la dignité. Elle a évoqué l'émotion ressentie lors de l'exposition des objets au Bénin en 2006 et 2022 : la découverte de chefs-d'œuvre et la prise de conscience qu'ils étaient les héritiers de ces traditions. L'universalisme ne peut être atteint que lorsque chaque culture saura qui elle est et pourra le partager sur un pied d'égalité.
Le président Macron a rappelé que sa démarche, initiée à Ouagadougou en novembre 2017, partait du constat que le patrimoine culturel africain, essentiel pour la jeunesse, ne se trouvait pas en Afrique. Il s'était engagé à enclencher ce travail de restitution, en particulier pour les œuvres volées ou pillées ayant un caractère sacré ou religieux. Il a rendu hommage au travail de Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, dont le rapport a posé les bases intellectuelles de la restitution. Ils ont mis en avant deux idées fortes : la restitution des œuvres volées et la nécessité de créer des conditions de préservation adéquates dans les pays de retour. Le Bénin a été un pays pionnier dans ce processus. La loi cadre, votée à l'unanimité et promulguée récemment, permet de structurer ces restitutions au-delà du cas par cas.
Le président a cherché à réconcilier les positions, affirmant qu'il ne peut y avoir d'universalisme sans un retour juste des œuvres pillées et sans la construction de musées sur le continent africain. Il a cité l'exemple du Bénin où des artistes contemporains se sont inspirés des œuvres restituées pour créer de nouvelles œuvres, rétablissant une circulation et un dialogue. Cependant, il a précisé qu'il ne s'agissait pas de "se débarrasser" de tout l'art africain présent dans les musées du Nord, car certaines pièces, acquises dans de bonnes conditions, contribuent à un parcours muséal et dialoguent avec d'autres cultures. L'universalisme doit se construire simultanément au Sud, avec le développement de musées et de professionnels, et au Nord, en maintenant un dialogue entre les collections.
Interrogé sur les motivations de son engagement personnel, le président Macron a évoqué une expérience de stage au Nigéria il y a vingt ans, où il avait constaté la difficulté d'accéder à la culture et à l'histoire locale. Il avait alors ressenti une forme d'injustice par rapport à sa propre expérience d'enfant ayant accès aux musées en France. Sa conviction est que l'avenir de la France dépend de sa réconciliation avec sa diaspora et de la refondation d'un partenariat avec l'Afrique. Il a souligné que la restitution n'est pas une question électorale mais une nécessité pour construire l'avenir, en reconnaissant les erreurs du passé.
Il a affirmé que les restitutions sont le début d'un échange et qu'il y aura de nombreuses autres restitutions sur la base de la loi cadre. Cela ouvrira un dialogue constant entre les intellectuels, artistes et professionnels des musées, tant en Afrique qu'en Europe ou ailleurs. Le déplacement de ces œuvres fait partie de leur histoire et enrichit la compréhension mutuelle. Il a exprimé sa conviction que le processus est désormais irréversible et inarrêtable, grâce à la mobilisation collective et au vote unanime de la loi, malgré les résistances initiales. Il a souligné que cette démarche réconcilie des points de vue divergents en France et révèle une identité plurielle, essentielle pour la France. Il sera toujours engagé à défendre cette cause et la puissance d'innovation qu'elle génère.