
Euro numérique : le cheval de Troie de la BCE
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En juin dernier, Binance, le plus grand échange de cryptomonnaies au monde, a failli être exclu de l'Union européenne faute de licence Mika. La raison officielle évoquée était un lourd passé judiciaire, des soupçons de blanchiment d'argent et une structure jugée trop opaque. Cependant, selon The Big Whale, le dossier aurait été jugé conforme par le régulateur grec et aurait été bloqué au dernier moment par une intervention personnelle de Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE). Le véritable motif de ce blocage ne serait pas le passé judiciaire de Binance, mais le stablecoin, dont Binance est le premier fournisseur de liquidité en Europe.
Des déclarations de membres du directoire de la BCE, comme Pier Sipolon en mars 2026 et Isabelle Schnabel en juin 2026, mettent en garde contre la domination d'un stablecoin qui pourrait faire perdre à l'Europe le contrôle de sa monnaie, et qualifient l'euro numérique d'indispensable à la souveraineté européenne. Christine Lagarde elle-même a alerté sur une future "digital dollarisation" et une perte de souveraineté monétaire. Pour une banque centrale, le problème d'un stablecoin est qu'il fonctionne trop bien sans elle, menaçant son monopole. Cela explique les freins réglementaires en Europe et la réponse de la BCE.
Outre-Atlantique, les États-Unis connaissent également des turbulences avec l'enlisement du Clarity Act et l'explosion de la concurrence privée. Face à la menace sur leur monopole, les banques centrales pourraient tenter d'intégrer ou d'interdire ces innovations. La BCE semble opter pour la seconde option tout en préparant sa propre réponse : l'euro numérique.
Le 23 juin, la Commission économique du Parlement européen a validé le cadre de l'euro numérique, suivi par le Parlement européen le 9 juillet, qui a confirmé l'ouverture des négociations avec les États membres. L'objectif est un accord fin 2027, un pilote en 2027 et une émission au plus tôt en 2029.
L'Europe reconnaît la nécessité de son propre système de paiement, car Visa et Mastercard, deux entreprises américaines, concentrent près des deux tiers des paiements par carte de la zone euro et la quasi-totalité des transactions transfrontalières. Des cas de juges de la Cour pénale internationale basés en Europe, exclus des réseaux de paiement américains suite à des sanctions sans condamnation pénale, illustrent le problème de souveraineté. L'euro numérique est présenté comme une solution à cette dépendance.
Cependant, la réponse proposée pour l'euro numérique est critiquée. Il sera plafonné à environ 3 000 € par personne, non pas pour protéger les utilisateurs, mais pour éviter que les Européens ne déplacent massivement leur argent des banques vers cette monnaie de banque centrale jugée plus sûre. Copenhagen Economics, dans une étude commanditée par la Fédération bancaire européenne, chiffre la fuite potentielle à 739 milliards d'euros, ce qui déstabiliserait les banques commerciales. L'euro numérique est donc calibré pour ne pas perturber le système existant, plutôt que pour servir les utilisateurs.
La comparaison entre une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) et un stablecoin privé centralisé révèle des similitudes. Dans les deux cas, l'utilisateur peut être censuré, gelé ou bloqué, ce qui soulève des questions de souveraineté individuelle. Les stablecoins sont parfois considérés comme une forme de CBDC privée par procuration. Circle et Tether ont déjà gelé des milliards de dollars à la demande de la justice, y compris des wallets qui n'avaient a priori rien à se reprocher.
Cependant, contrairement à une banque centrale, les émetteurs de stablecoins privés évoluent dans un marché concurrentiel et ont une incitation réelle à bien servir leurs clients. Si un émetteur sert mal, les utilisateurs peuvent se tourner vers d'autres acteurs, ce qui oblige l'émetteur à améliorer son offre, ses coûts et ses intégrations. Cette concurrence est un levier que n'a pas une CBDC, qui représente un monopole sans concurrent.
Les émetteurs de stablecoins génèrent des revenus importants en plaçant les dollars détenus en réserve dans des bons du trésor. Circle a généré 2,7 milliards de dollars de revenus en 2025, et Tether plus de 10 milliards de profits la même année. Cette opportunité attire de nombreuses entreprises et les pousse à servir au mieux leurs détenteurs.
La preuve la plus spectaculaire de cette discipline par la concurrence a été l'annonce, le 30 juin dernier, d'Open USD par Open Standard, avec le soutien de 140 acteurs majeurs de la finance et de la tech, dont Visa, Mastercard, Stripe, Black Rock et Google. Cette initiative a fait chuter l'action de Circle de 18 % en bourse. La force d'Open USD ne réside pas dans son jeton, mais dans sa distribution massive et le fait qu'il propose de redistribuer l'essentiel des revenus de réserve aux partenaires. Pour des géants comme Stripe ou Visa, il devient plus intéressant d'utiliser Open USD qui les rémunère, plutôt que l'USDC de Circle qui ne leur rapporte rien.
Bien que le déploiement d'Open USD soit prévu pour fin 2027 et que des défis subsistent, cette initiative montre qu'un acteur bien établi comme Circle peut être attaqué et que son modèle peut être contesté et amélioré par la concurrence. Une banque centrale, en revanche, ne sera jamais défiée par une meilleure CBDC et n'a personne à convaincre.
Côté européen, l'idéal serait de créer une dynamique similaire de concurrence. Des initiatives européennes de stablecoins en euro existent, comme Kivalis, porté par 37 banques européennes. Cependant, la BCE, par la voix de Christine Lagarde, estime que l'argument en faveur des stablecoins en euro est faible, et les tentatives privées européennes sont lourdement contraintes, rendant difficile l'émergence d'un modèle viable à grande échelle.
Aux États-Unis, le Sénat américain a voté en juin 2027 pour interdire à la Fed d'émettre un dollar numérique public jusqu'au 31 décembre 2030. Le pari américain est clair : pas d'État émetteur, mais une armée d'émetteurs privés en concurrence pour porter le dollar dans l'économie numérique. Cependant, même là, la régulation, les lobbies et les confl