
Music is Inherently Political
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Dans une déclaration qui a suscité la controverse, James Hetfield, le leader de Metallica, a affirmé sur scène que le groupe n'était pas là pour influencer le public avec des "conneries". Cette remarque a été interprétée comme une pique envers P.O.D. qui avait été licencié de la tournée d'Ed Sheeran pour avoir fait des déclarations pro-palestiniennes. Cependant, indépendamment de cette cible supposée, Hetfield a toujours maintenu une position constante : la musique et la politique ne devraient pas se mélanger. Il justifie cette séparation par deux raisons principales. Premièrement, la musique est souvent perçue comme une forme d'évasion, un moyen pour le public d'oublier les soucis du monde extérieur. Deuxièmement, Hetfield estime que les musiciens, en tant qu'experts de la musique et non de la politique ou des événements mondiaux, n'ont pas l'autorité nécessaire pour s'exprimer sur ces sujets.
Paradoxalement, Hetfield a lui-même fait des déclarations qui impliquent une forme d'engagement politique, notamment en approuvant implicitement l'utilisation de la musique de Metallica dans des programmes de torture psychologique à Guantanamo Bay. En 2004, il a déclaré être "fier de faire partie de leur exposition" à la liberté pour les Irakiens, suggérant que la musique, culturellement offensante pour eux, pouvait servir à briser leur volonté. Quatre ans plus tard, il a exprimé une certaine fierté que Metallica ait été choisi pour ces techniques, considérant sa musique comme puissante et représentative de valeurs telles que la liberté et la liberté d'expression. Cette posture, où il prétend vouloir séparer musique et politique tout en s'exprimant sur des enjeux géopolitiques, révèle une certaine hypocrisie ou, du moins, une vision complexe de la relation entre les deux domaines.
La confusion dans le débat sur la musique et la politique vient souvent du fait que les termes ne sont pas compris de la même manière. Pour certains, comme Hetfield semble le suggérer, la politique est synonyme de tribalismes (gauche/droite) et de division, tandis que la musique est un vecteur d'union. L'argument simpliste est que la musique est agréable et la politique non, donc elles ne devraient pas se mélanger. Cependant, la réalité est plus nuancée. Les valeurs politiques, telles que la force ou la liberté, se manifestent dans la musique et influencent les processus de prise de décision au sein des groupes de musiciens.
La création musicale, étant souvent un art collaboratif, nécessite des décisions prises collectivement. Les différents genres musicaux ont développé des systèmes de prise de décision, analogues à des systèmes politiques, qui reflètent les valeurs de la communauté musicale concernée. Ces systèmes, qu'ils soient complexes ou simples, sont le résultat des valeurs politiques sous-jacentes.
L'auteur, un musicien expérimenté, aborde la question de la politicité de la musique en l'expliquant à travers les mécanismes de prise de décision au sein des groupes. Il prend l'exemple d'un article du New York Times décrivant la création d'une chanson en groupe. Dans cet échange, un musicien propose un changement de tonalité, mais les autres ne sont pas d'accord. Cette situation illustre une démocratie directe majoritaire, où la décision est prise par un vote à la majorité. Bien que ce système permette des décisions rapides et reflète le souhait du plus grand nombre, il présente des inconvénients, notamment le risque que les minorités se sentent ignorées et désengagées.
L'auteur compare ces dynamiques internes aux systèmes politiques de nations et de sociétés, soulignant que le maintien d'un groupe repose sur l'adhésion volontaire, et non sur la force. L'exemple de Jake, qui se sent lésé après avoir perdu un vote, et le départ de membres de groupes comme Galaxy 500, illustrent les dangers de la domination des blocs de vote et le manque de représentativité des minorités.
Une alternative à la démocratie majoritaire est le consensus, où aucune décision n'est prise sans l'accord de tous. Rush, par exemple, fonctionnait selon ce principe, évitant ainsi les conflits internes liés aux votes "deux contre un". Le consensus garantit que chaque opinion a du poids et encourage la participation, protégeant contre la domination des minorités. Cependant, le consensus peut aussi être chronophage et engendrer des compromis qui diluent les idées originales. Le risque est de privilégier l'idée la plus tolérable plutôt que la meilleure, ce qui peut étouffer les idées audacieuses et mener à une forme de "design par consensus" qui nuit à la créativité. Le consensus fonctionne mieux dans de petits groupes où les membres sont alignés sur leurs valeurs.
Lorsque la collaboration musicale implique un plus grand nombre de personnes ou nécessite une prise de décision plus efficace, un système autocratique émerge. C'est le cas des orchestres, où le chef d'orchestre détient l'autorité décisionnelle sur le répertoire, l'interprétation et les détails musicaux. Bien que ce système puisse aboutir à des décisions musicalement supérieures grâce à l'expertise du chef, il peut aussi aliéner les musiciens qui cèdent leur autonomie. Les orchestres choisissent parfois leur chef par vote, mais souvent un comité non élu le sélectionne, laissant les musiciens sans voix directe. L'attrait de ce système réside dans la promesse de créer une musique magnifique et transcendante, même si les opinions individuelles sur les détails artistiques sont secondaires.
