
100 Objects #19: Western Electric 500 Series
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Dans les années 1970, dans une maison de banlieue américaine typique, se trouvait un objet presque mythique : le téléphone Western Electric série 500. Adam Savage, ancien de MythBusters, se souvient de ce téléphone noir avec son cadran métallique et son combiné. C'était le téléphone ordinaire, présent dans presque tous les foyers américains pendant des décennies. Adam, né à la fin des années 60, n'a connu qu'un seul téléphone dans sa maison pendant toute son enfance. Il se souvient de la sensation du cadran froid, du léger tintement lorsqu'on le déplaçait, et du son réconfortant de la tonalité. Il se remémore avoir mis une banane à la place du combiné et avoir été surpris que le téléphone sonne, ce qui était doublement drôle.
Mais la plupart de ses souvenirs tournent autour de sa véritable fonction : connecter les gens éloignés. Il se souvient d'avoir eu des disputes avec son meilleur ami, d'avoir parlé à sa petite amie pendant des heures, et d'avoir l'impression d'entendre l'intérieur de sa maison, d'être présent dans son espace. Cette sensation d'immédiateté et de proximité, même à distance, est quelque chose qui, selon lui, a disparu. Le Bell Telephone série 500 est considéré par Adam comme le meilleur produit de consommation jamais construit, avec 92 millions d'unités produites en 50 ans, offrant la meilleure expérience de conversation à distance. Sa disparition complète soulève des questions sur le type de connexion humaine que nous privilégions.
L'histoire du téléphone est celle de la connexion de l'Amérique. Avant le téléphone, la communication à longue distance reposait principalement sur Western Union et le télégraphe. Le télégraphe utilisait le code Morse et était révolutionnaire pour sa vitesse, même à travers l'océan, contribuant à la compression du monde et à l'établissement des fuseaux horaires internationaux. Cependant, il avait des limites : le langage était très restreint, chaque mot coûtait de l'argent, d'où l'utilisation de "stop" au lieu d'un point pour économiser. Les câbles télégraphiques initiaux ne pouvaient transporter qu'un seul message à la fois, et un opérateur professionnel lisait tous les messages, ce qui rendait la communication peu privée et non conversationnelle. Les gens écrivaient des lettres, souvent très longues et détaillées, mais leur acheminement prenait des semaines. Il y avait un besoin de combiner la nature personnelle des lettres avec la spontanéité du télégraphe. Western Union offrait 1 million de dollars pour un système multiplex qui permettrait plusieurs transmissions simultanées.
C'est alors qu'émerge le téléphone. L'invention est très disputée, mais l'histoire la plus courante est celle d'Alexander Graham Bell, qui travaillait sur la transmission mécanique du son par des fils. Malgré les contestations, Bell a obtenu le brevet, lui donnant le monopole légal de la fabrication de téléphones. Bell lui-même, craignant la distraction, refusait d'avoir un téléphone dans son bureau. Son invention était ingénieuse et relativement simple : une bobine magnétique et une membrane vibrant avec la voix, créant un signal électrique converti en mouvement mécanique à l'autre bout, puis en son. C'était un processus analogique, presque instantané, indétectable pour l'oreille humaine.
Pour que l'invention ait un impact, il fallait un réseau. Bell créa la Bell Telephone, qui devint plus tard AT&T (American Telephone and Telegraph) au début du 20e siècle. Le Bell System était une entité massive comprenant Bell Laboratories, Western Electric et les compagnies de téléphone locales. Au début des années 1900, Bell détenait le brevet du téléphone mais pas celui des câbles de cuivre. D'autres entreprises ont commencé à poser des fils locaux, ce que Bell n'appréciait pas. Bell refusait l'interconnexion avec son réseau national et rachetait ses concurrents, profitant de son monopole pour étendre son pouvoir.
Cependant, ce monopole attira l'attention du gouvernement américain, qui venait de démanteler Standard Oil et American Tobacco Company. Le président d'AT&T, Theodore Vail, fit une proposition au gouvernement vers 1913-1914 : AT&T construirait un système téléphonique si vaste qu'il fournirait un signal téléphonique à chaque entreprise et foyer américain, et ce, gratuitement. En échange, ils voulaient un monopole sur le réseau, sans concurrence ni lutte pour les permis. Vail argua que la tâche était si énorme et complexe qu'elle serait accomplie plus rapidement et mieux pour le public américain si une seule entreprise maintenait une norme cohérente. Le gouvernement accepta, ce qui fut une victoire massive pour AT&T.
Le défi était immense : connecter chaque foyer et entreprise du pays par des fils. C'était un projet d'ingénierie colossal, nécessitant des dizaines de millions de kilomètres de câbles de cuivre. La partie la plus coûteuse était souvent le "dernier kilomètre", où les fils se ramifiaient vers les maisons individuelles. En 1925, AT&T fonda Bell Labs, la plus grande organisation mondiale dédiée à la recherche en communication, avec pour objectif d'améliorer le réseau et de résoudre le problème du "dernier kilomètre".
Bell Labs réalisa qu'ils devaient créer l'interface parfaite pour utiliser ces fils : le téléphone parfait. Henry Dreyfuss, un designer prolifique, fut l'homme de la situation. Dreyfuss, qui avait débuté dans la conception de décors de Broadway, avait une philosophie de design claire : éliminer toute friction entre l'utilisation d'un outil et son utilité. Il voulait réduire la friction au plus bas dénominateur commun. Son entreprise a conçu des produits emblématiques comme le thermostat Honeywell.
