
Reid Hoffman On AI, Superagency, And The Future Of Work
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Bernat Ma accueille Reed Hoffman, cofondateur de LinkedIn, Manas AI et Inflection AI, ainsi qu'investisseur pionnier dans des entreprises comme Airbnb et OpenAI. Hoffman est également membre de longue date du conseil d'administration de Microsoft, podcasteur et auteur, reconnu comme une voix influente dans la technologie et l'entrepreneuriat, particulièrement dans le domaine de l'IA.
Hoffman explique que son quotidien est rempli de diverses activités, dont une grande partie est consacrée à l'IA. Il s'interroge sur la signification de l'IA pour le progrès de l'humanité et de la société, et sur les véhicules commerciaux pour y parvenir, comme les entreprises de découverte de médicaments utilisant l'IA pour potentiellement guérir le cancer. Il réfléchit à la transformation du monde où les agents d'IA nous accompagneront dans toutes nos activités, et ce que cela signifie pour devenir "plus humain". En plus de cela, il crée du contenu pour des podcasts et contribue à façonner la société, en discutant par exemple avec des représentants du gouvernement britannique sur l'utilisation de l'IA pour l'économie et les citoyens.
Ma exprime sa frustration face aux conversations sur l'IA qui se concentrent souvent sur les risques. Hoffman, qui se décrit comme un "bloomer" plutôt qu'un "doomer", insiste sur l'importance d'une approche d'optimisme stratégique pour atteindre les "bons futurs". Il explique qu'on n'y parvient qu'en se dirigeant vers eux, et non en fuyant les mauvais. Il compare cela à un voyage en voiture : il faut fixer la destination et y aller, tout en étant conscient des dangers potentiels, mais sans s'y focaliser uniquement.
Interrogé sur les "bons futurs" que l'IA pourrait créer, Hoffman donne plusieurs exemples d'agents qui pourraient améliorer la vie humaine. Il mentionne un assistant médical, capable de réaliser un triage et de prendre des rendez-vous, aussi compétent qu'un médecin moyen, et accessible sur smartphone. Il évoque l'impact potentiel sur des systèmes comme le NHS, permettant de déterminer rapidement si une consultation hospitalière est nécessaire ou si un simple antihistaminique suffit. Il cite ensuite un assistant juridique, rendant les services juridiques accessibles à tous, pour comprendre les contrats de location ou les droits. Un assistant éducatif, pour apprendre de nouvelles compétences ou professions, est également mis en avant. Hoffman suggère que les gouvernements devraient fournir ces assistants gratuitement sur tous les smartphones.
Il aborde la transformation des emplois par l'IA, reconnaissant que certaines tâches humaines seront mieux faites par l'IA. Pour lui, c'est une évolution bénéfique à long terme, comme le passage des chevaux aux voitures. La transformation peut être difficile pour certains, mais elle est inévitable.
Concernant les tendances actuelles de l'IA, Hoffman en souligne trois. La première est l'effet de second ordre des assistants de codage. Au-delà de la simple génération de code (comme la création d'applications pour smartphones), ces agents permettent une meilleure "raisonnement". Un analyste financier, par exemple, peut utiliser l'IA pour effectuer de nouvelles analyses et acquérir des "superpouvoirs". Il mentionne aussi la création de musique par IA, où des agents aident à l'itération. Ces agents de codage sont des machines pensantes et raisonnantes qui sous-tendent non seulement le codage mais aussi d'autres domaines.
La deuxième tendance est la mémoire et la personnalisation. Hoffman explique que la raison pour laquelle Inflection AI a été cofondée est l'idée d'avoir des agents d'IA "personnels", qui nous accompagnent tout au long de notre vie, comprenant nos besoins et nos recherches. Une partie clé de cette vision est la "mémoire de vous". Cela ouvre la voie à un apprentissage personnalisé, car l'IA est la meilleure technologie d'apprentissage de l'histoire humaine, surpassant même les livres.
