
Bitcoin : le prochain cycle n’aura rien à voir avec les précédents - Alexandre Laizet
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Alexandre Laisset, de Capital B, discute de l'institutionnalisation du Bitcoin et de son avenir. Il souligne que le Bitcoin, désormais vieux de 17 ans, a connu un changement fondamental en 2024 avec l'approbation des ETF Bitcoin par le gouvernement américain. Cette adoption institutionnelle a fait passer la proportion de Bitcoin détenue par des institutions de 10 % à 20 %, représentant environ 1,3 million de Bitcoin pour les sociétés cotées et 1,5 million pour les fonds et ETF. Les gouvernements détiennent également 600 000 Bitcoin. Cette vague d'adoption a contribué à une croissance significative, le Bitcoin passant d'un point bas de 15 000 dollars à un nouveau plancher d'environ 60 000 dollars.
L'une des particularités de cette adoption institutionnelle est que ces entités ne vendent pas le Bitcoin, mais cherchent à l'accumuler et à le conserver sur le long terme, à l'image de l'immobilier de luxe. L'objectif est de constituer un patrimoine. Par exemple, le gouvernement Trump a établi une réserve stratégique de Bitcoin avec l'objectif de ne pas le vendre, contrairement à d'autres cryptos. Cette intention d'accumulation réduit la volatilité du Bitcoin, qui est passée de 100 % à 70 % ou même 40 % par moments.
Alexandre explique la notion d'introduction en bourse (IPO) du Bitcoin en 2024. Pendant une dizaine d'années, le Bitcoin était principalement détenu par des "Cypherpunks" en privé, sans être coté sur les marchés financiers traditionnels. Avec les ETF, il est désormais accessible à un public plus large. BlackRock, par exemple, a fait du Bitcoin son produit le plus réussi. Cependant, cette introduction a également entraîné une offre d'anciens détenteurs qui ont vendu une partie de leurs avoirs, modérant la hausse initialement attendue. Si cette offre diminue lors des prochains cycles, la croissance future pourrait être moins limitée. Alexandre estime que le Bitcoin pourrait atteindre la capitalisation boursière de l'or, le portant à 1 500 000 dollars par unité.
Le risque de perte en capital est inhérent à tout investissement, et le Bitcoin n'y échappe pas, avec la possibilité qu'il tombe à zéro. Cependant, son adoption par des institutions puissantes, comme BlackRock ou divers gouvernements, réduit la probabilité d'un effondrement total orchestré par le système, car cela irait à l'encontre de leurs propres intérêts. L'histoire du Bitcoin a montré qu'aucun acteur privé n'a de contrôle sur lui, comme en témoigne l'échec d'un consortium d'entreprises à modifier la taille des blocs en 2017. Bien que des tentatives de créer un "Bitcoin institutionnel" avec des vérifications d'identité puissent émerger, le marché mondial, incluant la Chine et la Russie, décidera en fin de compte. Les investisseurs doivent toujours être prêts à des corrections de 50 à 70 %, considérant cela comme le prix à payer pour un potentiel de hausse illimité.
Alexandre présente Capital B, la première "Bitcoin Treasury Company" en Europe, une société cotée qui détient le plus de Bitcoin sur les marchés de capitaux en Europe. Capital B a accumulé 3 521 Bitcoin et a levé 330 millions d'euros en moins de deux ans, avec le soutien d'actionnaires historiques du monde Bitcoin comme Adam Back (mentionné dans le livre blanc de Bitcoin) et Tobam (premier fonds Bitcoin au monde). L'objectif de Capital B n'est pas de détenir du Bitcoin directement comme un ETF, mais d'augmenter le nombre de Bitcoin par action. En étant cotée sur Euronext Paris (ticker ALCPB) et éligible au PEA, Capital B offre une exposition indirecte au Bitcoin avec des avantages fiscaux pour les investisseurs français. Depuis le lancement de la stratégie, l'action Capital B a surperformé le Bitcoin (plus 300 % contre plus 7 % pour le Bitcoin).
Ce modèle est inspiré de MicroStrategy aux États-Unis, qui a transformé sa valorisation d'un milliard à 60-70 milliards de dollars en accumulant du Bitcoin. MicroStrategy a utilisé divers instruments financiers (cash, levées d'équité, obligations convertibles, et maintenant des actions de préférence perpétuelles ou "crédit digital") pour acquérir des Bitcoin, offrant aux investisseurs un rendement de 10-12 % par an, adossé au Bitcoin. L'arbitrage de MicroStrategy consiste à accumuler du Bitcoin en payant un taux d'intérêt, et si le Bitcoin surperforme ce taux (historiquement 60 % de performance annualisée sur 10 ans), l'actionnaire bénéficie de la différence.
