
Bitcoin : Le plan secret de l'armée américaine révélé
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L'amiral Samuel Paparo, commandant de l'Indo-Pacom, a révélé fin avril 2026 que l'armée américaine opérait un nœud Bitcoin. Cette déclaration, faite lors d'une audition au Congrès, est notable car Paparo n'est pas un fervent du Bitcoin au sens traditionnel. Son intérêt réside dans la cryptographie de Bitcoin, le voyant comme un système de communication décentralisé et résilient, capable de projeter de la puissance. Il estime qu'en cas de conflit, même si les centres de données sont bombardés, Bitcoin resterait un réseau de communication opérationnel avec un accès internet minimal, voire sans. La preuve de travail est également un aspect qui le fascine.
Quelques jours plus tard, le secrétaire à la Défense, Pete Hexet, a confirmé que les travaux de son ministère sur Bitcoin étaient classifiés. Interrogé sur la recherche d'un avantage stratégique face à l'autoritarisme numérique chinois, Hexet a répondu que certaines initiatives visaient à activer Bitcoin, d'autres à le contrer, et qu'une partie de ces travaux restait classifiée. Il est intéressant de noter que Paparo, deux ans auparavant, avait témoigné devant le Sénat pour affirmer l'inverse, à savoir que la crypto rendait le monde moins sûr et favorisait le financement du terrorisme. Ce revirement d'opinion n'est pas isolé.
Aux États-Unis, deux thèses coexistent concernant Bitcoin. La première, bien connue, est celle de la "réserve stratégique de Bitcoin", où il est traité comme de l'or numérique, accumulé principalement par des saisies judiciaires. Des personnalités comme la sénatrice Cynthia Lummis militent pour le "Bitcoin Act", qui ordonnerait au Trésor d'acheter jusqu'à 1 million de Bitcoins sur cinq ans. Cette approche correspond à ce que l'on appelle le "point de Schelling monétaire", expliquant le besoin d'une monnaie décentralisée commune et le rôle que Bitcoin est destiné à jouer.
La seconde thèse, moins visible, est celle portée par Paparo. Elle concerne le protocole Bitcoin avec un grand B : la cryptographie, la blockchain, la preuve de travail. Faire fonctionner un nœud Bitcoin ne signifie ni miner, ni investir, ni posséder du Bitcoin, mais simplement se connecter au réseau pour appliquer ses règles. Le Pentagone explore donc l'infrastructure de Bitcoin pour comprendre son fonctionnement.
Ces travaux s'inspirent de la thèse de Jason Lowery, major de la Space Force américaine, soutenue au MIT en 2023 : "Software, une nouvelle théorie de la projection de puissance et de la signification stratégique nationale de Bitcoin". Ce document, jugé si sensible qu'il fut brièvement retiré de la circulation, est à la base de la vision de Lowery. Il est désormais conseiller spécial du commandant de l'Indo-Pacom, travaillant directement pour Paparo.
Lowery soutient que Bitcoin n'est pas principalement une monnaie, mais une forme de puissance qu'il nomme "bit power". Le minage, au-delà de l'acquisition de Bitcoins, est une dépense d'énergie réelle pour avoir la chance d'inscrire la prochaine page du registre. La preuve de travail est un convertisseur d'électricité en probabilité d'inscrire un bloc valide d'informations. Le "hash rate" n'est pas qu'une statistique, c'est un pouvoir de priorisation, un rapport de force. Lowery voit Bitcoin comme un territoire numérique que l'on occupe non pas avec des chars, mais avec des watts. Il pousse l'analogie en suggérant que les nations pourraient se disputer ce nouveau territoire, le cyberespace sécurisé par la preuve de travail, qu'il appelle les "hashwars".
Lowery ne souhaite pas que le gouvernement achète du Bitcoin, mais qu'il en mine en créant une "US Hash Force", une force de minage nationale soutenue par l'État, afin de détenir la plus grande part possible de la puissance sécurisant le réseau. Son objectif est que les États-Unis contrôlent une part significative du hash rate mondial. Cette idée rejoint des travaux antérieurs sur la "détente attack", une tentative de prise de contrôle du réseau Bitcoin. Pour Lowery, la possession de Bitcoin ne confère pas le pouvoir sur le réseau, c'est le hash rate qui le fait.
La vision de Lowery inclut également l'utilisation de cette couche de coût physique pour protéger d'autres systèmes, en ancrant des communications militaires sensibles à la preuve de travail pour forcer les attaquants à dépenser de l'énergie avant de nuire. C'est ce qu'il nomme l'«électro-cyberdôme». Son pari géopolitique ultime est que ces "hashwars" pourraient remplacer l'équilibre de la terreur nucléaire par une compétition coûteuse mais non létale.
Cependant, la thèse de Lowery ne fait pas consensus, notamment parmi les développeurs Bitcoin. Jameson Lopp estime que, bien que stimulante, elle ne débouche sur aucun plan réellement exploitable. L'extension de la sécurité de Bitcoin à un réseau de communication militaire non Bitcoin n'est pas clairement expliquée dans sa thèse. Mikael Warren, mathématicien, émet des doutes quant à la transposition de l'équilibre des mineurs privés, motivés par le profit, à un équilibre entre nations, qui pourraient miner à perte pour des objectifs politiques ou stratégiques.
Malgré ces critiques, le fondement selon lequel le hash rate confère un pouvoir d'inscription d'information pertinent pour la défense est retenu. Par exemple, si l'Iran propose de se faire payer en Bitcoin pour le passage du détroit d'Ormuz, les États-Unis, s'ils contrôlaient une industrie de minage, pourraient tenter de ralentir ces transactions. Cela souligne l'enjeu militaire et géopolitique du protocole et de son industrie.
Un problème majeur pour la création d'une "US Hash Force" est la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la chaîne d'approvisionnement chinoise pour les machines de minage (ASICs), dont environ 97% sont fabriquées en Chine. Cette dépendance est perçue comme une vulnérabilité. Des mesures ont déjà été prises, comme le blocage et l'inspection d'équipements de minage chinois en 2024 face à des craintes d'espionnage. Le "Mine in America Act" vise à créer une industrie américaine des ASICs et à éliminer le matériel lié à des adversaires étrangers.
La thèse de Lowery a déjà eu des effets, transformant la perception du minage de Bitcoin à Washington, qui le considère désormais comme une affaire de souveraineté industrielle, au même titre que les semi-conducteurs ou les terres rares.
Les États-Unis ne sont pas les seuls à s'intéresser à Bitcoin. L'Iran, depuis mars 2026, monétise le détroit d'Ormuz en demandant des paiements en crypto ou en Yuan, Bitcoin étant une option de plus en plus privilégiée en raison de son incensurabilité. Taïwan, un mois plus tard, envisage