
Comment la Chine domine le monde sans pétrole ? (ou presque)
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Au cœur du désert de Kubuki, la Chine construit la plus grande ferme solaire du monde, couvrant une superficie six fois supérieure à celle de Paris, avec l'équivalent d'un terrain de football de panneaux solaires installé chaque heure. Ce projet colossal n'est qu'un exemple de la stratégie chinoise visant à dominer les énergies renouvelables, incluant l'éolien et l'hydraulique. La question se pose : s'agit-il d'une manœuvre pour dominer le monde, d'une véritable transition écologique, ou d'une forme de "greenwashing" annonçant la fin de l'ère du pétrole ?
Pour comprendre cette ruée vers le solaire, il faut remonter aux années 1990, où la Chine, alors minuscule face aux États-Unis en termes de PIB, a décidé de devenir "l'usine du monde" sous Deng Xiaoping en 1978. Cette industrialisation rapide a entraîné une explosion de la demande énergétique, initialement satisfaite par le charbon. Si cette stratégie a permis une croissance économique fulgurante, elle a aussi généré une pollution atmosphérique insoutenable dans les grandes villes et fait de la Chine le plus grand émetteur de CO2.
Face à cette crise environnementale, le gouvernement chinois a dû repenser sa stratégie énergétique. Le pétrole et le gaz étaient des alternatives moins polluantes, mais leur importation aurait rendu la Chine dépendante de pays étrangers, ce qui était inacceptable pour sa souveraineté. C'est pourquoi la Chine a fait le pari d'investir massivement dans les énergies renouvelables, en particulier le solaire, pour devenir la première grande nation écologique.
Les chiffres de cette transition sont stupéfiants. En 2024 seulement, la Chine a installé suffisamment de panneaux solaires et d'éoliennes pour alimenter la France entière. Au premier semestre 2025, elle a ajouté 212 gigawatts de capacité solaire, dépassant la capacité solaire totale des États-Unis. Exploitant ses vastes déserts, la Chine est responsable de près de 60 % des nouvelles installations solaires mondiales en 2025, atteignant ses objectifs énergétiques propres avec six ans d'avance. L'électricité est devenue sa principale source d'énergie dans les bâtiments et a dépassé le charbon dans l'industrie.
Cependant, cette domination n'est pas sans inquiétude. La Chine est devenue si puissante dans la production d'énergies renouvelables qu'elle contrôle 60 à 85 % de la chaîne d'approvisionnement mondiale pour les panneaux solaires, les pompes à chaleur, les éoliennes et les électrolyseurs à hydrogène. Grâce à des investissements massifs via les Nouvelles Routes de la Soie, elle ne vend pas seulement des composants, mais construit aussi les infrastructures (ports, lignes électriques, barrages, mines, centrales), rendant le monde entier dépendant d'elle pour sa transition énergétique. Remplacer une dépendance aux énergies fossiles par une dépendance totale à la Chine serait une erreur stratégique. L'Europe doit donc urgemment bâtir et encourager une industrie renouvelable forte sur son territoire.
Malgré cette avancée fulgurante dans les renouvelables, la Chine reste le premier pollueur mondial. En 2024, elle a construit deux centrales à charbon par semaine, représentant 93 % des nouvelles installations mondiales, un record en 15 ans. L'Agence internationale de l'énergie insiste sur l'arrêt de tout nouveau projet d'exploitation d'énergies fossiles pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. La Chine justifie cette construction par la diminution globale de sa consommation de charbon, utilisant ces centrales uniquement pour compenser l'intermittence des renouvelables. Les projections montrent une baisse du taux d'utilisation des centrales à charbon à 20-30 % d'ici 2050, et la production thermique chinoise a même connu sa première baisse annuelle en 2025 depuis 10 ans.
Il faut nuancer cette situation. La Chine, avec sa population immense et son rôle d'usine du monde, est le plus grand pollueur, mais aussi la nation la plus avancée en énergies renouvelables. Elle possède le premier parc solaire, le premier parc éolien, et est le premier producteur mondial d'hydroélectricité, cette dernière étant sa principale source d'énergie renouvelable (16 % contre 4 % pour le solaire et 8 % pour l'éolien). Le barrage des Trois Gorges, le plus grand barrage hydraulique du monde, représente une puissance de 60 GW, équivalente à la quasi-totalité du parc nucléaire français.
Cependant, cette démesure chinoise mène à un piège. La Chine n'est pas une nation écologique, car le problème fondamental n'est pas seulement la crise climatique, mais la croissance économique qui transforme la nature en déchets et dépasse les limites plan