
Pourquoi vos Altcoins ne valent plus rien !
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Le graphique à l'écran montre une chute du titre IBM de plus de 13 % en une seule séance, sa pire performance depuis octobre 2020. Cette baisse est une réaction à l'annonce d'Anthropic en février dernier, présentant un outil capable de moderniser le Cobol, un langage de programmation de 60 ans qui gère encore la quasi-totalité des transactions bancaires mondiales. IBM est un gardien historique de ce langage. L'impact global de l'avancée des agents IA sur les actions des entreprises de logiciel est significatif, le MSCI World Software and Services Index ayant perdu près de 20 % depuis le début de l'année.
L'IA produit sur les grandes entreprises technologiques l'effet de destruction créatrice que l'on attendait des altcoins sur la finance mondiale. Dans les deux cas, une technologie de rupture remet en question les rentes établies et promet de redistribuer la valeur. Cependant, pour la crypto, l'inverse se produit : le S&P 500 Financials Index est à un plus haut historique, tandis que l'indice crypto Total 3 (excluant Bitcoin, Ethereum et les stablecoins) s'échange à des niveaux bas. La finance traditionnelle n'a pas été détruite par la crypto, mais l'a absorbée.
Historiquement, la monnaie est passée d'une matière première (or, argent) à une représentation papier, puis à une numérisation bancaire. La crypto, avec la tokenisation et les RWA, ajoute une troisième couche : une représentation programmable on-chain. Bien que les projets crypto ne soient pas inutiles, leur valeur finale sera captée par des institutionnels traditionnels qui implémenteront et utiliseront ces nouveaux standards, et non par les détenteurs de tokens.
Un mouvement inverse à celui de la décentralisation initiale des cryptos est en cours. Des projets comme Maker, à l'origine du stablecoin décentralisé Dai, ont intégré une fonction de gel ("freeze") sur leur nouveau stablecoin USDS, à l'instar des stablecoins centralisés (USDC, USDT). Cette décision est pragmatique pour attirer les institutionnels qui recherchent des moyens de contrôle. De même, la gouvernance d'Aave, un protocole DAO exemplaire, s'est fissurée, le pouvoir retournant aux mains de son fondateur, la décentralisation devenant un fardeau.
L'exemple de Cross Protocol est révélateur. Cette solution de bridge, ayant généré plus de 35 milliards de dollars de volume et soutenue par de grands VCs, a récemment proposé de dissoudre sa DAO et de transformer son token en actions classiques d'une société américaine (une S-Corp). La structure DAO plus token est devenue un frein aux affaires, le marché ayant applaudi ce changement par une hausse de 80 % du token. Le marché valorise les droits économiques et la protection juridique d'une action, ancrée dans le réel, plutôt qu'un actif spéculatif sans droits légaux.
La régulation américaine, en classant la majorité des cryptos comme des marchandises numériques et non des titres financiers, les normalise. Cependant, dès qu'un token distribue du rendement ou crée une attente de profit, il retombe dans le cadre des marchés financiers classiques. Ce n'est pas la nature du token qui détermine sa régulation, mais son usage. Le marché retire les couches superflues autour de l'innovation blockchain.
La décentralisation, bien que valorisée par certains, n'est pas une priorité pour la majorité des utilisateurs. Environ 41,2 % des détenteurs de Bitcoin conservent leurs fonds sur des exchanges centralisés, malgré les risques. Le principe "not your keys, not your coin" n'intéresse pas tant de monde. La self-custody est perçue comme une responsabilité et un risque, non comme une liberté. Les utilisateurs recréent spontanément des formes d'intermédiation et cherchent des acteurs de confiance. Si la demande réelle ne valorise pas la décentralisation, l'offre s'adapte.
La finance traditionnelle s'intéresse à la crypto, mais la crypto rejoint aussi la finance traditionnelle. La valeur résidera dans une révolution de l'usage des produits financiers. Larry Fink, CEO de BlackRock, prévoit que l'investissement deviendra aussi simple qu'un paiement mobile. La valeur des actifs tokenisés a augmenté de 66 % depuis le début de l'année, dépassant 23 milliards de dollars. Les actions tokenisées ont grimpé de 2900 % sur un an. Des acteurs comme Franklin Templeton, Robinhood, Kraken et même le NYSE développent des plateformes pour le trading 24h/24 d'actions et d'ETF tokenisés avec règlement instantané. Le S&P 500 arrive on-chain. Le World Gold Council travaille sur la tokenisation standardisée de l'or.
Ces actions tokenisées peuvent être utilisées comme collatéral pour des lignes de crédit. L'âge de la spéculation est derrière nous, et les actions pourraient profiter d'un nouveau cycle, plutôt que les nouvelles cryptos. La blockchain décuple l'efficience du capital traditionnel. Sur HyperLiquid, une plateforme on-chain, les records d'activité ont été battus grâce au pétrole, non aux cryptos.
L'aspect psychologique joue aussi : la crypto, autrefois une zone grise attirant les early adopters, perd de sa dimension transgressive et de son attrait en se démocratisant. Bien que des projets décentralisés et performants continueront d'exister, la masse des utilisateurs s'orientera vers des infrastructures crypto intégrées par la finance traditionnelle, débarrassées de leur complexité, via des néobanques ou des applications épurées, ouvrant la voie à de nouveaux usages financiers.
L'aspect "sans permission" sera renié pour la conformité, avec des standards comme l'ERC-3643 qui intègrent des contraintes de conformité (white listing, vérification d