
L'IA repose sur l'Asie : voici où il faut investir
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Bienvenue à "Allô la Martinale" ! Aujourd'hui, nous mettons le cap sur l'Asie, une région essentielle pour la croissance mondiale, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA). Le logiciel, qui devait "manger le monde", se voit aujourd'hui concurrencé par l'IA, dont le développement massif nécessite des investissements colossaux en hardware. Et c'est en Asie que se trouve l'essentiel de cette chaîne de valeur.
**L'Asie au Cœur de la Révolution IA : Hardware et Croissance Mondiale**
L'Asie représente la majorité des pays émergents, qui eux-mêmes génèrent deux tiers de la croissance mondiale. La Chine est particulièrement centrale dans la révolution de l'IA, tant pour les modèles de langage (LLM) que pour le hardware et l'industrie associée. L'Inde, quant à elle, est le pays où la croissance est la plus forte au monde.
Les investissements dans les infrastructures liées à l'IA, notamment les centres de données, sont astronomiques. Sur les 12 derniers mois, près de 600 milliards de dollars ont été investis par les géants technologiques américains, et mille milliards sont attendus pour les 12 prochains mois. Cette dynamique, bien que porteuse de croissance, soulève des questions sur le retour sur investissement. Les entreprises, même celles dont les résultats croissent de 70% par an comme Nvidia, empruntent pour financer ces dépenses massives, ce qui peut rendre le marché impatient.
Si l'on parle de LLM, la question de la propriété intellectuelle et de l'open source se pose, avec une concurrence entre acteurs américains et chinois, mais aussi des modèles ouverts adoptés par des entreprises comme Mistral. Cependant, ce qui est certain, c'est que le secteur du hardware bénéficie directement de ces investissements. Les fabricants de puces, de cartes graphiques, et tous les fournisseurs de "pelles et pioches" pour construire ces centres de données encaissent directement ces dépenses.
**Une Asie Hétérogène : Japon, Chine, Corée, Taïwan, Inde**
L'Asie est un continent vaste et diversifié. Pour mieux appréhender son potentiel d'investissement, il est utile de la segmenter.
* **Le Japon : Le Retour d'un Géant**
Après trois décennies de déflation, le Japon semble enfin sortir du tunnel. L'inflation est de retour, la croissance reprend, et les salaires augmentent. La Banque du Japon devrait continuer à normaliser sa politique monétaire, ramenant ses taux directeurs vers 2%. Cette reprise a un impact majeur sur les marchés de taux et la devise japonaise. Les investisseurs japonais, qui empruntaient à taux négatifs, investissaient massivement à l'étranger, créant des flux de capitaux importants. Cette dynamique pourrait changer, mais l'économie japonaise est en croissance, avec un PIB qui progresse d'environ 1,5%. Les indices boursiers japonais connaissent une excellente performance, atteignant des sommets inédits depuis 20 ans.
Pour investir au Japon, il est crucial de considérer le risque de change lié au yen. Les ETF sur les indices japonais peuvent être une option, mais il faut être conscient que l'investissement dans ces ETF implique également un pari sur la devise. Le stock-picking permet de se concentrer sur des entreprises spécifiques, notamment dans le secteur automobile ou dans des niches technologiques liées à l'IA, comme Nito Boseki, fabricant de fibre de verre ultra-fine pour les cartes graphiques.
* **La Chine : Complexité et Innovation**
La Chine, bien qu'au cœur de la révolution IA, présente des défis d'investissement. Son histoire boursière est moins ancienne que celle de l'Occident, et elle compte plusieurs places de marché distinctes. De plus, une grande partie de ses entreprises sont étatiques, ce qui peut affecter la transparence. L'accès à l'information est également une difficulté.
Malgré ces obstacles, la Chine est un acteur majeur de l'IA, tant sur les LLM que sur le hardware. Le pays ne se laisse pas faire face à la pression américaine, comme en témoigne sa position sur les terres rares. L'industrie automobile chinoise, notamment les véhicules électriques, est en pleine explosion, avec des entreprises comme BYD qui se positionnent en leaders mondiaux. Cependant, cette croissance s'accompagne d'une surcapacité et d'une concurrence féroce, rendant l'investissement boursier risqué car de nombreuses entreprises opèrent à perte.
La valeur technologique chinoise évolue : elle se déplace de l'internet grand public vers l'IA et les semi-conducteurs, avec une montée en gamme des entreprises. Les exportations chinoises ne se limitent plus aux produits manufacturés basiques, mais incluent désormais des secteurs de pointe. L'émergence de nouvelles usines dans des pays comme le Vietnam, souvent sous l'influence de la dynamique régionale chinoise, est une tendance à observer.
* **Taïwan : Le Nœud Gordien de l'IA**
Taïwan est incontestablement au cœur de la chaîne de valeur de l'IA, principalement grâce à TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company). TSMC est le leader mondial de la fabrication de semi-conducteurs, produisant les puces essentielles pour les cartes graphiques Nvidia et d'autres technologies de pointe. L'entreprise est un véritable pilier technologique, avec une capitalisation boursière immense.