Ce modèle autocratique n'est pas limité à la musique classique. Les leaders de groupe dans d'autres genres, comme Tom Waits, ou les directeurs musicaux de stars de la pop, exercent une autorité centrale similaire. Ils prennent les décisions finales sur la musique, influençant le son et l'interprétation, malgré les contributions potentielles des musiciens secondaires. La musique classique et la pop, malgré leurs différences apparentes, partagent cette structure politique de prise de décision par autocratie.
Le jazz, en revanche, offre un modèle politique différent, souvent décrit comme anarchique, ou plus précisément, comme une forme de socialisme libertaire. Wynton Marsalis a comparé le jazz à la démocratie, mais l'auteur y voit plutôt une forme d'anarchie. Dans le jazz, la prise de décision est distribuée, sans vote ni autorité centrale. L'improvisation permet à chaque musicien de jouer ce qu'il souhaite, tout en ayant la responsabilité de faire sonner le groupe au mieux. Il n'y a pas de mécanisme formel pour rejeter une mauvaise idée, mais des pressions informelles peuvent s'exercer.
Ce système anarchique fonctionne grâce à deux éléments principaux. Premièrement, il existe un cadre commun, un langage musical partagé (le "jazz language") que tous les musiciens sont censés connaître et utiliser. Ce vocabulaire partagé constitue le "programme accepté" dont parle Malatesta, une base commune pour la communication et la création. Deuxièmement, une confiance et un engagement total envers le collectif sont nécessaires. Il s'agit d'un équilibre délicat entre l'expression personnelle et le bénéfice du groupe, une dynamique d'autonomie individuelle au sein d'une unité collective, similaire aux idéaux anarchistes d'Emma Goldman.
L'auteur souligne que les genres musicaux sont intrinsèquement liés à leurs systèmes politiques de prise de décision. Tenter d'appliquer un système anarchique au rock, par exemple, serait étrange, car l'identité du rock est souvent liée à une forme de démocratie égalitaire au sein du groupe. De même, un leader de groupe écrivant chaque note pour des musiciens de jazz irait à l'encontre de l'esprit d'autonomie et d'improvisation du genre. Le cas de Frank Zappa, qui a utilisé des séquenceurs pour éviter la collaboration humaine, illustre cette dissonance. L'identité d'un genre musical ne réside pas seulement dans son son, mais dans les valeurs qu'il véhicule et les communautés qui le définissent.
L'auteur propose une définition du genre musical non pas par le son, mais par les valeurs qu'il représente. Le rock instrumental valorise l'athlétisme et la dévotion, tandis que le hip-hop met l'accent sur le lyrisme, l'intelligence et la vulnérabilité. Ces valeurs distinctes façonnent la musique produite et la manière dont les musiciens sont jugés au sein de leurs communautés. Bien que les institutions traditionnelles de diffusion musicale aient perdu de leur influence, les communautés continuent de définir et de maintenir les genres. L'exemple de Drake et Ariana Grande, tous deux accusés de ghostwriting mais réagissant différemment, montre que le genre, en tant que cadre moral et de valeurs, est toujours vivant.
Les différents systèmes politiques observés dans les genres musicaux (démocratie dans le rock, autocratie dans le classique/pop, anarchie dans le jazz) reflètent les valeurs fondamentales des communautés qui les créent. Ces valeurs peuvent être influencées par les expériences individuelles et collectives des musiciens, y compris leur éducation dans des sociétés démocratiques ou leur aspiration à une expression individuelle forte.
Cependant, ces idéaux peuvent être corrompus, et la corruption prend souvent la forme de l'argent. L'auteur revient sur l'article du New York Times, révélant que le processus décrit, apparemment démocratique, était en réalité influencé par le fait que le journaliste, amateur et investisseur, avait les moyens financiers. Les musiciens de session, payés pour leur travail, n'avaient pas le même enjeu financier que l'auteur de l'article. Cela transforme une démocratie potentielle en une ploutocratie, où celui qui paie les frais contrôle l'issue des décisions.
Dans le rock, une démocratie apparente peut se muer en ploutocratie si une seule personne finance le projet. Dans la musique classique, l'autorité du chef d'orchestre, bien que réelle, est souvent influencée par les donateurs et les goûts du public fortuné. Même dans le jazz, où l'anarchie règne en apparence, le leader de groupe, qui assume le risque financier, a le dernier mot sur qui participe et sur la direction musicale. En fin de compte, l'argent façonne la musique, même dans les systèmes qui semblent les plus égalitaires.
L'auteur conclut que, bien qu'il soit tentant de relier directement les pratiques musicales aux engagements politiques, les preuves directes manquent. Cependant, l'expérience de la collaboration musicale peut développer des compétences organisationnelles essentielles. Être dans un groupe oblige à équilibrer les désirs individuels et collectifs, une compétence fondamentale pour toute forme d'organisation. Il encourage ainsi à rejoindre des groupes et à pratiquer la politique musicale, considérant cela comme un entraînement précieux pour toute future révolution. Il annonce ensuite ses prochaines tournées avec ses groupes, La Noah et Sungazer, invitant le public à venir découvrir leur musique et à soutenir leurs projets.