
"Il faut reconnaitre un État palestinien" - Denis Olivennes
AI Summary
Voici un résumé détaillé de l'entretien entre Denis Oliven, président du conseil de surveillance de CMI France, et Périco Legasse sur Sud Radio. Ce compte-rendu synthétise les points clés de leur échange concernant la situation géopolitique au Proche-Orient, l'antisémitisme en France et les perspectives de paix.
### Distinction entre critique politique et antisémitisme
Denis Oliven commence par établir une distinction fondamentale entre la critique légitime de la politique d'un gouvernement et l'antisémitisme. Il affirme qu'il est tout à fait normal de contester les décisions de Benjamin Netanyahou, soulignant que les Israéliens eux-mêmes sont les premiers à le faire. Avant les tensions avec l'Iran, une large majorité de l'opinion publique israélienne s'opposait à sa politique, notamment en raison du système électoral de proportionnelle intégrale qui donne un poids disproportionné aux partis ultra-religieux.
Cependant, Oliven identifie deux dérives qui basculent vers l'antisémitisme. La première est l'anti-sionisme radical, qui ne se contente pas de critiquer un gouvernement mais récuse le droit même à l'existence de l'État d'Israël. Il compare cela à la critique de la Russie ou de l'Algérie : on peut condamner leurs actions sans pour autant demander la suppression de ces États. La seconde dérive est la responsabilité collective, consistant à tenir chaque Juif, quel que soit son pays de résidence, pour complice des actions du gouvernement israélien. Il dénonce cette stigmatisation qui frappe des artistes ou des universitaires, même lorsqu'ils sont eux-mêmes opposés à la politique de Netanyahou.
### La fragilité de Benjamin Netanyahou et la menace iranienne
L'entretien aborde le bilan de Netanyahou, marqué par l'échec sécuritaire du 7 octobre 2023. Oliven rappelle que le Premier ministre israélien est accusé d'avoir cru pouvoir « acheter » le calme avec le Hamas en laissant le Qatar financer le mouvement, tout en se concentrant sur la colonisation en Cisjordanie.
Malgré ces critiques internes, un consensus subsiste en Israël sur la nécessité d'éliminer la menace iranienne. Oliven explique que la situation est perçue comme une question de survie nationale face à un État qui jure la perte d'Israël et cherche à se doter de l'arme nucléaire. Il cite des rapports suggérant que l'Iran aurait la capacité de fabriquer plusieurs dizaines de bombes. Pour lui, il ne s'agit pas d'une guerre « préventive » mais « préemptive », déclenchée face à un danger imminent et déjà réalisé par l'intermédiaire de groupes comme le Hamas, le Hezbollah ou les Houthis.
### Intérêts français et droit international
Un auditeur, Richard, soulève la question des intérêts économiques de la France, déplorant l'impact du conflit sur les prix de l'énergie et le coût de l'endettement. Il suggère que la France devrait demander des comptes ou sanctionner Israël pour ses actions unilatérales. Denis Oliven répond que la France a sagement choisi de ne pas prendre part au conflit militairement, tout en essayant de médiatiser la situation, notamment au Liban. Il rejette l'idée de demander des dommages et intérêts à un État qui défend son existence, arguant que si les pays occidentaux avaient été plus actifs pour éradiquer le danger iranien plus tôt, la situation actuelle aurait pu être évitée.
Sur la question du droit international, Périco Legasse interroge Oliven sur l'effacement de l'ONU, Netanyahou et Trump agissant souvent sans autorisation préalable du Conseil de sécurité. Oliven justifie cette attitude par l'inefficacité du Conseil, paralysé par les droits de veto de la Russie et de la Chine. Il soutient que le droit à l'autodéfense prime lorsque les instances internationales sont incapables de garantir la sécurité face à des transgressions majeures, comme le risque de prolifération nucléaire.
### Le débat sur la colonisation et la solution à deux États
La discussion s'oriente ensuite vers la légitimité historique et territoriale. En réponse à un auditeur contestant l'existence des États issus du siècle dernier, Oliven rappelle que les Israéliens se considèrent comme le peuple autochtone, présent depuis 3000 ans, tandis que la présence arabe résulte de conquêtes ultérieures. Toutefois, il refuse de s'enfermer dans ce débat sans fin et se réfère au droit positif des Nations Unies comme seule base de stabilité.
Denis Oliven se positionne fermement en faveur de la solution à deux États. Il rappelle avoir soutenu la décision de la France de reconnaître l'État de Palestine. Pour lui, la paix durable ne pourra passer que par une double reconnaissance : celle d'Israël par l'ensemble des pays arabes et celle d'un État palestinien souverain par Israël. Il condamne sans équivoque la colonisation en Cisjordanie et la violence des colons, qu'il juge effarante. Il appelle à la fin des extrémismes des deux côtés, affirmant que les populations modérées aspirent avant tout au développement économique et à la sécurité pour leurs enfants.
### Conclusion sur le paysage politique français
En fin d'entretien, Oliven est présenté comme un « social-démocrate sincère ». Bien que le temps manque pour approfondir le sujet, il confirme son attachement au camp républicain et son soutien initial au projet de 2017 d'Emmanuel Macron. Il déplore l'évolution du débat politique en France, marqué par une radicalisation de certains discours à gauche, notamment chez Jean-Luc Mélenchon, qu'il accuse de propager une rhétorique violente assimilant tout soutien à Israël à une complicité de génocide. L'entretien se conclut sur la nécessité de retrouver un ton modéré et rationnel pour aborder ces enjeux complexes.