
ETF : un ex-trader dévoile les pièges à éviter - Xavier Delmas
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Xavier Delmas, expert en investissement, est invité pour discuter des ETF (Exchange Traded Funds). Il explique que sa passion pour l'investissement remonte à sa vingtaine, l'ayant mené à travailler dans le trading pour compte propre à la BNP à Paris et Londres, puis en banque privée à Genève. Devenu indépendant financièrement, il crée du contenu financier et estime avoir autant appris en créant ce contenu que lors de ses expériences professionnelles passées. Il se considère passionné par les marchés actions, les ETF et le stock picking. Son portefeuille est divisé à parts égales entre ETF et stock picking, une approche qu'il trouve équilibrée et qui lui convient. Il ne serait pas à l'aise avec 100% l'un ou l'autre.
Le stock picking, pour Xavier, consiste à investir dans des entreprises par conviction forte, sans se forcer à ajouter des secteurs juste pour diversifier. C'est là que les ETF interviennent pour compléter et assurer une diversification qu'il ne chercherait pas activement dans ses choix de titres directs.
Un ETF est un fonds coté en bourse, la plupart étant des fonds indiciels qui suivent un indice. L'idée de la gestion indicielle n'est pas nouvelle, remontant à Samsonite qui, pour gérer son fonds de retraite, a tenté une gestion équipondérée des 500 premières actions américaines. Cette approche s'est avérée être un cauchemar à maintenir, les obligeant à opter pour une pondération par capitalisation, répliquant ainsi le S&P 500. Les ETF sont apparus plus tard comme des enveloppes pour ces indices, offrant des avantages considérables mais aussi des inconvénients souvent sous-estimés.
L'un des principaux inconvénients des ETF pondérés par capitalisation est leur concentration. Par exemple, les 10 plus grandes sociétés du S&P 500 représentent actuellement 40% de l'indice. Xavier souligne que cela signifie que l'on n'est pas aussi diversifié qu'on pourrait le croire. Il évoque le fonds souverain norvégien, le plus grand fonds du monde et 100% passif, dont le PDG a tiré la sonnette d'alarme sur l'hyper-concentration de leur portefeuille, avec un scénario de stress test montrant une baisse potentielle de 35%. Malgré cette alerte, la gestion indicielle du fonds est inscrite dans la loi norvégienne, limitant les actions du PDG.
La concentration actuelle du marché est fortement liée à la tech et à l'IA. Selon Jefferies, 45% du S&P 500 serait lié à l'IA. Les 10 premières valeurs de l'indice, bien que représentant 40% de sa valeur, ne génèrent que 32% des bénéfices, mais concentrent 50% du risque en raison de leur volatilité et de leur corrélation.
Xavier promeut les ETF pour les investisseurs qui ne peuvent ou ne veulent pas faire le travail de stock picking. Il admet avoir des partenariats avec Amundi, un émetteur d'ETF, mais insiste sur sa liberté de critique. Il trouve dangereux de recommander le stock picking à tous, car cela demande du temps, des connaissances et une passion.
Concernant la diversification, il explique que les ETF sont souvent présentés comme très diversifiés, mais que cette affirmation est parfois trompeuse. Le MSCI World, qui regroupe environ 1300 sociétés des pays développés, est dominé à 70% par les États-Unis et le dollar, et à 26% par ses 10 premières valeurs, ce qui est moins concentré que le S&P 500 mais reste significatif. Des indices plus larges comme l'ACWI (All Countries World Index) incluent les pays émergents pour une diversification géographique accrue.
Les ETF thématiques sont un piège selon Xavier, car ils sont souvent lancés au pic de la mode d'un secteur (ex: cannabis, vaccins), aboutissant à des performances décevantes. Il préfère les indices larges, estimant que si un secteur est porteur, il prendra naturellement une place plus importante dans ces indices.
Il aborde la mécanique des ETF, expliquant que les calculateurs d'indices (S&P, Nasdaq, MSCI) définissent les règles d'entrée et de sortie des sociétés. Ces règles incluent la capitalisation boursière et parfois la rentabilité ou le flottant. Il donne l'exemple de SpaceX qui a pu négocier son entrée anticipée dans le Nasdaq en raison de la rareté des introductions en bourse.
