
Le choc pétrolier de 2026 : surestimé ou sous-évalué ?
AI Summary
Dans cette vidéo, l'orateur analyse la situation actuelle du marché de l'énergie, se concentrant sur l'importance et la réalité du choc pétrolier en cours. Il constate que malgré une certaine correction des valeurs pétrolières et des prix du pétrole relativement contenus, les indices boursiers atteignent de nouveaux sommets historiques. Cette situation amène de nombreux commentateurs économiques généralistes à conclure que l'ampleur du choc pétrolier a été surestimée, arguant que l'économie moderne est moins dépendante du pétrole qu'auparavant.
Cependant, l'orateur présente une vision divergente. Il observe que les prix actuels du pétrole, bien que dans une fourchette haute, ne sont pas extraordinaires ni dangereux pour l'économie mondiale, et que les prix du gaz naturel et du charbon en Europe ont également connu une hausse limitée. Cette apparente stabilité pourrait laisser penser que les spécialistes de l'énergie ont surestimé la crise.
Pourtant, les chiffres révèlent une réalité beaucoup plus préoccupante : une perte de production pétrolière potentiellement la plus importante de l'histoire, atteignant environ 13 millions de barils par jour, soit 13% de la production mondiale. Ces pertes sont réelles, dues à la fermeture de puits au Moyen-Orient car les capacités de stockage sont saturées. Comparé aux précédents chocs pétroliers des années 70, qui ont entraîné des hausses de prix de l'ordre de 50% et des pertes de production moindres en pourcentage de la production mondiale, la situation actuelle est sans précédent.
La raison pour laquelle l'impact n'est pas encore dramatique réside dans les niveaux historiquement élevés des stocks pétroliers mondiaux avant le déclenchement de la crise. Ces stocks, accumulés grâce à un excédent de production, ont permis de compenser la perte de production actuelle. Cependant, ces stocks diminuent à un rythme très rapide. L'orateur estime que d'ici fin mai, près d'un milliard de barils pourraient avoir été perdus, ramenant les stocks mondiaux à des plus bas historiques absolus. Même si le trafic reprenait demain, il faudrait plusieurs mois pour rouvrir les puits et relancer la logistique, ce qui continuerait à épuiser les stocks. De plus, la fermeture prolongée de puits peut entraîner des dégradations irréversibles et des pertes de production durables sur plusieurs trimestres, voire années. L'orateur prévoit qu'en quelques semaines, nous pourrions être confrontés à une situation grave, sans précédent historique en termes de choc énergétique.
Concernant l'offre et la demande, l'orateur distingue deux types de destruction de la demande. La première est la forme classique, où une réduction de l'offre entraîne une forte hausse des prix pour rétablir l'équilibre. Le pétrole, étant une denrée essentielle et inélastique, réagit très fortement aux variations d'offre. Une perte de 13 millions de barils par jour devrait logiquement avoir un impact considérable sur les prix.
La seconde forme, observée jusqu'à présent, est la "destruction de demande par force majeure". Il s'agit de situations où des cargaisons commandées n'arrivent pas en raison de blocages (comme la fermeture du détroit d'Ormuz), indépendamment du prix. Cela a provoqué des pénuries ponctuelles dans certains pays d'Asie, mais n'a pas fait fluctuer les prix de manière significative. Cependant, cette situation est temporaire. Les entreprises affectées vont se réorienter vers d'autres sources, augmentant la demande sur l'offre restante. Progressivement, la destruction de demande par pénurie et hausse des prix va se substituer à la destruction de demande par force majeure. L'orateur souligne qu'il existe des stocks "incompressibles" (en transit, dans les raffineries, stocks stratégiques militaires) qui ne peuvent être totalement épuisés, rendant la situation tendue à mesure que l'on s'en approche. Le trafic aérien, bien que le kérosène soit particulièrement touché par la hausse des prix, n'a pas encore montré de baisse significative, indiquant que les prix n'ont pas encore déclenché une destruction de demande classique.
L'argument selon lequel nos économies seraient moins dépendantes du pétrole est également remis en question. Bien que nous produisions plus de richesse par baril de pétrole, ce dernier reste indispensable pour de nombreux secteurs, notamment l'aviation et l'industrie chimique. Paradoxalement, une moindre dépendance pourrait rendre le marché encore plus inélastique. Si le pétrole représente une part plus faible des charges, une hausse de prix significative sera nécessaire pour affecter les bénéfices, conduisant à une destruction de demande à des niveaux de prix encore plus élevés qu'auparavant.
La situation actuelle est également marquée par l'absence d'intérêt des parties prenantes à une sortie de crise rapide. L'Iran, pour maximiser la valeur de sa carte maîtresse (la fermeture du détroit d'Ormuz), a besoin de prix pétroliers les plus élevés possible pour exercer une pression maximale sur l'économie mondiale. Les États-Unis, quant à eux, cherchent à obtenir une victoire en Iran sans engagement militaire, espérant que le blocus mettra l'économie iranienne à genoux avant que les prix du pétrole n'explosent. Les deux parties sont donc incitées à attendre. Le problème est que, malgré les stocks, le système présente une inertie qui pourrait nous mener à un point de non-retour sur la pénurie.
L'orateur anticipe une prise de conscience progressive du marché quant à la gravité de la situation pétrolière, qui pourrait entraîner une chute brutale des indices boursiers, une forte hausse des prix du baril et une destruction de demande massive, potentiellement au-delà de 200 dollars par baril. Il rappelle que des prix de 200 dollars ont déjà été atteints en 2008 et que les économies mondiales ne se sont pas effondrées.
À plus long terme, le remplissage des stocks de précaution une fois le trafic rétabli créera une demande supplémentaire, maintenant une pression haussière sur les prix pendant plusieurs trimestres. La crise ne sera donc pas de courte durée. Une recherche de réduction de la dépendance au pétrole entraînera la construction de nouvelles capacités de stockage en Asie, un basculement partiel vers le charbon et le gaz, et une reprise des investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures pour éviter le détroit d'Ormuz.
En conclusion, l'orateur, dont le point de vue minoritaire est basé sur l'avis unanime des spécialistes de l'énergie, estime que nous sommes au début d'une crise énergétique sans précédent. Il déconseille de vendre ou d'alléger les positions sur les valeurs du secteur de l'énergie, car la prise de conscience de la gravité de la situation par les marchés n'a pas encore eu lieu. Il maintient une forte pondération des valeurs énergétiques dans ses portefeuilles d'investissement.