
Cultivating Awe & Emotional Connection in Daily Life | Dr. Dacher Keltner
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Bienvenue au podcast Huberman Lab, où Andrew Huberman reçoit le Dr Dacher Keltner, professeur de psychologie à l'UC Berkeley et codirecteur du Greater Good Science Center. Le Dr Keltner est un expert de la science des émotions, de leur rôle dans la dynamique sociale et les liens humains. L'épisode explore notamment le rôle de la taquinerie et de l'embarras dans le lien social, ainsi que le concept d'émerveillement (awe).
L'émerveillement n'est pas insaisissable. Il survient lors d'un changement de perception d'une petite à une grande échelle, ou inversement, comme l'apparition soudaine d'un nouvel horizon. Cette conversation se veut pratique et conceptuelle, offrant des outils pour intégrer l'émerveillement au quotidien. Le Dr Keltner est reconnu pour sa rigueur et sa créativité dans l'étude des émotions, cherchant toujours à améliorer le bien-être du public.
Le Dr Keltner explique son parcours vers l'étude de l'émerveillement. Jeune chercheur dans les années 90, la science des émotions était principalement axée sur les émotions négatives (colère, peur, dégoût). Cependant, cette approche ne résonnait pas avec son expérience personnelle, ayant grandi dans un environnement riche en musique, changement social et beauté. Inspiré par Darwin et Paul Ekman, il a réalisé que la science pouvait explorer des phénomènes comme la musique, la danse collective et les émotions positives. Sur les conseils d'Ekman, il s'est tourné vers l'étude de l'émerveillement.
La conversation aborde ensuite les expressions faciales des émotions. Paul Ekman a révolutionné ce domaine en démontrant l'universalité de six émotions (colère, peur, tristesse, dégoût, surprise, sourire) à travers des photos statiques. Bien que cette universalité ait été débattue, des recherches plus récentes, notamment celles du laboratoire du Dr Keltner, ont élargi le vocabulaire des expressions faciales à une vingtaine, incluant le rire, l'amour, la compassion et l'émerveillement. Grâce à l'IA, des études ont analysé des millions de vidéos de 144 cultures, révélant un chevauchement de 75% dans la façon dont nous exprimons l'émerveillement, la concentration ou le rire. Environ 50 à 60% de ces expressions seraient câblées, le reste étant sujet à des variations culturelles.
Huberman soulève la question du lien entre émotions, mouvements (patterns moteurs) et langage. Le Dr Keltner souligne l'existence de patterns moteurs universels dans l'expression des émotions (par exemple, caresser un enfant qui pleure, ou reculer devant de la nourriture avariée). Ces patterns moteurs représentent environ 75% de notre réponse émotionnelle. Le langage, lui, est un système conceptuel complexe pour décrire ces expériences. Souvent, ces deux aspects sont déconnectés. Les cultures valorisant le calme, par exemple, peuvent montrer cette dissociation. Il reconnaît que la "sensation" de l'émotion reste un territoire inexploré, une combinaison mystérieuse de tout ce qui se passe dans le corps et l'esprit.
La discussion se tourne vers la façon de mesurer les émotions. Le Dr Keltner mentionne diverses méthodes : muscles faciaux, mouvements oculaires, coloration du visage, rythmes respiratoires, tonus vagal, activation du système immunitaire et cérébral, et la voix. Il s'inspire de Darwin, qui a annoté 53 émotions avec huit modalités de comportement expressif. Pour étudier l'émerveillement, il faut se rendre là où il se manifeste : près de grands arbres, lors de concerts, dans des musées.
Le Dr Keltner décrit des études sur le terrain, comme celle menée au musée de paléontologie de Berkeley, où les gens près d'un squelette de T-Rex se sentaient plus expansifs et connectés. À Yosemite, des voyageurs se sentaient "petits et calmes, mais faisant partie de quelque chose de très grand". L'émerveillement a été étudié dans des mosh pits, chez les surfeurs, les randonneurs, les vétérans descendant une rivière en rafting, et dans les musées d'art.
Le concept de passer du "petit au vaste" est central à l'émerveillement. Andrew Huberman, en tant que scientifique de la vision, observe que la vision d'un horizon élargit l'angle visuel, entraînant une relaxation parasympathique. Le Dr Keltner confirme que ce changement de perception, du confinement à l'ouverture, est un déclencheur fondamental de l'émerveillement. Cette idée s'applique aussi aux grandes idées ou épiphanies. Une étude a montré que des personnes âgées faisant des "promenades d'émerveillement" hebdomadaires, en passant du "petit au vaste" dans leur observation de la nature, ressentaient moins de douleur physique et montraient une meilleure santé cérébrale six ans plus tard.
