
What Musicians Get Wrong About AI | Bill Padley Part 2
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L'intelligence artificielle (IA) n'est pas la cause de la crise actuelle de l'industrie musicale ; celle-ci était déjà en mauvaise posture avant son apparition. L'IA agit plutôt comme un révélateur des problèmes préexistants. Dans une conversation avec le parolier et producteur Bill Padley, nous abordons les questions éthiques, le droit d'auteur, les nouvelles règles de plateformes comme Suno, l'éducation musicale et l'impact de l'IA sur la créativité.
Bill Padley estime que les récentes mesures de Suno, telles que la limitation des téléchargements pour les clients payants à partir du 3 septembre, sont une bonne chose. Il explique que sur le niveau gratuit, l'utilisateur obtient sept téléchargements à vie, ce qui ne l'empêche pas d'écouter et de partager ses créations. Le problème résidait dans la capacité des utilisateurs à télécharger massivement des morceaux générés par IA pour ensuite les inonder sur les plateformes de streaming, créant ainsi du bruit sans filtre. Cette pratique a terni la réputation de l'IA dans le domaine musical.
La nouvelle politique de Suno introduira un filtre à la source. Les utilisateurs professionnels auront droit à 20 téléchargements par mois, et les utilisateurs "premier" à 60. Pour ceux qui se plaignent que 20 téléchargements par mois ne suffisent pas, Bill Padley rappelle que dans le monde réel, les musiciens ne produisent pas des centaines de chansons par mois et ne téléchargent pas tout. Il faut être sélectif. Si l'on génère des centaines de versions d'une chanson, il faut se concentrer sur celles qui méritent réellement d'être téléchargées et travaillées. Il compare cela à la nécessité pour des artistes comme Taylor Swift d'enregistrer une centaine de chansons pour en sélectionner une douzaine pour un album. L'idée est de ne télécharger que ce qui sera effectivement utilisé, ce qui impose une forme de sélection naturelle.
Concernant le filigrane invisible que Suno et d'autres IA apposent sur les fichiers générés, Bill Padley ne s'en inquiète pas personnellement. Pour un auteur-compositeur dont le but est de proposer ses démos à des artistes ou des labels, ces démos seront de toute façon réenregistrées par des professionnels. L'artiste, en revanche, pourrait être plus préoccupé par la paternité de l'œuvre.
La question de l'éthique dans l'utilisation de l'IA musicale est complexe. Bill Padley reconnaît l'existence de musiciens opposés à l'IA, mais aussi de nombreux partisans, comme Will.i.am ou Charlie Puth. Il souligne que l'opinion est subjective. Il affirme qu'il se soucie de la question du vol potentiel du travail des musiciens par l'IA, mais qu'il ne peut rien y faire. Cependant, il note que des plateformes comme Suno ont passé des accords avec des maisons de disques majeures, ce qui légalise et encadre l'utilisation de l'IA dans la musique. Ces accords ont forcé Suno à adapter son système pour satisfaire ses nouveaux partenaires, ce qui, selon lui, est le meilleur scénario pour une IA musicale désormais légalisée, réglementée et rémunérée.
Il compare la situation actuelle à une "ruée vers l'or" ("wild west"), mais estime que les choses doivent changer. Au lieu de voir la fermeture d'autres plateformes comme UDIO qui ne permettaient aucun téléchargement, il préfère le modèle de Suno qui offre une certaine flexibilité. Il pense que les futures versions de Suno seront entraînées sur des produits sous licence, ce qui permettra une rémunération des créateurs. Il voit un potentiel dans l'accès possible aux multitracks des labels, permettant une utilisation éthique et une rémunération des ayant-droits. Malgré une période potentiellement difficile, il anticipe un avenir plus lumineux pour la musique grâce à l'IA.
Bill Padley réfute l'idée que l'IA ait causé la crise de l'industrie musicale. Selon lui, l'industrie était déjà "malade" avant l'arrivée de l'IA, avec une répartition inéquitable des revenus et trop d'acteurs peu scrupuleux. L'IA a simplement mis en évidence ces failles. Il estime que les musiciens qui accusent l'IA d'avoir "cassé" l'industrie se trompent de cible.
La conversation aborde ensuite l'importance croissante des compétences commerciales et entrepreneuriales pour les musiciens. La capacité à monétiser ses compétences, qu'elles soient techniques ou relationnelles, est devenue plus cruciale que la maîtrise de plusieurs instruments. L'artiste doit désormais être son propre promoteur, une tâche rendue possible mais aussi nécessaire par les réseaux sociaux. Bill Padley exprime sa réticence à passer la majeure partie de son temps sur les réseaux sociaux au détriment de la création musicale.
Il compare la rémunération des musiciens sur les plateformes de streaming à celle des YouTubers, suggérant que ces derniers peuvent gagner plus. Créer du contenu YouTube est un travail ardu qui exige l'apprentissage de nouvelles compétences (montage, optimisation pour les algorithmes, création de miniatures). Cependant, si YouTube permet de partager ses connaissances acquises sur des années avec un public plus large, cela en vaut la peine.
Bill Padley a choisi de parler ouvertement de son utilisation de l'IA sur sa chaîne YouTube, sachant qu'il s'exposerait aux critiques. Il a constaté que de nombreux musiciens professionnels utilisent l'IA mais n'en parlent pas par peur de la stigmatisation. En assumant sa démarche, il a souhaité encourager d'autres auteurs-compositeurs à explorer ces outils. Il a reçu des retours positifs de la part de musiciens qui se sentaient ainsi libérés de leurs appréhensions.
