
Democrats vs Republicans: Who Is Actually More Violent? - Robert Pape
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L'expert en violence politique Robert Pape discute de la menace numéro un pour l'Amérique : des dizaines de millions d'Américains qui soutiennent la violence politique. Il qualifie cette ère de « populisme violent », un nouveau paradigme distinct des épisodes de violence politique précédents, comme les années 1920 ou 1960. Selon lui, cette période se caractérise par un niveau historiquement élevé de violence et de soutien à la violence politique, ce qui pourrait influencer les prochaines élections de manière imprévue.
Pape souligne que la violence politique actuelle est sans précédent par son ampleur et sa nature. Il cite trois tentatives d'assassinat contre Donald Trump (deux pendant sa campagne, une pendant sa présidence), l'attaque contre Paul Pelosi, mari de Nancy Pelosi, et une tentative d'assassinat contre le juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh. Il mentionne également l'incendie d'une partie de la maison du gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, et l'assassinat de l'activiste politique Charlie Kirk en septembre 2025 (selon un scénario hypothétique). Au-delà des tentatives d'assassinat, il évoque les manifestations de George Floyd à l'été 2020, où 5 à 7 % des 28 millions de participants se sont livrés à des actes violents, ainsi que les événements du 6 janvier.
Le populisme violent se distingue du populisme ordinaire (polarisation politique ou protestation pacifique) par un soutien de masse à la violence politique. Ce soutien transforme la colère populaire en une colère politique violente, encourageant des actes de violence.
Les recherches menées par le centre de Pape à l'Université de Chicago, basées sur 20 sondages nationaux au cours des cinq dernières années et un 21e sondage récent, révèlent des chiffres alarmants. Avant septembre 2025, 14 % des Américains (plus de 30 millions) soutenaient la violence politique anti-Trump. Le dernier sondage, dont les résultats sont dévoilés pour la première fois, indique que 25 % des adultes américains (65 millions) soutiennent l'usage de la force pour empêcher Trump d'être président, dont 44 % des démocrates. Des groupes de discussion et des expériences ont montré que 55 % de ces personnes entendent par "usage de la force" l'assassinat de Trump par balles.
Concernant le soutien pro-Trump à la violence politique, 16 % des Américains (environ 40 millions), principalement républicains, soutiennent l'utilisation de l'armée par le président Trump pour réprimer les manifestants démocrates. En additionnant ces chiffres, on atteint 100 millions d'Américains soutenant la violence politique à l'approche des élections de mi-mandat. Cela fait des prochaines élections les plus dangereuses de l'histoire récente, non pas le jour du vote, mais lors du décompte et de la certification des résultats, comme ce fut le cas le 6 janvier 2021.
Pape explique que la perception selon laquelle la menace intérieure vient principalement de la droite est basée sur des études antérieures à 2015. Depuis l'arrivée au pouvoir de Trump, la nature de la violence politique a changé, avec une augmentation significative de la violence des deux côtés. Le populisme violent, en tant que nouvelle ère, date du début du premier mandat de Trump, et une grande partie de la violence est soit pro-Trump, soit anti-anti-Trump.
Les causes profondes de ce populisme violent ne sont pas seulement la rhétorique politique, mais des changements sociaux majeurs qui atteignent un point de bascule. Trump est à la fois un symptôme et une cause de ces changements.
Concernant la nature de la violence, Pape, qui a étudié le terrorisme pendant 20 ans, y compris 18 000 cas d'attaques suicides, constate une symétrie dans les opérations et le soutien de masse à la violence politique entre la droite et la gauche. Le soutien de masse est crucial car il pousse les individus instables à passer à l'acte, leur offrant une approbation sociale. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène en rendant l'approbation sociale quasi instantanée.
Pape décrit trois grandes vagues de violence collective aux États-Unis depuis l'été 2020. D'abord, les manifestations de George Floyd, où une petite fraction (5-7 %) des manifestants pacifiques se sont livrés à des violences, souvent la nuit, détruisant des biens et brûlant des bâtiments. Ensuite, le 6 janvier, où sur 120 000 personnes présentes, environ 10 000 ont encerclé le Capitole, et 1 600 ont effectivement pénétré dans le bâtiment, se livrant à des actes violents. Pape souligne l'absence de réaction de Trump pendant trois heures, et sa glorification ultérieure des assaillants. Enfin, les protestations sur les campus universitaires après le 7 octobre 2023, qui, bien que moins violentes en termes de dommages matériels que les émeutes de George Floyd, représentent une autre manifestation de populisme violent. La particularité de l'ère actuelle est que cette violence est présente à la fois à droite et à gauche, contrairement aux années 1960 (majoritairement à gauche) ou 1920 (majoritairement à droite).