La "promenade d'émerveillement" consiste à ralentir, approfondir sa respiration et synchroniser la marche avec le souffle. Il s'agit de se rendre dans un endroit inattendu, de chercher des détails (une feuille, la lumière sur un arbre) puis d'élargir sa perception à des patterns plus vastes (l'ensemble des feuilles, les nuages). L'écoute des rires d'un enfant, puis de la "symphonie des rires" d'un groupe, est un exemple. Ces promenades augmentent la conscience, la gentillesse, l'émerveillement et réduisent la douleur physique, en partie grâce à la réduction de l'inflammation et l'élévation du tonus vagal. Des médecins commencent même à "prescrire la nature" ou la musique via l'émerveillement pour des symptômes comme le COVID long.
L'émerveillement n'est pas une "sortie de soi", mais une connexion à une image plus grande, une expérience profondément incarnée. Huberman évoque sa théorie du "spacetime bridging", où le passage d'une petite à une grande ouverture visuelle (ou auditive) change la perception du temps et favorise la relaxation. Ce processus dynamique de changement d'ouverture, plutôt que l'ouverture elle-même, est essentiel. Le Dr Keltner mentionne une étude sur "l'équanimité favorisée par la distanciation temporelle" liée à l'émerveillement, suggérant que l'émerveillement modifie notre perception du temps.
L'idée que les chimpanzés ressentent l'émerveillement, avancée par Jane Goodall et Frans de Waal, est discutée. Les chimpanzés montrent des comportements similaires aux humains face à la nature grandiose, comme les cascades. L'émerveillement connecte l'individu à quelque chose de vaste – l'évolution, la nature, un écosystème – ce qui apaise le réseau du mode par défaut du cerveau et active le tonus vagal, créant un sentiment de connexion.
La conversation dérive sur les inhibiteurs de l'émerveillement. La vie en ligne est identifiée comme un frein majeur. Aucune des 2600 personnes interrogées dans une étude sur l'émerveillement n'a mentionné les médias sociaux comme source d'émerveillement. Les algorithmes sont souvent conçus pour susciter la haine, et la vie en ligne réduit le partage d'expériences collectives (écouter de la musique ensemble, aller au cinéma). Le Dr Keltner s'inquiète de cette fragmentation et du privilège de la haine en ligne, qui n'est pas la nature humaine.
L'égoïsme est un autre ennemi de l'émerveillement. Ralph Waldo Emerson a écrit que "tout égoïsme mesquin s'évanouit" face à l'émerveillement. Les données montrent une augmentation de l'égocentrisme, avec une proportion alarmante de photos de soi. Se concentrer sur soi-même, sur le statut social ou l'argent, contrecarre l'émerveillement. L'émerveillement est crucial pour notre époque, car il nous aide à sortir de cette focalisation excessive sur soi, source d'anxiété, en encourageant la danse, la musique, le partage et l'exploration.
Les sports collectifs sont un exemple puissant d'émerveillement partagé, comme l'ont montré les récits de fans de football à travers le monde. Les rituels, les chants, le sentiment d'appartenir à une "nation" de supporters créent des expériences quasi religieuses. Le Dr Keltner, qui a conseillé Steve Kerr, l'entraîneur des Warriors, souligne la joie de voir 10 000 personnes danser en synchronisation grâce au coaching.
La taquinerie et l'embarras sont également explorés comme des mécanismes de lien social. L'embarras, marqué par le rougissement et le détournement du regard, est un signe d'engagement envers le groupe. Des études ont montré que les personnes embarrassées sont plus appréciées et dignes de confiance. La taquinerie, lorsqu'elle est bienveillante et ludique, renforce les normes du groupe sans humilier, et crée des liens. Le fait de taquiner quelqu'un en face, tout en sachant qu'on le soutiendra en son absence, est une forme sophistiquée de lien.
Enfin, la conversation aborde les psychédéliques. Le Dr Keltner, ami de Michael Pollan, les considère comme des facilitateurs d'émerveillement. Utilisés de manière appropriée, ils "ouvrent l'esprit", modifient la perception du temps et du soi, connectant l'individu à des choses vastes comme les écosystèmes et l'humanité. Des études suggèrent qu'ils peuvent induire plus de gentillesse et avoir des effets bénéfiques sur l'anxiété de mort, la dépendance, le traumatisme et le TOC. Cependant, il s'inquiète du microdosage et de l'utilisation récréative sans cadre thérapeutique ou culturel approprié, soulignant l'importance de la sécurité et de l'intention.
Le Dr Keltner conclut en insistant sur la nécessité de reconstruire la vie collective, qui s'est fragmentée avec l'isolement et la vie en ligne. Des initiatives comme les marchés de producteurs, les cours de yoga collectifs et les festivals sont des signes encourageants de ce retour à la communauté. Il propose de repenser le design des villes pour intégrer plus de nature, d'art public et d'opportunités d'interaction sociale, offrant ainsi des "feuilles de route" pour l'émerveillement dans nos vies. L'exemple des feux de camp, pratiques ancestrales de rassemblement et de narration, est cité comme un moyen simple et puissant de favoriser le lien humain et l'émerveillement.