
UTMB : monument du sport ou menace écologique ?
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Chaque année, à la fin de l'été, Chamonix devient le centre de l'univers du trail avec l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB). Ce projet familial, initié par Catherine et Michel Poletti, est devenu en une vingtaine d'années l'une des courses d'ultra-trail les plus célèbres au monde, attirant 10 000 coureurs et 100 000 personnes dans la vallée.
L'UTMB est une course de 174 km avec 10 000 m de dénivelé positif, traversant la France, la Suisse et l'Italie. Des légendes comme François D'Haene, Lizzy Hawker et Kilian Jornet y ont brillé. Dès 2003, les Poletti ont innové avec un concept de course transfrontalière et une approche numérique avancée pour les inscriptions et le suivi des coureurs. Aujourd'hui, l'événement compte huit courses différentes et un total de 10 000 participants, avec un tirage au sort pour les dossards en raison de l'engouement (42 000 demandes en 2026).
En 2021, l'UTMB s'est associé à Iron Man, le groupe américain organisateur de triathlon, pour développer des courses partout dans le monde. UTMB World est désormais un circuit mondial avec plus de 60 événements sur tous les continents, employant plus de 100 personnes en France et prévoyant un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros en 2025.
Cependant, cette croissance exponentielle suscite des controverses, notamment concernant l'impact environnemental et social sur la fragile vallée de Chamonix. Les habitants, initialement enthousiastes, constatent un "découplage" entre la logique économique et les considérations sociales et environnementales, accentué à partir de 2020. Les 45 millions d'euros de retombées économiques sont considérables, mais les 100 000 personnes attendues posent des problèmes de circulation, de nuisances sonores et d'occupation des espaces publics.
L'UTMB est devenu un passage obligé pour les coureurs, un espace de "valorisation identitaire". L'évolution de l'état d'esprit de certains trailers, parfois perçue comme un manque de respect envers les locaux, est également pointée du doigt. Le village de l'Ultra-Trail, avec plus de 100 exposants, contribue aussi à la pression sur la vallée.
Bien que l'UTMB ait mis en place des mesures environnementales dès sa création, comme la commission environnement et le programme "UTMB For the Planet", l'empreinte environnementale a fortement augmenté. Le rapport RSE 2025 annonce 18 600 tonnes de CO2 pour l'édition 2024, dont 86 % proviennent des transports des participants et athlètes internationaux.
Ces critiques ont été relayées par Kilian Jornet, qui a appelé au boycott de l'UTMB début 2024 suite à un partenariat avec le constructeur automobile Dacia. L'organisation affirme maintenir le dialogue. Le prix du dossard (479 € en 2026) est également critiqué.
Le nouveau maire de Chamonix, François-Xavier Lafin, souhaite repenser l'événement pour un développement plus durable, en limitant le nombre de courses et de concurrents. Il espère que l'UTMB deviendra un "laboratoire de la transition événementielle", privilégiant la qualité et l'ancrage territorial à la seule logique économique.