
THEY’RE BRAINWASHING YOU! (& other secrets that made you click) - Etymology Nerd
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Le mot de l'année 2025 choisi par dictionary.com, "67", n'est pas un mot au sens traditionnel, mais plutôt une référence virale exploitée pour le buzz en ligne. Cette tendance, initiée par le joueur de basketball Talon Kenny, démontre que le "clip farming" (l'art de créer des extraits vidéo viraux) est l'avenir de la distribution en ligne. Les dictionnaires utilisent ces "mots de l'année" comme des stratagèmes marketing pour générer de la controverse et de la visibilité, à l'instar d'Oxford qui a choisi "rage bait" pour 2025.
L'idée que le langage devienne "slop" ou "brain rot" (bouillie ou pourriture cérébrale) est contestée. Le langage est un outil neutre, et les associations négatives sont souvent projetées sur lui à cause de son utilisation sur les réseaux sociaux. TikTok est devenu le moteur linguistique le plus puissant, façonnant le langage plus que toute autre plateforme. Une étude de "Know Your Meme" en 2022 a montré que les mots proviennent majoritairement de TikTok et Twitter (désormais X), succédant à 4chan et Reddit. L'interface de TikTok favorise les conversations et l'innovation linguistique, mais aussi les chambres d'écho et les tendances algorithmiques qui accélèrent les cycles de l'argot moderne.
Il existe des dialectes spécifiques à chaque plateforme, tels que le dialecte Twitter, LinkedIn, Reddit ou de live stream. Chaque plateforme fonctionne comme une "maison" où l'on adopte un certain type de langage. LinkedIn favorise un langage professionnel, Twitter encourage les jeux linguistiques, et TikTok peut présenter un langage de "fandom". Même au sein de ces plateformes, des micro-dialectes émergent, comme ceux des groupes K-pop ou des "Swifty".
L'expression "jester maxing at the club when the fuds come over" est un exemple de langage viral, similaire à "67", dont le sens dépasse la signification littérale. Ces expressions sont des clins d'œil à l'algorithme, des mots-clés qui permettent de devenir viral et de signaler son appartenance à un groupe. Le langage est un outil d'identité, et son utilisation signale l'appartenance à une cohorte.
L'accent des influenceurs, notamment l'accent "lifestyle" (du type "hey guys, welcome to my podcast"), remonte à des figures comme Kim Kardashian et Paris Hilton. Il est caractérisé par l'« uptalk » (montée de l'intonation à la fin des phrases) et le « vocal fry » (voix craquante). Cet accent est optimisé pour l'algorithme, augmentant la rétention de l'audience en allongeant les mots et en évitant les silences. C'est une stratégie de "floor holding" (maintenir la parole) pour capter l'attention. En revanche, l'accent de l'influenceur éducatif est plus rapide, plus précis et autoritaire, visant à établir la confiance et l'expertise.
La prononciation des mots est également façonnée par les attentes en ligne. Il y a une pression à adopter une prononciation plus standard de l'anglais, ce qui peut pousser les créateurs non natifs à modifier leur accent pour maximiser leur viralité. Le "founder effect" linguistique explique comment les styles de parole se transmettent, les influenceurs actuels imitant leurs prédécesseurs.
L'accent de Mr. Beast, par exemple, est délibérément ostentatoire et criard pour capter l'attention de son jeune public, misant sur l'excitation et la surprise. Les commentateurs sportifs, à l'instar de Mr. Beast, visent à maintenir l'excitation, tandis que les journalistes adoptent un ton autoritaire similaire aux influenceurs éducatifs.
Le "clip farming" est la nouvelle façon de diffuser le contenu, y compris les discours TED, qui ont perdu de leur prestige. La distribution est devenue plus importante que le contenu lui-même. L'écosystème médiatique est sursaturé, et les vidéos virales sont celles qui déclenchent des émotions fortes comme la colère, la peur, l'admiration ou l'humour, car elles activent davantage le cerveau de l'utilisateur et l'incitent à interagir. Les contenus qui procurent un sentiment de bien-être, comme ceux des professeurs de méditation, ont moins de chances de devenir viraux.
Le langage de la manosphère et l'argot gay sont des exemples de subcultures linguistiques intéressantes. Une grande partie de l'argot de la Génération Z provient de l'anglais afro-américain ou de 4chan. 4chan a été un incubateur linguistique grâce à l'anonymat, qui a créé une pression pour que les utilisateurs démontrent une maîtrise de l'argot pour signaler leur appartenance au groupe.
