
we need to talk about the Elizabeth Holmes doc (unfiltered review)
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Ce podcast discute du documentaire de Nathan Fielder sur Elizabeth Holmes, "You Can See Everything", un film qui a surpris tout le monde lors de sa sortie au festival de Telluride. Le film est unanimement salué par la critique, et est même pressenti pour l'Oscar du meilleur film, une première pour un documentaire. Nathan Fielder, connu pour son style unique de création de réalités alternatives, a passé 34 jours avec Elizabeth Holmes avant son incarcération, puis a continué à suivre l'histoire pendant trois ans en secret.
Le point de départ du film est 34 jours avant qu'Elizabeth Holmes n'aille en prison. Elle est déjà condamnée, mais n'est pas encore incarcérée. Elle a deux jeunes enfants et vit avec son fiancé, Billy, qui n'est pas son mari pour éviter de combiner leurs finances en raison des centaines de millions de dollars qu'elle doit en restitution. A24, la société de production, avait d'abord été contactée par Holmes pour un documentaire, mais le projet n'a pas abouti. Nathan Fielder a saisi l'occasion, s'est installé chez elle et a documenté cette période cruciale.
Le film, tourné de très près, est une immersion dans la vie d'Elizabeth Holmes. Le style de Nathan Fielder, qui au début se positionne comme un observateur discret, finit par l'intégrer comme un personnage central. L'objectif du film n'est pas de rejuger l'affaire, mais de comprendre qui est Elizabeth Holmes : est-elle une manipulatrice ou une personne incomprise ? Le spectateur en ressort souvent plus confus qu'au début, ne sachant pas quoi penser d'elle. Elle n'a jamais admis avoir commis de faute et semble sincèrement ne pas comprendre pourquoi elle va en prison.
Elizabeth Holmes a été condamnée pour avoir fraudé des investisseurs. Elle a levé environ 500 millions de dollars en promettant une technologie révolutionnaire de test sanguin, le "Edison", capable de réaliser des centaines de tests avec une seule goutte de sang. Cependant, la machine ne fonctionnait pas comme annoncé, ne pouvant effectuer qu'une douzaine de tests, et l'entreprise utilisait secrètement des machines conventionnelles pour les tests. Elle a menti aux investisseurs, au public et à ses partenaires, affirmant que sa technologie fonctionnait.
Une scène clé du film montre Nathan Fielder confrontant Elizabeth Holmes à ses déclarations passées. Elle maintient que sa machine "pouvait" effectuer tous les tests, mais il s'avère qu'elle parlait d'un potentiel futur, pas d'une capacité actuelle. Elle évite la question et ne reconnaît aucune erreur, ce qui frustre Nathan Fielder qui tente de lui faire admettre la confusion qu'elle a créée.
Le film explore également la relation d'Elizabeth Holmes avec Billy. Billy est présenté comme une figure manipulatrice, contrôlant la situation et prenant des décisions sans le consentement d'Elizabeth. Par exemple, il demande à A24 une part des bénéfices du documentaire, ce qui est contraire aux principes éthiques des documentaires et met en doute la sincérité d'Elizabeth, qui prétend ne pas être motivée par l'argent. Cette dynamique est mise en parallèle avec sa relation passée avec Sunny Balwani, son ancien partenaire, suggérant qu'elle aurait pu être manipulée.
Le documentaire ne traite pas de certains aspects cruciaux de l'affaire, comme le logo de Pfizer qu'elle a ajouté à des documents pour tromper Walgreens, ou le suicide d'un employé. Cette omission est une critique du film, car elle ne permet pas de comprendre pleinement l'ampleur de ses actions. Cependant, le film excelle à montrer qui est Elizabeth Holmes, en offrant une "expérience" de sa "réalité déformée".
Nathan Fielder utilise des techniques de reconstitution hyperréalistes, pour lesquelles il est célèbre, pour compenser l'impossibilité de filmer Elizabeth Holmes en prison. Une scène marquante est l'introduction d'Amanda Seyfried, l'actrice qui a joué Elizabeth Holmes dans la série "The Dropout", dans le documentaire. Elle regarde les images du film, réagit avec jugement, puis se sent coupable en voyant la douleur d'Elizabeth Holmes face à sa propre représentation. Cette mise en abyme interroge la nature de la vérité et de la fiction, et le rôle des médias dans la construction des récits.
Le film suggère que tout le monde est coupable d'une certaine manière : Billy, manipulatrice et obsédé par la vengeance ; l'actrice, jugeant rapidement sans comprendre les nuances ; et même Nathan Fielder, dont les motivations sont remises en question par l'actrice. Les parents d'Elizabeth Holmes apparaissent également, notamment lors d'une scène où Nathan Fielder lui offre une perruque et des lunettes pour "s'enfuir", un cadeau de mauvais goût mais révélateur de l'humour noir de Fielder.
Le documentaire montre la vie étrange d'Elizabeth Holmes et de Billy, leur "réalité bizarre" qui contraste avec celle de la plupart des gens. La scène où Billy utilise une version IA d'Elizabeth Holmes, censée représenter sa femme en prison, et où il prétend tweeter en son nom, est particulièrement troublante. Cela renforce l'idée qu'il est en contrôle et qu'il interprète ses désirs.
En fin de compte, le film ne donne pas de réponses claires sur la culpabilité ou l'innocence d'Elizabeth Holmes, mais il explore la complexité de sa personnalité et de ses motivations. Les participants au podcast concluent qu'elle a commis une fraude, mais qu'elle ne l'a pas perçue comme telle. Elle croyait que ses actions étaient nécessaires pour atteindre son objectif de "changer le monde", justifiant les moyens par la fin.
Le film est considéré comme un chef-d'œuvre, un 10/10, non pas pour son divertissement ou sa satisfaction, mais pour son caractère "étonnant" et sa capacité à remettre en question les perceptions. Les reconstitutions, les questions directes de Nathan Fielder et l'introduction d'Amanda Seyfried sont citées comme des moments de génie. La scène où Billy se dénude sous la douche, sans raison apparente, est particulièrement choquante et met en lumière sa personnalité étrange.
Le film est un succès pour Nathan Fielder, qui gagne en notoriété, et pour Elizabeth Holmes, qui voit son image complexifiée plutôt que simplement diabolisée. Billy, en revanche, est le grand perdant, apparaissant comme un personnage manipulateur et égocentrique. Le documentaire "You Can See Everything" est une expérience unique qui laisse le spectateur avec plus de questions que de réponses, mais avec une compréhension plus profonde de la nature humaine et de la perception de la vérité.