Les stéréotypes des partisans de la violence politique sont erronés. Loin d'être des chômeurs ruraux, la plupart sont des Américains instruits de la classe moyenne, propriétaires de leur maison et ayant un 401k. Pape cite l'exemple de Luigi Manion, issu d'une famille aisée et diplômé d'une Ivy League, ou des émeutiers du 6 janvier, dont 45 % étaient des propriétaires d'entreprise, des médecins ou des infirmières. Ces personnes ont beaucoup à perdre, mais risquent tout parce qu'elles craignent de tout perdre dans les prochaines années si le parti adverse gagne, perçu comme annulant leurs avantages ou leurs droits.
La radicalisation se fait en groupe et est un phénomène en cascade, amplifié par les réseaux sociaux et l'absence de contre-discours des leaders politiques. Bien que 65 à 70 % des Américains abhorrent la violence politique, cette "majorité silencieuse" manque de porte-parole et de plateformes pour s'exprimer. Pape voit dans les podcasts un possible véhicule pour cette voix.
Le soutien à la violence politique ne se traduit pas toujours directement en action, mais il crée un "matériau combustible" qui, avec un point focal (comme un discours politique ou un événement), peut déclencher une violence réelle, à l'image d'un feu de forêt. Les manifestes des assaillants, comme celui de Cole Allen, montrent qu'ils croient agir au nom d'une communauté qui soutient leurs objectifs, même si elle n'agit pas directement.
Selon Pape, ce sont les sympathisants de la violence politique qui sont le principal problème, car leur soutien de masse nourrit les actes violents. Il cite l'exemple de l'IRA en Irlande du Nord ou du Weather Underground aux États-Unis, dont les actions étaient alimentées par un soutien communautaire perçu.
Le populisme violent n'est pas exclusif aux États-Unis et commence à apparaître dans d'autres démocraties matures comme le Canada, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. En Allemagne, une tentative d'assassinat du chancelier a été déjouée grâce à des recherches similaires.
Les deux principaux moteurs sociaux du populisme violent aux États-Unis sont un changement démographique et une redistribution des richesses. Les États-Unis passent d'une démocratie à majorité blanche à une démocratie à minorité blanche. En 1990, la population non hispanique blanche représentait 76 % ; elle est de 57 % aujourd'hui et devrait passer à 49 % d'ici 15 à 20 ans. Ce changement a un impact politique majeur, car le parti républicain est majoritairement blanc. Cette anxiété démographique est un facteur clé du soutien à Trump et à la violence politique.
Parallèlement, il y a eu un transfert massif de richesses vers le 1 % le plus riche, passant de 17 % de la richesse américaine à la fin des années 1980 à 26 % aujourd'hui. Cela signifie que la majorité des gens perdent du terrain économiquement. Cette combinaison de changements démographiques et économiques rend de larges pans de la population anxieux quant à leur avenir et à celui de leurs enfants en cas de victoire de l'autre parti.
Pape décrit trois étapes à l'approche des élections :
1. Un "choc de légitimité" : une élection serrée où les perdants ne croient pas avoir perdu légitimement.
2. Le point focal de la certification des résultats (potentiellement le 6 janvier 2027) : les perdants pourraient ne pas accepter les résultats, menant à des protestations violentes.
3. Une opposition violente prolongée : si la deuxième étape dégénère en un événement similaire au 6 janvier.
Pape est très inquiet des élections de mi-mandat, les qualifiant de "les plus dangereuses de nos vies". Il a déjà fait des prédictions similaires en 2022 et 2025 qui se sont réalisées. L'absence de volonté des leaders politiques de modérer leurs propres électeurs aggrave le cycle.
La violence politique ne serait pas nécessairement meilleure ou pire si les démocrates avaient gagné en 2024, car elle est le produit de changements sociaux profonds, pas seulement de la personnalité d'un leader.
L'ingérence étrangère, comme celle de la Russie en 2016 ou les vidéos Lego de l'Iran visant à manipuler l'opinion sur la guerre en Iran, a un impact modeste, magnifiant les problèmes existants de 10 à 20 %, mais ne les créant pas. Les États-Unis sont leurs propres pires ennemis en la matière.
La Russie et la Chine bénéficient le plus des troubles civils aux États-Unis, car une nation divisée est moins capable de se concentrer sur les affaires internationales. Trump, selon Pape, est un politicien brillant qui se concentre sur les préoccupations domestiques de sa base, même si elles sont parfois jugées triviales par les médias.
Pape estime que 50 % de la violence actuelle est due aux changements sociaux, 25 % à Trump, et 25 % aux réseaux sociaux et autres facteurs. Il insiste sur l'importance des changements sociaux comme moteur principal, comme on le voit dans les guerres civiles au Liban ou les tensions en Israël. Il regrette que les médias se concentrent souvent sur les symptômes plutôt que sur les causes profondes.