L'histoire du design du téléphone était une évolution constante. Les premiers téléphones avaient un écouteur séparé, puis un combiné réunissant microphone et haut-parleur. Quand AT&T voulut une nouvelle évolution, ils organisèrent un concours pour le téléphone série 300. Henry Dreyfuss refusa de participer, voulant parler directement aux designers. Après que le concours n'ait donné aucun résultat satisfaisant, AT&T embaucha finalement la firme de Dreyfuss pour concevoir le téléphone série 300.
En 1937, Bell introduisit le modèle série 300, conçu par Dreyfuss. Il utilisa des milliers de mesures de "l'Américain moyen" pour déterminer la taille et la forme du combiné. Des millions de ces téléphones furent construits, et Bell en tira des leçons importantes, comme la nécessité d'intégrer la sonnerie au corps du téléphone (auparavant, elle était optionnelle). Dreyfuss et son équipe raffinèrent ensuite le design, aboutissant à la série 500. Ils améliorèrent le microphone, rendirent le téléphone plus esthétique, et surtout, ils le rendirent réparable à domicile. Deux vis permettaient d'accéder facilement à l'électronique, ce qui facilitait le dépannage.
Les pièces de la série 500 étaient compatibles de 1949 à 1984. Western Electric, la division de fabrication d'AT&T, produisit plus de 90 millions de téléphones série 500 en un peu plus de 30 ans. L'interchangeabilité des pièces et la facilité de réparation étaient des décisions conscientes. La raison principale : les Américains ne possédaient pas ces téléphones ; ils les louaient à AT&T. AT&T voulait des téléphones robustes qui dureraient des décennies pour éviter les coûts de remplacement. L'utilisateur final n'était pas le client.
Cette robustesse est devenue légendaire, apparaissant dans la culture pop. Dans le film "Get Shorty", Gene Hackman est frappé avec un combiné de série 500, et l'impact est crédible en raison de sa solidité. Le téléphone série 500 était presque indestructible. Il était omniprésent : Nixon l'utilisa pour appeler les astronautes d'Apollo 11 sur la Lune, et les téléphones mis sur écoute du Watergate étaient probablement des série 500.
Le succès de la série 500 fut tel qu'AT&T introduisit des variantes, comme le "Princess Phone", conçu pour les mains des adolescentes, avec un cordon en spirale de 25 pieds permettant des conversations privées dans toute la maison. Le téléphone Bell loué et robuste était un élément essentiel de la vie américaine pendant plus de 30 ans.
Cependant, en 1982, le monopole de Bell, bien que puissant, reposait sur des bases fragiles. L'accord de 1915 avec le gouvernement américain était un compromis qui devait un jour prendre fin. Le gouvernement estima qu'AT&T avait rempli sa promesse de construire un réseau robuste et n'avait plus besoin d'être aussi grande. Le système Bell fut démantelé en huit compagnies régionales, les "Baby Bells". De nouveaux opérateurs longue distance furent autorisés à utiliser les lignes Bell, ce qui fit chuter les prix. Des téléphones en plastique bon marché et des téléphones sans fil, moins fiables que la série 500, devinrent disponibles.
Pendant ce temps, l'analogique était remplacé par le numérique, et une nouvelle technologie émergeait : le téléphone cellulaire. Les téléphones portables étaient numériques et fonctionnaient différemment. La voix était décomposée en sons discrets, encodée en chiffres, transmise, puis réassemblée en son à l'autre bout. Le processus était un miracle d'ingénierie, mais il nécessitait un compromis. Les compagnies de téléphonie cellulaire devaient choisir entre la latence (rapidité de transmission) et la qualité vocale. Elles optèrent pour la qualité.
La latence d'un appel sur la série 500 était de 25 millisecondes, presque inaudible. Pour un téléphone cellulaire numérique, elle est de 150 à 250 millisecondes, soit un quart de seconde. Bien que cela puisse sembler minime, cette latence, selon Adam, est "mortelle" pour l'intimité. Lors d'une conversation simple, cela peut passer inaperçu, mais lors d'une dispute, l'interruption devient difficile, le rythme est perdu, et la communication est frustrante.
L'iPhone, l'héritier de la série 500, est une invention incroyable, mais la partie téléphone est peut-être la moins importante. Apple met l'accent sur l'appareil photo ou le stockage, pas sur l'amélioration de la fonction téléphonique. Appeler quelqu'un aujourd'hui est perçu comme un acte agressif, en partie à cause de cette latence. L'élimination de la friction, principe de design de Dreyfuss, a été abandonnée pour la conversation humaine. C'est pourquoi, selon Adam, les jeunes évitent les appels téléphoniques. Une enquête a révélé que près de 70 % des 18-34 ans préfèrent les SMS aux appels.
Cependant, Adam observe que ses enfants utilisent Zoom ou FaceTime pour parler à leurs petits amis, s'endormant l'un à côté de l'autre. Il y voit la même intimité que les conversations de 3-4 heures sur le téléphone fixe. Les appels vidéo, avec une bonne connexion internet, offrent une faible latence et, surtout, des repères visuels qui compensent la perte d'intimité due à la latence audio.
Un autre changement fondamental est la réparabilité. La série 500 était conçue pour être démontée. Adam se souvient d'avoir dévissé le combiné à 8 ans et