
La Corée : Squid Game dans la vraie vie
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La série sud-coréenne "Squid Game" a inspiré une réalité où la compétition est féroce, non pas pour de l'argent fictif, mais pour une vie meilleure. En Corée du Sud, la dette est une réalité écrasante, et la quête d'une vie ordinaire est devenue un combat. Le pays s'est transformé en une "fabrique à champions", où même une existence simple demande des efforts considérables.
Le quartier de Gangnam, autrefois des rizières, est aujourd'hui le symbole de la richesse. Dans les années 70, pour peupler le sud de Séoul, l'État a déplacé les meilleurs lycées, attirant familles et cours privés. Aujourd'hui, des académies privées, les "HON", fonctionnent tard dans la nuit, imposant un couvre-feu aux élèves pour garantir leur sommeil. L'immobilier et l'éducation sont intrinsèquement liés, un appartement étant vu comme un investissement pour l'accès à une bonne école. Des outils comme Finari, connectés à l'intelligence artificielle, offrent des conseils personnalisés pour les investissements, reflétant une société où l'argent est un outil pour l'éducation.
Le film "Parasite" dépeint la réalité des "Banjiha", des appartements semi-enterrés, vestiges d'une loi imposant des sous-sols comme abris anti-aériens. Ces logements, habités par des centaines de milliers de personnes, illustrent la pénurie de logements et la précarité. Le diplôme est devenu essentiel, près de 90% des jeunes coréens ayant un diplôme supérieur, un record dans l'OCDE. Cette pression académique remonte à des siècles de concours pour la fonction publique. Après la guerre de Corée, le diplôme est devenu le principal capital transmissible. Les dépenses en cours privés atteignent des sommes astronomiques, et le diplôme ne suffit plus : il faut celui d'une université prestigieuse. Le jour de l'examen d'entrée à l'université est un événement national, avec des restrictions de vol et des décalages d'horaires. Des superstitions entourent le repas, le "yut" étant consommé pour sa capacité à "coller" à l'examen. Certaines familles se séparent même, le père restant à Séoul pendant que la mère et les enfants s'installent à l'étranger pour apprendre l'anglais.
Les universités "Sky" ouvrent les portes des grands groupes, les "Chebol". Le marché du travail est divisé : les emplois dans les petites entreprises, qui constituent 80% des emplois, offrent des salaires à peine supérieurs à la moitié de ceux des grands groupes. Les postes dans les "Chebol" sont stables, protégés par la loi, et incluent souvent des avantages sociaux considérables. L'incident impliquant Cho Yona, vice-présidente de Korean Air, illustre le pouvoir disproportionné de ces familles. Samsung, Hyundai, SK, LG, Lotte, Doosan sont des exemples de "Chebol" qui dominent l'économie coréenne, formant une "République de Samsung" par exemple, où l'entreprise est présente dans tous les aspects de la vie.
L'ascension des "Chebol" remonte aux années 1960, avec le soutien de l'État développeur. L'État contrôle le crédit en échange de résultats à l'exportation. Des projets audacieux, comme celui de Hyundai pour construire un chantier naval sans expérience préalable, ont été soutenus par l'État. Ce "miracle" a été bâti sur le travail acharné d'ouvrières, qui travaillaient 12 heures par jour dans des conditions difficiles, suivant le mot d'ordre "pali pali" (vite, vite). Les Coréens travaillent en moyenne 1870 heures par an, soit près de deux mois de plus que les Français.
La société coréenne est marquée par le confucianisme, avec une hiérarchie claire entre aînés et cadets. Le "Nunchi", l'art de lire les autres, est essentiel. L'accueil des Jeux Olympiques de Séoul en 1988 a révélé un pays moderne, mais a également caché des réalités sombres, comme le drame du "Brothers Home". La crise financière de 1997 a failli faire s'effondrer le miracle économique, les "Chebol" s'étant endettés massivement. Le pays a dû signer un plan de sauvetage avec le FMI, et les citoyens ont offert leur or pour aider à rembourser la dette. La crise a rendu les licenciements légaux et le travail temporaire courant, transformant la sécurité de l'emploi.
La culture est devenue un secteur stratégique, avec des succès internationaux dans le cinéma et la musique. Des films comme "Parasite" et des groupes comme Black Pink ont acquis une renommée mondiale. Cependant, le pouvoir a longtemps exercé un contrôle sur les artistes, avec une "liste noire" d'individus jugés trop critiques. Des scandales de corruption ont éclaté, impliquant des figures clés des "Chebol" et des dirigeants politiques, entraînant des peines de prison, souvent suivies de grâces.
L'héritage de grandes fortunes s'accompagne de factures de droits de succession colossales. Pendant ce temps, certains cherchent le calme, comme en témoigne un concours où l'on est récompensé pour ne rien faire. Pour ceux qui n'héritent de rien, la vie est une compétition acharnée. Le système de "Jeonse", un dépôt remboursable pour la location, a permis à certains d'accéder à la propriété, mais la volatilité du marché a entraîné des pertes pour de nombreux locataires. L'écart salarial entre hommes et femmes est le plus élevé de l'OCDE, entraînant des choix difficiles pour les femmes concernant la maternité. La fécondité est tombée à un niveau très bas, malgré les efforts de l'État.
La situation géopolitique, avec la Corée du Nord, reste une source de tension constante. Le pays est confronté à des défis internes et externes, où la compétition pour une vie décente est omniprésente. Le "miracle coréen" est indéniable, mais il