La troisième tendance est l'utilisation des "superpouvoirs" de l'IA pour transformer la santé humaine. Hoffman, qui a cofondé Manas AI, explique que le cancer, qui touche tout le monde, est un défi immense. Les solutions actuelles sont brutales (comme la chimiothérapie qui tente de tuer le cancer avant de tuer le patient). L'IA représente la première avancée évolutive majeure en des décennies pour identifier, prévenir et résoudre le cancer de manière plus humaine.
Interrogé sur l'IA physique et la robotique humanoïde, Hoffman estime que c'est une partie de l'avenir et que c'est très positif. Cependant, il tempère les attentes à court terme. Le monde des atomes évolue plus lentement que le monde des bits. Il ne s'attend pas à des robots ménagers dans un futur proche. Il prévoit des véhicules autonomes de plus en plus performants (il a été un des premiers investisseurs dans Aurora). Il souligne que les modèles mondiaux (world models) aideront à naviguer dans le monde, mais que leurs premières applications les plus intéressantes seront pour des tâches à "haute valeur", coûteuses ou dangereuses pour l'homme, comme l'exploitation minière. L'IA robotique pourrait rendre l'exploitation minière plus verte et plus sûre, avec des robots guidés par des humains. Il est positif sur l'IA du monde physique et la robotique, mais pense que cela viendra moins vite que ce que la presse suggère parfois.
Hoffman partage ensuite comment il utilise personnellement l'IA. Il encourage les gens à essayer de nouvelles choses avec l'IA chaque semaine, car très peu de personnes l'utilisent à ses pleines capacités actuelles. Il divise ses usages en trois catégories : professionnel, personnel et divertissement.
Professionnellement, l'IA est un catalyseur et un compagnon pour la recherche approfondie et la diligence raisonnable lors d'investissements. Elle l'aide à poser les bonnes questions, à analyser la concurrence et les marchés. Cela élargit les domaines d'investissement qu'il peut explorer, car l'IA lui permet d'acquérir rapidement une expertise dans des domaines qui auraient été trop complexes auparavant.
Personnellement, il recommande d'utiliser un modèle d'IA de pointe (ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot) comme "second avis" pour des questions de santé. Il estime que ne pas le faire relève presque de la négligence, même pour un patient. Bien que les médecins de haute qualité restent essentiels comme premier avis, l'IA peut sauver des vies en offrant une perspective différente. Il a connu des amis dont la vie a été sauvée grâce à un second avis d'IA.
Pour le divertissement, Hoffman utilise l'IA pour augmenter l'expressivité humaine. Au-delà des mots et des images, il a par exemple sorti une vidéo animée pour le Pi Day, où une IA chantait avec sa voix. Cela lui permet d'explorer des sujets "geek" comme les mathématiques de manière amusante et de créer de la musique personnalisée pour ses amis. Il pense que cela "augmente notre humanité".
Concernant le monde de l'entreprise, Hoffman observe que de nombreuses organisations n'intègrent pas correctement l'IA, se contentant de l'ajouter en surface pour des gains d'efficacité, sans repenser leurs activités en profondeur. Il insiste sur la différence entre les entreprises qui réussissent avec l'IA et celles qui restent bloquées dans des "pilotes" sans lendemain.
Le problème des pilotes traditionnels avec l'IA est qu'ils ne fournissent des informations utiles que dans des circonstances très spécifiques. Hoffman suggère que presque toutes les entreprises devraient commencer par intégrer l'IA dans leurs réunions. L'IA ne devrait pas seulement enregistrer et transcrire, mais aussi suggérer des questions à poser, des suivis, des résumés pour les absents et attribuer des actions. Cela transformerait radicalement l'efficacité des réunions et fournirait un aperçu des autres domaines où l'IA pourrait être pertinente.