Il reconnaît que YouTube est un "champ de mines" et représente un travail supplémentaire. Il n'a pas l'intention de devenir un YouTuber à plein temps, mais partage des vidéos lorsque des événements importants surviennent ou lorsqu'il souhaite expliquer des applications pratiques de l'IA pour les compositeurs, comme l'ajout d'une section "bridge" à un morceau existant sur Suno.
La discussion évolue vers l'impact de l'IA sur la nouvelle génération de musiciens. Bill Padley distingue deux voies : d'une part, ceux qui sont inspirés par l'IA pour apprendre un instrument ou se perfectionner dans la production ; d'autre part, ceux dont l'objectif s'arrête à la création de musique par IA, se déclarant eux-mêmes auteurs-compositeurs et producteurs. Il s'interroge sur la façon dont cela influencera les générations futures, qui pourraient être exposées majoritairement à de la musique générée par IA plutôt qu'à des œuvres où l'IA a servi d'outil d'assistance à la création humaine.
Il estime que l'IA a permis à des personnes n'ayant jamais imaginé créer leur propre chanson d'expérimenter et de s'amuser. Cela a ouvert la porte à un public beaucoup plus large, y compris à des personnes qui ne peuvent plus jouer d'instruments pour des raisons physiques ou mentales. Pour ces derniers, l'IA leur a redonné la possibilité de créer de la musique. Il considère que l'IA a relancé une conversation mondiale sur la musique, qui pourrait inciter davantage de personnes à apprendre des instruments ou à explorer la production musicale.
Bill Padley pense que la "bulle" de l'IA dans la musique est en train d'éclater. Il y a un phénomène de "backlash", où les jeunes générations préfèrent la musique "réelle" des groupes aux productions entièrement générées par IA. Il évoque le cas de Berkeley, où un cours sur la production musicale assistée par IA a suscité des réactions négatives de la part des étudiants. Il considère que ces cours, bien qu'intéressants, sont trop coûteux et que les informations peuvent être trouvées gratuitement en ligne. Il compare cela à l'apprentissage de compétences informatiques en parallèle d'un diplôme de mathématiques : un complément utile plutôt qu'une formation complète.
L'importance de l'art du "prompting" (la formulation des requêtes pour l'IA) est soulignée. Maîtriser le langage de l'IA permet de devenir un co-producteur, et non plus un simple utilisateur passif. La volatilité de ces outils est également évoquée : les interfaces et les fonctionnalités évoluent rapidement, rendant les tutoriels obsolètes en quelques semaines.
Bill Padley suggère que les futures "gawes" (Generative Audio Workstations) devront permettre au créateur humain de rester aux commandes. Il n'est pas intéressé par une IA qui génère quelque chose de complètement différent de ce qu'il a initié. Il compare cela à l'embauche de musiciens de session : on leur donne une démo, et ils interprètent cette démo, sans la transformer radicalement. Le contrôle humain sur le processus créatif est essentiel.
Il liste ses outils IA préférés : ChatGPT pour sa polyvalence, Claude pour certaines tâches spécifiques, et CodeX pour des projets plus complexes. Pour la création musicale, il cite Suno et Ace Studio comme ses favoris, tout en restant sceptique quant à l'originalité de certaines autres plateformes qui semblent s'appuyer sur Suno.
Les préoccupations majeures concernant l'IA dans la musique sont l'éthique (formation sur des œuvres non autorisées) côté musiciens, et l'uniformisation du son, la perte de créativité côté consommateurs. Cependant, Bill Padley estime que la musique était déjà devenue homogène et peu créative avant l'IA, citant les mêmes paroliers et producteurs derrière de nombreux tubes. Il pense que l'IA, utilisée de manière créative, pourrait améliorer la situation.
Il encourage les musiciens à se concentrer sur ce qui les passionne et à ne pas avoir peur de faire des erreurs. L'apprentissage passe par l'expérimentation et l'acceptation de l'échec. Il conseille de savoir abandonner rapidement une idée qui ne fonctionne pas pour se concentrer sur des concepts prometteurs.
La plus grande idée fausse à propos de l'IA dans la musique est, selon lui, que l'IA écrit toutes les chansons. Il insiste sur le fait que les auteurs-compositeurs humains utilisent l'IA comme un outil pour finaliser leur production. Il compare l'IA à l'arrivée des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, qui n'ont pas remplacé les musiciens mais ont enrichi le paysage musical.
Concernant les leçons apprises, il insiste sur l'auto-édition rapide et la concentration sur un refrain percutant. Il révèle qu'il commence souvent par un titre et travaille à rebours pour construire le reste de la chanson. Il encourage également à s'inspirer du travail d'autres artistes respectés, sans tomber dans l'arrogance.
Sur la question des accents dans la musique, Bill Padley affirme n'avoir jamais rencontré de problème lié à un accent. Il cite ABBA, des artistes irlandais comme Ronan Keating, et Sinéad O'Connor comme exemples de succès international malgré un accent distinct. Il pense que l'émotion et la qualité de la musique priment sur la prononciation. Il observe une tendance à l'uniformisation du son dans le country, qui a perdu son "charme de Nashville".
Il conclut en soulignant que l'industrie musicale est en constante évolution et qu'il est important de s'adapter positivement. L'IA n'est pas une menace à combattre, mais un outil à explorer et à utiliser de manière créative. Il encourage les musiciens à rester positifs, à explorer les possibilités offertes par l'IA, et à ne pas laisser les craintes ou les critiques les empêcher de créer. Il plaide pour un esprit de "vivre et laisser vivre" dans le monde de la création musicale.