
Un salarié au SMIC peut doubler sa retraite en investissant lui-même
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Le coût de ne pas être investi est bien plus élevé que celui d'être investi. La volatilité des marchés boursiers est un problème à court terme, mais jamais à long terme. Il existe de nombreux secteurs pour diversifier son épargne.
Bienvenue à l'émission "Allô la Martingale", où chaque mardi, nous abordons des sujets d'actualité et de long terme, comme la préparation de votre retraite. En moyenne, nous passerons 20 à 25 ans à la retraite, et malheureusement, beaucoup la préparent trop tard, souvent à 45, 50 ou 55 ans. Est-ce trop tard ? Nous allons poser cette question à nos deux invitées du jour, Sonia Hemlinger, co-fondatrice de Lycr, une insurtech spécialisée dans la protection sociale des indépendants, et Axel Pinon, membre du comité d'investissement chez Carmignac, qui gère plus de 40 milliards d'euros.
Sonia, peux-tu nous rappeler les grands équilibres du système de retraite en France, qui varient selon les situations individuelles ? En France, depuis la dernière réforme, les personnes nées après 1968 partent à la retraite à 64 ans, avec 172 trimestres de cotisation, soit 43 ans. Cependant, cet âge est susceptible d'évoluer, car la moyenne européenne est plutôt de 67 ans. Plus on fait d'études et plus on commence à travailler tard, plus l'âge de départ recule. On peut toutefois racheter des trimestres, notamment pour les études longues. Le taux plein est garanti à 67 ans, même si le nombre de trimestres n'est pas atteint, mais le montant dépendra des cotisations. Le calcul de la retraite de base se fait sur les 25 meilleures années de salaire.
En plus de la retraite de base (sécurité sociale), il y a les régimes complémentaires, souvent sous forme de points (Agirc-Arrco pour les salariés, régimes spécifiques pour les avocats, médecins, etc.). Ces régimes à points sont plus simples à comprendre : on cotise un nombre de points, dont la valeur est fixée annuellement.
Pour les fonctionnaires, le calcul est différent : il se base sur les 6 derniers mois de salaire et prend en compte 75% de ce salaire, contre 50% des 25 meilleures années pour les salariés du privé. Cette différence peut sembler une inégalité, mais les fonctionnaires ont moins de primes et leurs salaires ne sont pas toujours les plus élevés en fin de carrière.
Les indépendants ont une quarantaine de régimes de retraite spécifiques. Ils cotisent généralement moins, ce qui se traduit par une retraite plus faible. Cependant, cela leur offre l'avantage de disposer de plus d'argent pour investir par capitalisation. Ils sont souvent plus sensibilisés à la nécessité de préparer leur retraite par eux-mêmes, contrairement aux salariés qui ont pu croire à tort à une retraite confortable.
La réforme des retraites de 2023, qui a repoussé l'âge légal de départ à 64 ans, a été suspendue pour certaines dispositions, mais le débat sur l'avenir du système persiste. Axel, chez Carmignac, vous gérez l'épargne de nombreux particuliers et institutions. Cela souligne l'importance pour chacun de préparer sa retraite en complément des régimes obligatoires. Le ratio actifs/retraités ne cesse de se dégrader, et il n'y a aucune garantie que le taux de remplacement actuel de 50% soit maintenu dans 30 ans.
Le système par capitalisation présente des risques liés aux marchés financiers, mais le système par répartition est confronté au risque démographique. Aucun système n'est parfait, mais la cohabitation des deux semble nécessaire face au vieillissement de nos économies.
L'Association Française de la Gestion (AFG) a récemment proposé d'introduire une dose de capitalisation dans le système de retraite français. L'Allemagne a également fait un pas dans cette direction. Les États-Unis et les pays nordiques sont des modèles de capitalisation, avec des systèmes comme le "401K" américain, qui rend l'investissement en actions quasi obligatoire et alimente massivement les marchés. Aux États-Unis, les fonds de pension représentent 146% du PIB, contre 36% en Europe. Mario Draghi a souligné que cette épargne de long terme est essentielle pour financer l'innovation.
En Europe, et particulièrement en France, nous sommes de grands épargnants, mais de mauvais investisseurs. Seulement 7% du patrimoine des Français est investi en actions, contre plus de 45% aux États-Unis. Si ce chiffre était plus élevé, l'épargne française aurait pu doubler grâce à l'effet des marchés. L'effet de richesse généré par l'investissement en actions a permis aux Américains de maintenir leur pouvoir d'achat malgré l'inflation.
Pourquoi la France est-elle si réticente à l'investissement en actions, même si les fonctionnaires, via des fonds comme Carmignac, cherchent des rendements de 7 à 15% par an ? L'éducation financière dès le plus jeune âge est cruciale. Le système 401K aux États-Unis montre qu'il est possible d'investir massivement sans danger, car la volatilité des marchés actions est un problème à court terme, pas à long terme. Sur 10 ans, les marchés actions mondiaux ont un rendement moyen de plus de 12% par an, et sur 30 ans, plus de 8%. L'approche consiste à investir majoritairement en actions jeune, puis à désensibiliser son portefeuille à l'approche de la retraite. Ne pas être investi coûte plus cher que d'être investi.
L'investissement progressif est essentiel pour lisser les points d'entrée et éviter la panique lors des baisses de marché. Les versements programmés sont la base. Il est crucial de rester investi sur le long terme pour bénéficier des intérêts composés, cet effet boule de neige où les gains sont réinvestis et génèrent à leur tour des gains. En France, la tendance à paniquer et à vendre trop vite fait rater les rebonds des marchés, ce qui entraîne des performances médiocres. Les femmes, par exemple, ont tendance à être de meilleures investisseuses car elles sont moins sujettes à ces biais émotionnels et restent investies plus longtemps.
