
« Ce sera la plus grande destruction d'épargne que la France ait connue » - Yves Choueifaty
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Depuis l'aube de l'humanité, l'homme a cherché à créer une forme de monnaie stable, comparable au Bitcoin. L'or, le sel, les coquillages ont été des tentatives, mais le Bitcoin est un objet financier unique, simple et puissant. Sa singularité réside dans sa description en cinq mots : digital, infalsifiable, échangeable de pair à pair, gouvernance décentralisée et nombre limité à 21 millions d'unités. Cette dernière caractéristique est cruciale pour la conservation de la valeur, car l'inflation est intrinsèquement liée à l'abondance de la monnaie, comme l'a démontré Milton Friedman.
Le concept de « débasement » monétaire, où la valeur de la monnaie diminue en raison de son abondance croissante, n'est pas nouveau. L'Empire romain a dévalué le denarius en réduisant sa teneur en argent, et l'afflux d'argent d'Amérique aux 14e et 15e siècles a provoqué une baisse de sa valeur. Aujourd'hui, le risque de débasement guette les monnaies fiduciaires comme le dollar, l'euro et le yen, en raison de l'augmentation massive des bilans des banques centrales et de l'endettement des États.
L'inflation actuelle n'est pas due à une augmentation de la valeur des biens, mais à la perte de valeur de la monnaie. La production de la plupart des biens est devenue plus facile et moins coûteuse, ce qui devrait en faire baisser les prix. Pourtant, les prix augmentent, car la monnaie est de plus en plus abondante. Les dettes d'État, considérées comme de la monnaie, contribuent à cette abondance.
Les taux d'intérêt à long terme, qui sont déterminés par les marchés, sont en hausse dans le monde entier, y compris au Japon, en France et aux États-Unis. Cela reflète une défiance croissante des investisseurs envers la valeur future de ces monnaies. Les gens exigent des taux d'intérêt plus élevés pour prêter de l'argent sur le long terme, car ils anticipent une dépréciation de la monnaie. Cette situation est le résultat d'années de dépenses publiques excessives et de création monétaire, où les gouvernements dépensent de l'argent qu'ils n'ont pas gagné.
En France, la situation est particulièrement préoccupante. L'État est décrit comme une entité paralysée, incapable de prendre des décisions courageuses face à des défis majeurs comme l'IA, un système éducatif défaillant, des déficits énormes et un système de retraite insensé. L'exécutif manque de pouvoir et les débats politiques ressemblent à un cirque, sapant la confiance, pilier fondamental de l'économie. La décomposition lente des services publics et la perte de confiance pourraient entraîner une dégradation progressive de la situation.
Historiquement, la France a su se réformer sous la pression des marchés financiers, comme en 1983 avec le "tournant de la rigueur" de François Mitterrand. Cependant, l'intervention des banques centrales, qui ont soutenu abusivement les États en difficulté, a retardé cette pression. L'euro, bien que conçu sur des bases solides, est dénaturé par un usage inapproprié de la BCE.
Le Bitcoin a été créé précisément pour répondre à ces problèmes de débasement monétaire et de perte de confiance. C'est une solution technologique au problème ancestral de la conservation de la valeur. Contrairement à l'or, qui est abondant dans l'univers, le Bitcoin est limité à 21 millions d'unités, ce qui garantit sa rareté et sa valeur à long terme. Sa simplicité le rend robuste, et sa gouvernance décentralisée le protège des manipulations étatiques.
Malgré ses avantages, le Bitcoin reste très volatile. Cette volatilité, loin d'être un défaut, offre des opportunités d'investissement pour ceux qui ne sont pas encore exposés. Elle permet également au Bitcoin de développer son écosystème, comparable à l'invention de la roue avant l'existence des routes. L'écosystème Bitcoin, avec ses wallets, exchanges et réglementations, est encore jeune et en pleine construction.
Le risque d'investir dans le Bitcoin est souvent mal compris. Il ne s'agit pas d'un risque de zéro, car la demande et la rareté du Bitcoin le protègent d'une telle éventualité. Le vrai risque est sa volatilité. Cependant, une petite allocation en Bitcoin peut réduire le risque global d'un portefeuille, car il est peu corrélé aux autres actifs. Affirmer que le Bitcoin est "trop risqué" pour un client est un signe de manque de professionnalisme.
Le Bitcoin, en tant que matière première monétaire, voit émerger une "tour de fractionnement" de produits dérivés, à l'image du pétrole qui, une fois raffiné, donne naissance à de multiples sous-produits (essence, kérosène, plastique). Les ETF Bitcoin sont un exemple de ces produits, permettant aux investisseurs d'accéder au Bitcoin via des valeurs mobilières.
Des entreprises comme MicroStrategy, dirigée par Michael Saylor, ont adopté le Bitcoin comme actif de réserve, créant une nouvelle forme de "papier monnaie" adossée au Bitcoin. Saylor, comparé à Christophe Colomb qui cherchait l'Inde et découvrit l'Amérique, a initialement cherché à créer un ETF Bitcoin, mais a finalement réinventé un institut de réserve moderne, similaire aux premières banques centrales privées comme la Banque d'Angleterre ou la Banque de France de Napoléon. Ces institutions ont amassé de l'or pour émettre du papier monnaie, et MicroStrategy fait de même avec le Bitcoin.
La stratégie de Saylor, qui consiste à emprunter massivement pour acheter du Bitcoin, peut sembler risquée. Cependant, sa capacité à vendre du Bitcoin si nécessaire, comme il l'a démontré, montre qu'il n'est pas prisonnier d'un dogme. Le risque de MicroStrategy est calculé comme très faible si le Bitcoin s'apprécie légèrement plus que le taux sans risque à long terme.
Le risque, en général, n'est pas ce qui est listé dans les prospectus, mais plutôt les "cygnes noirs" imprévus. Cependant, pour le Bitcoin, le risque n'est pas qu'il aille à zéro, mais sa volatilité. Le dilemme de l'investisseur est de choisir entre acheter le Bitcoin maintenant, alors qu'il est "pas cher mais risqué", ou plus tard, quand il sera "moins risqué mais beaucoup plus cher".
Des études statistiques montrent que le prix du Bitcoin est corrélé à l'or, au NASDAQ et à l'agrégat monétaire M3. Ces modèles suggèrent que le Bitcoin devrait valoir environ 700 000 dollars aujourd'hui, ce qui indique une forte sous-évaluation. Cette situation est peut-être due à la distraction des investisseurs par d'autres actifs ou aux cycles des banques centrales. Quand les banques centrales augmentent leurs taux, cela n'est pas favorable au Bitcoin, car cela suggère une politique monétaire orthodoxe.
Le destin ultime du Bitcoin n'est probablement pas d'être une monnaie d'échange quotidienne, mais un actif de réserve, comme l'avait prédit Hal Finney, l'un des premiers contributeurs au projet Bitcoin. Dans les pays où la sécurité des actifs est une préoccupation, détenir du Bitcoin directement sur une clé privée peut être judicieux. Cependant, dans les pays stables, l'arbitrage risque-rendement favorise la détention de produits dérivés comme les ETF. La capacité de détenir du Bitcoin, même sans l'utiliser quotidiennement, agit comme une force de dissuasion, similaire à l'arme nucléaire. Il ne faut pas s'enfermer dans un dogme, mais conserver la liberté d'agir en fonction de ses intérêts.