Le langage est un outil d'identité et de pouvoir. Les communautés marginalisées, comme les personnes noires et les personnes gays, ont développé des argots et des micro-langages pour subvertir les normes linguistiques établies par les hommes blancs hétérosexuels et pour signaler leur identité. Le mot "king" ou "queen" par exemple, vient de l'argot des bals de New York dans les années 1980, un espace noir, gay et latino, pour élever le statut de ces personnes. L'argot se propage souvent quand il est drôle ou "cool", les jeunes étant les premiers à adopter de nouveaux mots.
L'IA a un impact croissant sur le langage. L'utilisation du mot "delve" (approfondir) a augmenté de 1000% depuis l'apparition de ChatGPT, car l'IA utilise ce mot 10 fois plus souvent. Cela est dû à un biais dans le processus d'apprentissage par renforcement, notamment l'influence des travailleurs de renforcement et une préférence de l'IA pour les mots d'origine latine, perçus comme plus "prestigieux". L'IA, conçue pour paraître confiante et incisive, renforce l'utilisation de ces mots, qui finissent par influencer la parole humaine. Des politiciens britanniques utilisent désormais des termes américains, indiquant que leurs discours sont écrits par ChatGPT.
Cette influence de l'IA sur le langage soulève des inquiétudes quant à la manipulation des idées et de la réalité. L'IA peut introduire des biais politiques, de genre ou raciaux qui se perpétuent. Les plateformes et les IA sont des intermédiaires non neutres qui cherchent à faire du profit, façonnant ainsi notre langage et notre perception du monde.
Le langage évolue constamment, reflétant notre réalité. Des mots se raccourcissent (comme "goodbye" en "bye") ou se combinent (comme "jester maxing"). Les jeunes sont des moteurs clés du changement linguistique, car ils sont plus flexibles et cherchent à construire une identité partagée distincte de celle des générations précédentes. Les institutions, quant à elles, légitiment les mots après qu'ils aient été largement adoptés, plutôt que de les imposer.
Les mots de remplissage, comme "euh" ou "like", sont des universels linguistiques utilisés pour maintenir la parole en cours de réflexion. Le mot "like" en particulier a évolué pour permettre d'adopter une persona dans le discours, plutôt que de citer directement.
L'étude de l'étymologie révèle des histoires surprenantes, comme "muscle" venant du latin pour "petite souris", ou "salary" du latin pour "sel". Le mot "girl" était autrefois un terme neutre pour un jeune enfant. Ces dérives sémantiques montrent la fluidité du langage.
La création de langues (conlanging) permet d'explorer les limites de l'expression et de la réalité. Les langues aglutinantes (comme le turc ou l'allemand) et les langues flexionnelles (comme le français ou le latin) ont des structures différentes pour exprimer le sens.
L'expert estime que les réseaux sociaux sont plus préoccupants que l'IA pour la linguistique, car l'IA est rapidement capturée par les réseaux sociaux. Les algorithmes répliquent et accélèrent la diffusion des idées, y compris la désinformation. Cette "inondation de la zone" rend difficile de distinguer la vérité. Des acteurs malveillants, y compris des gouvernements étrangers, exploitent ces systèmes pour manipuler les populations et propager des idées.
Bien que le langage ne détermine pas entièrement la pensée, il l'influence (relativisme linguistique). Les humains sont tenaces pour s'exprimer, même face à la censure (comme l'utilisation de l'emoji "ice" pour "ICE" ou "unalive" pour "kill"). Cependant, le "Overton window" (la fenêtre du discours acceptable) se déplace, influençant la réalité consensuelle et les idées considérées comme acceptables.
L'expert remet en question l'existence même des générations comme la "Génération Z", les considérant comme des constructions sociales utilisées pour la catégorisation marketing. Il défend l'idée que chaque individu a un "idiolecte" unique, une manière de parler qui lui est propre, et une identité unique. Il suggère d'adopter une approche "poly-consommation" et "poly-cadre" pour mieux comprendre le monde, en consommant diverses formes de médias et de perspectives pour contrer les biais algorithmiques.
Enfin, il insiste sur l'importance de la "conviction" dans la diffusion des idées. Les récits simples et les explications unidimensionnelles sont plus "sexy" pour le cerveau humain, même si la réalité est complexe et multiforme.