
Forum d’affaires Guinée–France 2026 | Panel Présentation Plan Simandou 2040
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Ce panel de discussion s'est concentré sur le rôle du secteur privé dans le Plan National de Développement Simandou 2040, un projet ambitieux et transformateur pour l'Afrique, avec plus de 200 milliards de dollars d'investissement, cinq piliers et 122 projets prioritaires à réaliser en 15 ans.
Maimouna Diakabi, conseillère à la présidence chargée de la croissance et du développement économique, a souligné le rôle stratégique de l'État dans la structuration de l'économie pour attirer des capitaux massifs. Pour la première vague d'investissement, 65 milliards de dollars sont prévus, dont 20 milliards pour le projet Simandou lui-même, laissant 6 milliards à attirer du secteur privé sur les cinq prochaines années. Elle a indiqué que la Guinée a déjà attiré 1,4 milliard de dollars d'investissements privés en 2024, rendant l'objectif de 6 milliards réalisable. Les défis se situent surtout dans la restructuration de l'économie pour la deuxième vague d'investissements, où des apports encore plus importants du secteur privé sont attendus.
L'État s'engage sur trois axes majeurs :
1. **Mettre en place un cadre réglementaire, légal et fiscal attrayant et prévisible.** Cela inclut la révision des codes sectoriels, le renforcement du rôle de la banque centrale et du système judiciaire, ainsi que des mécanismes de règlement des différends pour restaurer la confiance des investisseurs.
2. **Galvaniser le financement.** Il s'agit de mobiliser des partenaires financiers bilatéraux, de créer un fonds souverain pour stabiliser l'économie et co-investir dans les différents piliers du plan. Des mécanismes de rehaussement de crédit et de notation souveraine sont également envisagés, ainsi que des lignes de crédit ou de garantie pour les PME locales.
3. **Assurer une exécution sans faille des projets.** L'objectif est de garantir que les projets soient lancés et les décaissements effectués en temps voulu pour absorber rapidement les financements et l'intérêt suscité.
Salimatou Diallo, managing partner du cabinet Adna, a partagé son émotion face à la concrétisation du projet Simandou, ayant conseillé Rio Tinto lors de sa constitution. Elle a salué l'alignement et la participation du secteur public et privé pour arriver à ce stade. En tant qu'avocate conseillant les investisseurs étrangers et les sociétés locales en Guinée depuis 13 ans, elle a constaté une évolution positive et une sophistication des acteurs locaux, qu'elle appelle les "champions nationaux". Ces entreprises guinéennes se sont structurées pour accéder aux financements, passant les filtres des due diligences et des audits. Elles sont désormais des cibles potentielles pour le private equity, ce qui était impensable il y a dix ans, leur permettant de croître, de s'exporter et de réaliser des acquisitions à l'étranger. Elle a insisté sur l'importance de la structuration et de la formalisation pour bénéficier des opportunités de financement.
Amadou Oury Diallo, PDG du groupe GPC, un des principaux champions nationaux, a souligné l'importance de capter la valeur créée par le programme Simandou 2040 pour les entreprises guinéennes. Il a identifié quatre défis majeurs pour les PME guinéennes :
1. **L'accès au financement :** C'est le verrou principal empêchant les PME de participer pleinement au programme.
2. **L'organisation et la gouvernance :** Les entreprises guinéennes manquent souvent de structuration et de formalisation, avec des états financiers non "banquables", ce qui nécessite un travail important.
3. **Les ressources humaines :** Le marché du travail est confronté à un problème de jeunesse formée mais pas suffisamment qualifiée, nécessitant des formations et certifications spécifiques (par exemple, soudeurs qualifiés).
4. **L'accès limité au marché :** Les grands marchés sont calibrés pour les entreprises capitalisées, excluant d'office les PME qui restent souvent des sous-traitants. Il est crucial que les entreprises guinéennes puissent participer à la co-traitance.
Tierno Amadou Barry, directeur général adjoint d'Ecobank Guinée, a présenté le programme Simandou 2040 comme une opportunité historique pour transformer l'économie guinéenne. Ecobank souhaite jouer un rôle de catalyseur de l'activité économique du secteur privé à trois niveaux :
1. **Accompagner la chaîne de valeur locale :** Ecobank a été la première banque à soutenir des entrepreneurs 100 % guinéens dans le projet Simandou.
