
Pourquoi la dette & l'IA 🇺🇸 pourrait rendre Bitcoin indispensable
Audio Summary
AI Summary
Cette semaine, le taux à 10 ans américain a dépassé les 5 %, un niveau inédit depuis 2007, malgré les efforts du Trésor américain pour soutenir le marché en augmentant ses rachats de dettes longues. Parallèlement, Alphabet a levé 84 milliards de dollars en actions pour ses data centers, et Amazon a dû offrir une prime pour placer 25 milliards de dettes. Bitcoin, bien qu'ayant repris des couleurs en août, reste sous son niveau de janvier. Ces événements, apparemment disparates, racontent une même histoire : la concurrence pour le capital, exacerbée par l'intelligence artificielle (IA), menace la place des actifs à risque comme Bitcoin.
L'IA, loin de concurrencer Bitcoin uniquement sur le minage, exerce une pression plus profonde sur les portefeuilles d'investissement. Les géants de la tech, avec leurs promesses de profits potentiellement démentiels, attirent les capitaux, obligeant les actifs à risque à justifier leur existence. Cependant, ce même mouvement pourrait, à terme, devenir une raison majeure de détenir du Bitcoin. Mais avant d'en arriver là, il est crucial de comprendre les défis actuels.
Les mineurs de Bitcoin, par exemple, réorientent une partie de leurs infrastructures vers le calcul haute performance, espérant de meilleurs retours sur investissement. Cet arbitrage économique s'étend aux détenteurs de capitaux : pourquoi investir dans un actif risqué comme Bitcoin si l'IA offre un meilleur rendement ?
Les infrastructures de l'IA sont extrêmement coûteuses. Les dépenses d'investissement et de R&D des hyperscalers ont bondi de 460 milliards de dollars en 2024 à 870 milliards sur les 12 derniers mois. Les flux de trésorerie ne suffisent plus, obligeant ces entreprises à recourir massivement à l'endettement. Les émissions de dette longue des hyperscalers représentent environ 45 % des nouveaux emprunts longs du Trésor américain cette année, sollicitant les mêmes sources de capital.
Pour un gérant obligataire, prêter à un État américain aux déficits croissants ou à des entreprises comme Microsoft ou Amazon, perçues comme porteuses d'avenir, est un choix stratégique. Cependant, l'afflux massif de cette dette réduit sa rareté. L'écart de rendement des obligations des hyperscalers s'est élargi de 30 points de base depuis janvier, contre 2 pour le reste du marché Investment Grade. Amazon a dû offrir une prime de près de 20 points de base pour placer ses émissions les plus longues. Cette concurrence pour le capital devient un enjeu macroéconomique, augmentant la pression sur la rémunération exigée par les acheteurs.
Bien que d'autres facteurs comme la guerre en Iran, l'inflation américaine et les hausses de taux de la Fed contribuent à la hausse des taux, l'augmentation des émissions de dette des entreprises est désormais explicitement citée par la presse financière comme une cause. L'IA, en demandant d'énormes capitaux à financer par de la dette longue, maintient les taux longs à un niveau élevé, avec des conséquences bien au-delà du marché obligataire.
Pour attirer les investisseurs vers des actifs risqués, il faut désormais offrir des perspectives de rendement bien supérieures à ce qui est disponible avec moins de risque. Un particulier peut viser une forte appréciation sur le long terme, mais un fonds de pension doit assurer des paiements réguliers. Les intérêts des obligations permettent de construire un calendrier de flux, évitant les ventes forcées. Ainsi, une hausse de prix espérée dans plusieurs années n'a pas la même fonction qu'un paiement régulier. Lorsque les obligations sont plus rémunératrices, une partie de ces investisseurs a moins besoin de s'exposer au risque. Le coût d'opportunité, c'est-à-dire le renoncement aux intérêts que le capital pourrait rapporter ailleurs, pèse lourdement sur la décision.
C'est pourquoi la hausse des taux a été citée comme une explication de la baisse de Bitcoin, qui ne verse aucun intérêt. Un crédit plus cher et des conditions financières plus tendues créent un environnement moins favorable aux actifs risqués, un mécanisme que le FMI a également identifié pour Bitcoin. Le resserrement de la Fed pèse sur les prix par le canal de la prise de risque, comme pour les actions.
Le marché obligataire, gonflé par les hyperscalers, concurrence les actifs risqués, et Bitcoin est encore perçu comme tel. Bien que d'autres forces puissent compenser cet effet (comme les entrées massives dans les ETF spot en août), un capital plus cher rend l'environnement moins favorable aux actifs risqués. C'est un vent contraire, pas une condamnation à baisser.
La "sorcellerie" des hyperscalers ne s'arrête pas là. Si leurs investissements s'avèrent très rentables, un cercle vertueux se met en place : la dette finance les data centers, générant des profits qui profitent aux actionnaires et renforcent la confiance des prêteurs. Ce lien entre rentabilité, valeur actionnariale et qualité de crédit, décrit par JP Morgan, facilite les financements futurs. Ces entreprises attirent ainsi les investisseurs en quête de rémunération contractuelle et ceux qui visent la croissance. Bitcoin, principalement acheté comme un pari sur la hausse de son prix, se retrouve en compétition directe avec ces deux propositions.
Cependant, Bitcoin possède un avantage unique : il ne repose sur la promesse de remboursement de personne. Sa proposition à long terme est celle d'un actif de réserve, un "actif sans émetteur". Si cette thèse se réalise, il ne jouera plus dans la même catégorie. La hausse des taux, symptomatique d'un monde où entreprises et États doivent émettre toujours plus de dettes pour financer leurs besoins, deviendrait alors un argument en faveur de Bitcoin. Les engagements de dette à long terme (data centers, postes électriques) s'amortissent sur des décennies, des horizons où Bitcoin pourrait avoir achevé sa phase d'adoption. Plus la dette grossit, plus la question de stocker du capital sans dépendre du bilan d'un émetteur devient cruciale.
L'or, autrefois considéré comme un anachronisme, est redevenu attrayant pour les banques centrales après la crise de 2008, lorsque la confiance dans la promesse des émetteurs a diminué. Pour Bitcoin, la question est similaire : s'il est acheté pour conserver du capital hors du bilan d'un émetteur, l'arbitrage change radicalement. L'investisseur accepte