Xavier met en garde contre la tentation d'attendre une baisse du marché pour investir, une erreur qu'il a lui-même commise par le passé. Historiquement, le marché boursier monte à long terme, et les "plus hauts" d'aujourd'hui peuvent devenir les "planchers" de demain. Il souligne que les bilans des entreprises sont solides, malgré les inquiétudes macroéconomiques.
Il exprime des réserves sur la pertinence des statistiques historiques de performance boursière, compte tenu des changements démographiques, énergétiques et géopolitiques. L'IA, par exemple, pourrait transformer l'économie, mais son impact est incertain. Il préférerait un ETF qui lui permettrait d'éliminer des entreprises par conviction (par exemple, des pétrolières ou des entreprises sans croissance), car les ETF pondérés par capitalisation représentent le "monde du passé".
L'avantage des ETF est qu'ils permettent de ne pas rester avec des "vieilles" entreprises. Ils intègrent les nouveaux champions assez tôt, évitant aux investisseurs de manquer les innovations. À l'inverse, le stock picking demande une surveillance constante pour ne pas se retrouver avec un portefeuille obsolète.
Il mentionne les ETF synthétiques, qui permettent d'investir dans des marchés non européens via un PEA. Ces ETF investissent physiquement dans des actions européennes et utilisent des swaps de performance pour répliquer un indice non européen, comme le S&P 500, avec un risque de contrepartie jugé minime.
Xavier souhaiterait voir des ETF cross-asset, incluant des matières premières ou d'autres classes d'actifs, pour une diversification encore plus poussée, à l'image des portefeuilles "all weather" de Ray Dalio. Il évoque aussi les "Life Cycle" ETF, qui ajustent automatiquement l'allocation d'actifs (actions/obligations) en fonction d'une date cible (retraite, achat immobilier), réduisant la volatilité avec le temps.
Il aborde les inconvénients non encore traités des ETF. Le risque de change est important, notamment avec une forte exposition au dollar (70% pour un ETF monde, 100% pour un S&P 500). Une baisse du dollar peut éroder la performance des investissements en euros. Les marchés émergents sont particulièrement vulnérables à la dépréciation de leur monnaie.
Un autre risque est géopolitique, notamment avec des régimes autoritaires. L'investissement en Chine, par exemple, est risqué car les investisseurs étrangers ne détiennent pas directement des actions, mais des contrats (VIE) sur les bénéfices. Il exprime ses craintes concernant la Chine, citant les défis démographiques, la faible consommation post-Covid et la bulle immobilière.
Il revient sur l'idée que les gérants actifs ne parviennent pas à battre le marché. Il explique que c'est souvent dû aux frais élevés et à la conservation de liquidités. Une étude montre que les gérants actifs ont du talent pour identifier 5 à 10 convictions qui surperforment le marché, mais que l'obligation de diversifier leurs portefeuilles avec de nombreuses autres actions dilue cette performance. Pour Xavier, cela renforce l'idée d'utiliser des ETF larges pour couvrir le marché et de réserver le stock picking à un nombre limité de convictions fortes.
Il partage sa propre conviction concernant l'IA : les modèles d'IA tendent à se valoir de plus en plus, et l'accès à des modèles gratuits ou open-source pourrait remettre en question la valorisation élevée d'entreprises comme Nvidia.
En conclusion, le meilleur conseil qu'il puisse donner est de toujours regarder le contenu d'un ETF (pays, devises, top 10 des entreprises) et de s'assurer d'être à l'aise avec les paris pris. Il rappelle que même le MSCI World a connu des baisses importantes par le passé, comme une perte de 57% entre 2007 et 2009. L'investissement nécessite des convictions solides pour traverser les périodes difficiles.
Sa "Martingale" personnelle est de privilégier la liquidité, qu'il valorise plus que tout. Il encourage les investisseurs à faire l'effort de lire un rapport annuel d'entreprise, ou de demander à l'IA de le résumer, pour comprendre la culture et la stratégie des entreprises. Il estime que le patrimoine devrait être construit avec un bon équilibre entre ETF et actions directes, pour un profil de risque qui permet de "dormir la nuit".
Xavier Delmas mentionne également une newsletter gratuite, Boursecho, qui propose des analyses approfondies des modèles économiques d'entreprises, et recommande l'écoute de podcasts sur des entreprises comme Hermès ou Dassault pour comprendre leur philosophie.