2. **Soutenir le financement structurant :** De manière cohérente et sélective.
3. **Créer un pont entre les grands projets et le tissu entrepreneurial local.**
L'objectif est d'être la banque de référence du programme Simandou 2040, en accordant des financements et en assurant l'intermédiation entre les capitaux, les projets et les entreprises locales ou étrangères. Pour que les banques jouent un rôle plus actif, il faut un environnement public cohérent et incitatif, des projets bien ficelés, la promotion du partage de risque et du cofinancement, et le renforcement des capacités des entreprises locales pour créer des champions nationaux.
Mamadi Traoré, directeur des activités guinéennes d'Eiffage, a expliqué que, en tant que groupe international implanté en Guinée, Eiffage identifie ses partenaires locaux à travers un processus rigoureux. Les partenaires doivent être structurés, avoir une bonne gouvernance et passer les due diligences. La taille de l'entreprise importe peu, mais l'expertise et la valeur ajoutée mutuelle sont essentielles. Les partenariats locaux sont indispensables pour le développement à long terme, impliquant un co-investissement et une synergie. Eiffage contribue également à la formation des compétences locales par des formations internes et des programmes de renforcement des capacités intégrés aux projets. Par exemple, pour la construction d'hôpitaux régionaux, un partenaire est mobilisé pour former les ressources humaines, garantissant l'exploitation future des infrastructures.
Amadou Oury Diallo a réitéré l'appel à des partenariats avec les entreprises guinéennes. Il a souligné que sur les 20 milliards de dollars d'investissement global du projet Simandou (port, rails, mines), la valeur captée par les PME guinéennes est très faible (1 à 2%), la majeure partie étant gérée à l'étranger. Il est donc crucial de trouver des solutions pour que les entreprises guinéennes puissent accéder aux financements et participer aux marchés de grande envergure. Il a lancé un appel solennel aux entreprises françaises pour travailler en concertation avec les entreprises guinéennes, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l'énergie, de l'élevage, de l'agroalimentaire et de l'industrialisation. Il a insisté sur la nécessité de partenariats solides (comme les co-entreprises ou les joint-ventures avec des participations significatives pour les entreprises guinéennes) et non de simple sous-traitance, et a rappelé l'importance d'un contenu local exécutoire.
Salimatou Diallo a précisé que le contenu local doit être perçu comme une opportunité plutôt qu'une contrainte. Elle a insisté sur la nécessité de programmes de formation pour combler le manque de compétences pointues. Elle a également souligné l'importance de formaliser les partenariats via des pactes d'actionnaires pour définir les rôles, les prises de décision et les mécanismes de résolution des désaccords, afin d'éviter les problèmes ultérieurs. Elle a cité les secteurs agro-industriel et énergétique comme des domaines d'énormes opportunités pour les investisseurs étrangers, notamment pour la construction de raffineries et la fourniture d'énergie aux sites miniers et aux industries.
Mamadi Traoré a mentionné qu'Eiffage intervient dans le développement d'infrastructures d'interconnexion (routes, communication, énergie) en Guinée. Pour investir, un cadre légal incitatif est primordial. La présence de nombreuses entreprises étrangères et les financements déjà injectés (plus de 500 millions de BPI France) attestent de la confiance dans le marché guinéen. Eiffage souhaite apporter son expertise dans la structuration de projets d'envergure, comme l'autoroute de Dakar, en impliquant des partenaires, des bailleurs et des entreprises locales.
En conclusion, Maimouna Diakabi a adressé un message fort aux investisseurs. Elle a décrit la Guinée comme une opportunité d'investissement rare, avec un programme de plus de 200 milliards de dollars, une croissance prévue de 10% pour les trois prochaines années, des fondamentaux macroéconomiques en amélioration et une population jeune. Elle a appelé les banques et le secteur financier à être créatifs et innovants pour soutenir ces ambitions. Aux PME guinéennes, elle a promis le soutien de l'État via des lois sur le contenu local et l'accès au marché, mais a exigé en retour un engagement sur la qualité, les délais et les coûts, car la compétition est internationale. Enfin, aux investisseurs internationaux, elle a conseillé d'investir maintenant, avant l'arrivée massive, et de rechercher des partenariats à long terme qui créeront de la valeur et travailleront avec les entreprises locales. L'État mettra en place un cadre fiscal et juridique stable pour garantir des retours impressionnants.