
DSK vs Sarkozy : Retour sur un clash de haute voltige
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Dans un débat de 2002, Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn s'affrontent, et l'on retient particulièrement un échange sur la notion de rôle. Dès le début, Strauss-Kahn, professeur d'économie, corrige Sarkozy sur un rapport de l'INC. Sarkozy réagit en nommant le rôle que Strauss-Kahn s'arroge : "On n'est pas à l'université, monsieur le professeur." Cette réplique, loin d'être un titre, devient un reproche visant à le déstabiliser. Strauss-Kahn relance habilement en disant : "Si vous étiez mon élève, vous n'auriez pas fait cette erreur." Cette punchline, percutante, renforce l'image de professeur de Strauss-Kahn et piège Sarkozy, qui tente maladroitement de se sortir de la situation. Il commet alors une nouvelle erreur en appelant Strauss-Kahn par le nom de la présentatrice, comme pour le ramener à une position moins dominante. La bataille des rôles est ainsi lancée, plus que celle des arguments chiffrés.
Strauss-Kahn utilise ensuite deux armes rhétoriques efficaces. La première consiste à répéter une même phrase pour la rendre percutante, comme lorsqu'il évoque l'échec des baisses de charges sociales en France sous différentes gouvernements. La deuxième arme est la question rhétorique, particulièrement visible lors du débat sur les 35 heures. Il retourne l'argument de Sarkozy sur "travailler plus pour gagner plus" en demandant qui choisit la durée du travail dans l'entreprise, soulignant ainsi que ce pouvoir appartient au patronat et non aux salariés. Il élargit son propos en remontant à l'histoire sociale, évoquant les ouvriers de 1848 et les caissières de supermarché pour illustrer la notion de pouvoir dans l'entreprise.
Face à cette domination sur le fond, Sarkozy contre-attaque non pas sur les arguments, mais en déstabilisant son adversaire. Il utilise la prétérition, une figure de style qui consiste à dire qu'on ne va pas dire quelque chose pour mieux le sous-entendre (par exemple, "c'est une erreur pour ne pas employer un mot plus fort"). Il utilise également des formules de politesse qui sonnent comme des piques. Sa parade la plus redoutable est de qualifier la démonstration historique de Strauss-Kahn de "coup bien classique" et de tenter de la disqualifier en la ramenant au passé. Sarkozy parvient ainsi à désamorcer les arguments de Strauss-Kahn sans jamais les contredire directement, prouvant que dans un débat politique, la mémorisation d'une scène ou d'une réplique prime souvent sur la justesse des arguments.