Il recommande aux groupes de travail d'ajouter un point à leurs réunions hebdomadaires : partager ce qu'ils ont essayé avec l'IA et les résultats (bons, mitigés ou mauvais). Il faut éviter de conclure trop vite à l'inutilité, car "la pire IA que vous utiliserez est l'IA que vous utilisez aujourd'hui" – ce qui est inutile aujourd'hui pourrait ne pas l'être dans six mois. Les entreprises doivent surmonter les excuses liées aux responsabilités légales, à la sécurité de l'information ou aux hallucinations, car l'IA sera une partie de plus en plus significative de l'avenir. Il faut prendre de petits risques pour amorcer la courbe d'apprentissage.
Hoffman souligne que la clé est de créer une culture où les gens adoptent l'IA, l'utilisent et expérimentent, même si elle n'est pas parfaite. Les "hallucinations" et les problèmes font partie de l'apprentissage. Par exemple, en matière d'investissement, l'IA est excellente pour la diligence raisonnable et l'analyse concurrentielle, mais pas (encore) pour prendre la décision finale d'investir. Il a essayé, et cela ne fonctionne pas. Mais cela ne signifie pas qu'il faut cesser de l'utiliser dans les contextes où elle est utile.
Concernant les opportunités d'investissement dans l'IA, Hoffman donne deux types de réponses.
La première est que "l'ancien redevient nouveau". Les principes classiques de l'investissement technologique, comme les effets de réseau ou l'intégration dans de nombreuses entreprises, restent valables. Une nouvelle technologie comme l'IA ouvre de nouveaux marchés, comme le mobile a ouvert les applications natives, et le cloud a ouvert le SaaS. L'IA est la prochaine étape. Les principes de base de la création d'avantages concurrentiels et de structures de marge demeurent, même si les modalités changent (par exemple, la capacité à coder s'étend au-delà des grandes équipes d'ingénieurs grâce aux agents de codage).
La deuxième réponse est spécifique à l'IA. Par exemple, Manas AI a été cofondée parce que l'approche classique de la Silicon Valley en matière biopharmaceutique était erronée, en se concentrant uniquement sur le logiciel ou l'analyse de papiers de recherche. Il faut combiner une IA de haute qualité avec une bio de haute qualité. Cela crée de nouvelles opportunités où la concurrence logicielle traditionnelle n'est pas pertinente, car les modèles de pointe n'ont pas le même focus sur la biologie. De même, les entreprises de découverte de médicaments ne peuvent pas simplement "acheter de l'IA" ; elles doivent restructurer leurs processus pour être "natives de l'IA". L'IA rend possibles de nouveaux types de choses, ouvrant des opportunités et des modèles économiques (comme les "usines à jetons").
Comment l'IA va-t-elle changer la nature du travail ? Hoffman pense que chaque tâche cognitive impliquant l'information ou le langage aura des agents d'IA. Certains emplois ou ensembles de tâches seront entièrement repris par l'IA car elle est plus efficace (comme le service client basé sur un script). De nombreux emplois seront transformés : les tâches autrefois effectuées par l'humain seul seront désormais mieux faites par l'humain *plus* l'IA. De nouvelles tâches émergeront dans cet univers riche en IA.
Hoffman suggère que nous n'aurons plus de "contributeurs humains individuels" mais des humains gérant et exploitant des équipes d'agents. La "gestion d'agents" deviendra une compétence fondamentale. Les modèles d'IA actuels sont bons en tactique mais moins en stratégie. Le rôle humain évoluera vers la gestion de ces flottes d'IA. Il y aura une transformation massive des emplois.
La nature des entreprises sera également transformée. Les flux d'information, de coordination et d'organisation changeront. L'intégration de l'IA dans les réunions, par exemple, modifiera l'efficacité du flux d'information et les méthodologies de prise de décision, la profondeur de la recherche et de l'analyse des risques. Toutes les "processus de travail" des entreprises seront transformés.
Quant à l'impact sur les jeunes employés, Hoffman souligne que leur avantage immédiat est d'être "natifs de l'IA", ce qui est précieux pour aider les entreprises dans leur transition. Il y aura de nouvelles formes d'apprentissage. Pour les juristes par exemple, au lieu de chercher des livres, les jeunes travailleront avec des agents d'IA pour pré-traiter les