L'investissement en actions est également un enjeu de souveraineté pour l'Europe. En finançant davantage nos entreprises par les marchés actions, nous soutenons l'innovation et le développement de nos propres industries. L'exemple des pays nordiques, comme la Suède, montre que des fonds de pension locaux investis dans le marché national peuvent créer un écosystème économique dynamique. Actuellement, la majorité des détenteurs du CAC 40 sont des investisseurs étrangers, tout comme pour la dette française. Investir en actions permettrait une meilleure compréhension de l'économie et un alignement des intérêts pour l'enrichissement collectif.
Les Français privilégient la pierre et l'assurance vie, mais cette dernière est souvent investie en fonds euros, qui offrent des rendements faibles et ne financent pas directement les entreprises. Avec le retour de l'inflation, les fonds euros perdent de leur attractivité, car le rendement réel est quasi nul.
Le modèle 60% obligations/40% actions, longtemps conseillé, est remis en question. L'inflation structurellement plus élevée et la sensibilité de nos économies aux chocs externes entraînent une hausse des taux. Or, depuis 2022, actions et obligations peuvent baisser en tandem, remettant en cause leur rôle de diversification. Cela implique une gestion plus active, avec des rotations sectorielles sur les actions et une gestion attentive des poches obligataires, car les taux longs sont appelés à rester élevés en raison de l'inflation et de l'endettement des États.
Concernant les cas particuliers, les trimestres travaillés à l'étranger peuvent être récupérés dans les pays ayant des conventions sociales avec la France (pays européens, États-Unis, etc.). Cela permet d'atteindre les 172 trimestres requis et d'éviter une décote. Dans les pays sans convention, il est possible de cotiser à la Caisse des Français de l'Étranger ou de racheter des trimestres, mais cela a un coût qu'il faut évaluer. Le rachat de trimestres pour études longues est intéressant avant 40 ans, car le prix est plus avantageux et le coût est déductible fiscalement pour les résidents fiscaux français.
Pour un trentenaire avec 300 euros à investir par mois, Sonia conseille un Plan d'Épargne Retraite (PER) en "full dynamique" (100% actions). Le PER est bloqué jusqu'à la retraite (sauf cas exceptionnels) et offre un avantage fiscal : les versements sont déductibles du revenu imposable. Plus la tranche d'imposition est élevée (par exemple, 30%), plus l'avantage est significatif. Les indépendants peuvent verser jusqu'à 88 000 euros par an et rattraper 5 ans de plafonds non utilisés.
Concernant les nouveautés du PER, la possibilité de rattraper 5 ans de plafonds non utilisés est un avantage majeur. La fin de la déductibilité après 70 ans est aussi à noter, ainsi qu'une légère augmentation de la CSG de 1,4%, passant à 18,6% sur les prélèvements sociaux.
Il est impératif de changer de paradigme et de promouvoir l'éducation financière dès le plus jeune âge. Beaucoup d'adolescents ne savent pas ce qu'est une action. Il faut déconstruire l'idée que le marché action est un casino et montrer qu'il s'agit d'un outil d'investissement à long terme pour la retraite.
En termes de diversification, au-delà des actions et obligations, l'or peut avoir du sens, à hauteur de 3 à 5% du patrimoine financier, car les banques centrales sont de gros acheteurs pour réduire leur exposition au dollar. Sur le plan géographique, il faut regarder au-delà de l'Europe et des États-Unis. L'Asie, notamment la Corée, Taïwan et le Japon, offre des opportunités d'innovation et de croissance. Des entreprises comme TSMC à Taïwan ou Nitobo au Japon illustrent cette dynamique, et leurs marchés locaux sont souvent alimentés par l'investissement des citoyens dans leur propre retraite.
Pour investir concrètement, il faut privilégier les unités de compte dans l'assurance vie ou le PER, en choisissant des fonds diversifiés qui s'exposent à la croissance internationale. Carmignac Investissement, par exemple, est un fonds actions internationales qui cherche l'innovation en Europe, aux États-Unis et en Asie. Des thématiques de très long terme comme la santé, l'électrification, le traitement de l'eau et des déchets offrent également de nombreuses opportunités de diversification. L'objectif est de viser des rendements annualisés de 8 à 10% sur le long terme, bien supérieurs aux fonds euros.
Pour les indépendants, la prévoyance est un sujet crucial pour sécuriser leurs revenus. La retraite moyenne des indépendants est d'environ 30% de leur dernier revenu, ce qui rend l'investissement personnel indispensable.
Pour commencer à préparer sa retraite cet été, le conseil est de souscrire un PER avec des versements programmés, même modestes (50 ou 100 euros par mois). C'est un "abonnement retraite" automatique qui permet de s'éduquer et de construire son épargne.
Pour estimer sa future retraite, le site info-retraite.fr est un bon point de départ, même si des erreurs peuvent exister sur les relevés de carrière et nécessitent des corrections. Pour les femmes, il faut noter les 8 trimestres supplémentaires par enfant, et depuis le début de l'année, le calcul des meilleures années est avantageux pour les mères de famille. Les femmes doivent particulièrement s'occuper de leur retraite, car elles sont souvent plus vulnérables en cas de divorce ou de vie de couple où elles s'occupent davantage des autres.
En conclusion, il est essentiel de se faire accompagner par des professionnels pour naviguer dans les marchés financiers, diversifier ses investissements et préparer sereinement sa retraite.