Alexandre explique son engagement personnel : il travaille pour l'adoption du Bitcoin en France et en Europe, car il considère le Bitcoin comme la future réserve de valeur standard de l'ère numérique. Il a commencé à investir en 2020, pendant le Covid, en réponse à l'impression monétaire massive des gouvernements et des banques centrales, qui divise la valeur de l'épargne. Il illustre l'inflation en comparant la performance d'actifs traditionnels comme l'immobilier ou le S&P 500 à celle de l'or ou du Bitcoin, soulignant que l'inflation réelle est souvent sous-estimée.
Pour les particuliers, Capital B offre plusieurs avantages par rapport à la détention directe de Bitcoin :
1. **Fiscalité :** L'action est éligible au PEA, offrant des avantages fiscaux.
2. **Valorisation bancaire :** Un portefeuille d'actions est mieux valorisé par les banques pour l'octroi de prêts que le Bitcoin détenu directement.
3. **Sécurité :** La détention via un titre financier implique des banques et un registre de propriété institutionnel, offrant un modèle de sécurité adapté à la majorité de la population.
4. **Surperformance potentielle :** La capacité de la société à lever des capitaux (sans nécessairement recourir à l'effet de levier) à des conditions favorables permet d'augmenter le nombre de Bitcoin par action. Capital B a réussi à augmenter le Bitcoin par action de 1600 % depuis fin 2020 grâce à des levées de fonds où le marché valorise le futur de la société au-delà de ses détentions actuelles en Bitcoin.
Concernant la sécurité des fonds, tous les Bitcoin de Capital B sont détenus chez Swissquote, une banque régulée en Suisse et au Luxembourg, utilisant la solution technologique de Taurus. Ce setup de sécurité implique la banque, des auditeurs, des avocats et de nombreuses personnes en interne pour tout mouvement de Bitcoin, garantissant un niveau de sécurité institutionnel.
Abordant le risque quantique, Alexandre, après avoir consulté des experts comme Adam Back, estime que c'est un risque imaginaire pour l'instant, plutôt une question de "si" que de "quand". Les ordinateurs quantiques sont encore à un stade très précoce. Les estimations pessimistes tablent sur 10 à 20 ans. Des recherches sont déjà en cours pour adapter les algorithmes de Bitcoin à l'ère post-quantique, et une mise à jour du logiciel Bitcoin pourrait protéger le réseau, bien que certaines anciennes adresses Bitcoin puissent être vulnérables.
Un risque plus immédiat est l'intelligence artificielle (IA). Des modèles d'IA sophistiqués peuvent exploiter des failles de sécurité, comme l'attaque récente contre ColdCard (un fournisseur de clés privées), où un bug d'entropie a permis le vol de plus de 3 000 Bitcoin. Cet incident souligne la nécessité d'une conservation de niveau institutionnel, même pour les particuliers, impliquant des processus rigoureux et une vigilance constante.
Capital B ne verse pas de dividendes actuellement. Cependant, Alexandre mentionne le produit de crédit digital de MicroStrategy (STRC), qui offre 12 % de dividendes par an. Ce produit est considéré comme l'un des plus transparents en termes de qualité de crédit, car MicroStrategy détient 70 milliards de dollars de Bitcoin pour 10 milliards de dollars de dette, garantissant le paiement des dividendes pendant des décennies, même en cas de forte baisse du Bitcoin.
Capital B n'effectue pas de stratégies de staking, de prêt (lending) ou d'options pour générer des rendements sur ses Bitcoin, car ces activités comportent des risques de contrepartie jugés trop élevés. L'approche est conservatrice, visant une amplification pure de l'exposition au Bitcoin.
Alexandre vit selon un "standard Bitcoin", où il évalue tous les investissements par rapport au Bitcoin. Il estime que le Bitcoin, en tant que monopole digital sur la création de valeur, offre la meilleure manière de conserver la valeur de son travail dans le temps. Il anticipe un Bitcoin à 5 millions d'euros dans 10 ans, basé sur une croissance annualisée de 30 %. Il encourage l'investissement en soi comme la meilleure "martingale", complété par l'investissement dans le Bitcoin pour préserver la valeur de cet investissement personnel.