L'activité de TSMC est concentrée à Taïwan, malgré des efforts de diversification géographique sous la pression des États-Unis. Cette concentration géographique, alliée aux tensions géopolitiques avec la Chine, représente un risque. Cependant, TSMC a développé un écosystème de PME et d'ETI autour d'elle, spécialisées dans des domaines comme le refroidissement des serveurs ou le packaging des composants électroniques, qui sont également des opportunités d'investissement. L'innovation et l'entrepreneuriat taïwanais, souvent alimentés par une diaspora brillante aux États-Unis, sont des facteurs clés de son succès.
* **La Corée du Sud : Diversification et Soft Power**
La Corée du Sud, longtemps associée à l'électronique et à l'automobile (Samsung, LG), connaît un regain d'intérêt grâce à ses entreprises de hardware, particulièrement dans le secteur des mémoires. Ces activités, bien que cycliques, sont boostées par les investissements massifs dans l'IA. Samsung pourrait même devenir le premier groupe à atteindre 400 milliards de dollars de profits.
Au-delà de la technologie, la Corée du Sud se distingue par son "soft power" : la K-pop, la cosmétique, les dramas, et même l'habillement coréen connaissent un succès mondial fulgurant. Des entreprises comme APR (cosmétiques) ou Hugel (botox) affichent des taux de croissance impressionnants et des marges élevées. La Corée du Sud est également engagée dans une amélioration de la gouvernance d'entreprise, ce qui la rend plus attractive pour les investisseurs.
* **L'Inde : Croissance Démographique et Réglementation**
L'Inde, avec sa population croissante et sa forte croissance économique (environ 7-8% de croissance réelle annuelle), est un marché d'avenir. L'Inde est reconnue pour son vivier d'ingénieurs anglophones, ce qui lui a permis de devenir un fournisseur clé dans les services informatiques et l'IA.
Cependant, l'Inde présente des défis d'investissement majeurs. Le pays est très réglementé, rendant l'accès au marché complexe même pour les sociétés de gestion. De plus, l'Inde est perçue comme le perdant potentiel de la révolution IA, car l'automatisation pourrait menacer son avantage comparatif basé sur la main-d'œuvre bon marché. L'investissement dans le secteur bancaire peut être une manière de s'exposer à la croissance domestique, mais les valorisations sont souvent élevées. L'Inde fait également face à des problèmes environnementaux importants, notamment la pollution, qui peuvent affecter son attractivité à long terme.
* **Les "Satellites" de la Chine : Vietnam, Indonésie, Malaisie, Thaïlande**
Ces pays bénéficient de la délocalisation de la production hors de Chine, une tendance accélérée par les guerres commerciales et la pandémie. Le Vietnam, en particulier, attire les investissements directs étrangers dans des secteurs à haute valeur ajoutée, notamment dans la technologie. L'Indonésie, riche en matières premières essentielles pour les batteries de voitures électriques et disposant d'une large population, présente également un fort potentiel. La Malaisie, bien que parfois classée comme émergente, est un pays moderne avec des infrastructures comparables à certains pays européens.
Il est important de noter que ces pays ne sont pas de simples extensions de la Chine. L'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) forme une organisation régionale avec ses propres dynamiques. Le Vietnam, par exemple, a vu ses flux douaniers vers les États-Unis dépasser ceux de la Chine pour certains produits comme les consoles et les ordinateurs, en partie à cause des droits de douane. Le salaire moyen au Vietnam reste nettement inférieur à celui de la Chine, ce qui en fait une destination attractive pour la production.
**Conclusion et Conseils d'Investissement**
L'Asie offre une multitude d'opportunités d'investissement, mais elle est loin d'être monolithique. Le Japon renoue avec la croissance, la Chine innove mais présente des risques, Taïwan est le cœur technologique de l'IA, la Corée du Sud se diversifie au-delà de la tech, l'Inde a un potentiel démographique immense mais fait face à des défis structurels, et les pays du Sud-Est asiatique captent la délocalisation de la production.
Pour l'investisseur particulier, il est essentiel de se documenter, de faire ses devoirs et de comprendre les spécificités de chaque marché. Les ETF peuvent être une porte d'entrée, mais il faut être conscient des risques de change et de la concentration de certains indices sur quelques grands noms. Le stock-picking, pour ceux qui ont le temps et l'expertise, permet de cibler des entreprises prometteuses dans des niches spécifiques.
Il est crucial de ne pas se laisser emporter par les mouvements exubérants des marchés, mais d'adopter une perspective de long terme, en étant conscient des risques géopolitiques, réglementaires et économiques qui pèsent sur la région. L'IA et le hardware asiatique sont des thèmes d'investissement majeurs, mais la diversification et une analyse approfondie restent les clés du succès.