
La méthode De Villepin pour s'imposer
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Dominique de Villepin adopte une stratégie de communication singulière, caractérisée par un refus systématique des jeux et des formats courts proposés par les journalistes, même en étant crédité de seulement 2% dans les sondages. Plutôt que de chercher la visibilité par ces moyens, il semble privilégier une posture d'homme d'État, refusant d'être évalué ou de répondre à des questions qui ne correspondent pas à ses propres règles.
Lorsqu'un journaliste lui présente un quiz, comme choisir entre Bernard Arnault et Manon Aubry, Villepin refuse catégoriquement, affirmant ne pas être venu pour jouer et que ces exercices ne l'intéressent pas. Il rejette également les jeux de rôle, comme celui consistant à imaginer le lendemain de son élection. Cette attitude, loin d'être un coup de mauvaise humeur, est constante lors de ses interviews.
Son refus de répondre à certaines questions, comme à qui il téléphonerait en premier s'il était élu, ou quel serait son premier déplacement, est justifié par sa conception du rôle présidentiel : l'ambiguïté serait un atout. Il ne répond pas comme un candidat gêné, mais comme s'il était déjà en fonction, refusant de divulguer des informations qu'il considère comme relevant de sa prérogative présidentielle.
Face aux questions sur le coût de la vie courante, comme le prix du passe Navigo ou de l'essence, Villepin, bien qu'il puisse connaître les réponses, les présente comme des épreuves qu'il pourrait réussir mais dont il n'a pas besoin. Son refus n'est pas une fuite, mais une affirmation de sa supériorité intellectuelle, il pourrait réussir mais n'en ressent pas le besoin.
Lorsque la question ne peut être éludée, comme celle portant sur le référendum de Jordan Bardella sur l'immigration, Villepin utilise la technique du détour. Il commence par une longue introduction sur la rentrée, la sécheresse, les incendies, la dette, avant d'aborder le sujet de Bardella. Cette stratégie lui permet de reprendre le contrôle de l'interview, d'imposer ses thèmes et de montrer qu'il ne se soumet pas au rythme imposé par le journaliste. Il finit par répondre, mais sa réponse déplace le débat vers sa propre vision d'un système qui échoue depuis vingt ans, le référendum n'étant qu'un exemple parmi d'autres. Le journaliste lui fait d'ailleurs remarquer qu'il est difficile de saisir sa position sur l'immigration.
La posture de Villepin est celle d'un homme d'État à l'ancienne, opposé aux candidats plus jeunes qui recherchent le buzz sur les réseaux sociaux. Il se présente avec une certaine gravité, une voix posée et des phrases longues, s'appuyant sur son expérience de ministre et de Premier ministre. Il estime que dans un monde complexe, on ne s'improvise pas président et qu'il faut de l'expérience.
Son vocabulaire reflète cette posture. Il utilise des références historiques et des mots forts pour parler de la France et de lui-même, comme le "tonneau des Danaïdes" pour décrire la situation du pays, ou en évoquant l'abolition des privilèges. À l'inverse, lorsqu'il parle de ses adversaires, il utilise des piques plus terre à terre, les dévalorisant subtilement, comme en les associant au "jet ski" ou à une "loge au Parc des Princes".
Il utilise une métaphore récurrente : "ouvrir le capot" ou "ouvrir la boîte noire" pour parler de la nécessité de réformer les finances publiques. Cette image suggère une opération simple et une formalité, à condition d'avoir le bon "garagiste", c'est-à-dire lui-même, fort de son expérience passée où il affirme avoir fait baisser la dette lorsqu'il était Premier ministre.
Cependant, cette stratégie a ses limites. Lorsqu'il est confronté à des questions plus précises sur des chiffres, comme la suppression des niches fiscales, il peine à donner une réponse claire et directe, nécessitant un long échange pour obtenir un simple "non". Le refus du jeu peut alors se transformer en refus de répondre, donnant l'impression qu'il cache quelque chose.
Sa candidature à l'élection présidentielle reste ambiguë, il répond qu'il veut être candidat, mais qu'il ne fait rien tout seul et que le moment opportun viendra, laissant planer le doute.
Les sondages montrent que sa crédibilité est reconnue, mais une partie des Français le trouve également arrogant. Paradoxalement, lors d'un questionnaire, il accepte de jouer le jeu et transforme le reproche d'arrogance en humour, montrant qu'il sait jouer, mais seulement selon ses propres règles.
En conclusion, le refus des jeux et des formats courts par Dominique de Villepin à 2% d'intentions de vote s'explique par sa personnalité, sa génération, mais aussi par une stratégie calculée. Il évite les terrains où ses adversaires sont plus forts (le buzz, la petite phrase) pour imposer le sien : celui de l'homme d'État expérimenté. La suggestion est faite qu'il gagnerait à assouplir légèrement sa posture pour adopter une communication plus moderne, tout en conservant son capital d'ancien.