
Why Life Feels So Dull All The Time (and how to fix it) - Robert Greene
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Robert Greene, auteur de "Les lois de la nature humaine" et d'autres ouvrages sur le pouvoir, la séduction et la stratégie, discute de son nouveau livre, "Le Sublime", qui explore une dimension plus profonde de l'expérience humaine au-delà de la manipulation et du pouvoir. Ce livre, en gestation depuis sept ans, est né d'une fascination pour le concept du sublime, une expérience qui transcende la vie quotidienne et nous connecte à quelque chose de plus grand que nous-mêmes.
Greene explique que ses livres précédents se concentraient sur le "jeu social" et les dynamiques de surface des interactions humaines. Cependant, il a constaté une "mortification" généralisée dans l'expérience des gens, une sorte d'aplatissement émotionnel causé par la technologie et les médias sociaux. Cette perte de profondeur et d'émerveillement le préoccupait, le poussant à explorer ce qui se cache derrière cette "platitude". Il a eu une épiphanie lors d'une promenade en vélo, réalisant que nous vivons dans une "maison de fous" où tout le monde, y compris lui-même, semble perdre la tête. Cette prise de conscience, combinée à une expérience de mort imminente, a renforcé sa conviction qu'il était temps d'écrire sur le sublime.
Le sublime, selon Greene, est une expérience qui nous sort de nos limites habituelles – celles imposées par notre culture, notre cerveau et notre ego. Notre cerveau filtre constamment les informations pour nous permettre de fonctionner au quotidien, mais ce filtrage réduit notre capacité à ressentir l'émerveillement et la profondeur. Les jeunes enfants, avec leur cerveau moins inhibé, vivent le monde avec une intensité et une nouveauté que nous perdons en vieillissant. Le sublime est la redécouverte de cette capacité à expérimenter le monde avec une conscience accrue, une connexion plus profonde à la vie et à l'univers.
La prise de conscience de notre mortalité, selon Greene, est un moteur essentiel de cette quête du sublime. Contrairement à nos ancêtres, qui étaient constamment confrontés à la mort, nous vivons dans un monde où elle est occultée. Cette conscience de la finitude nous pousse à chercher un sens plus grand à notre existence, un point d'attachement qui transcende notre individualité. L'art rupestre préhistorique, par exemple, témoigne de cette quête d'un sens au-delà de la simple survie. Les humains ont toujours cherché quelque chose de plus que l'existence quotidienne, et lorsqu'ils répriment cette quête, elle se manifeste sous des formes destructrices comme la toxicomanie ou les addictions.
Le livre explore la manière dont notre culture et notre cerveau limitent notre perception de la réalité. Greene utilise l'exemple d'une neuroscientifique ayant subi un AVC, dont le cerveau filtrant moins d'informations, lui a permis de vivre une expérience quasi mystique, où la séparation entre elle et le monde s'est dissoute. Cette expérience, bien que terrifiante, lui a révélé une forme de béatitude que la vie normale ne lui offrait plus. Greene soutient que le sublime n'est pas une expérience constante, mais des moments de transcendance qui enrichissent notre vie sans l'interrompre.
Le rôle de l'ego est central dans cette discussion. L'ego, en nous enfermant dans nos pensées et nos préoccupations personnelles, nous empêche d'accéder au sublime. Le sublime nous emmène au-delà de nous-mêmes, nous connectant à quelque chose de plus vaste. Greene cite l'exemple d'un thérapeute qui emmène son patient au sommet d'une montagne ; l'expérience physique et la confrontation avec la nature transforment le patient plus efficacement que des années de thérapie verbale. L'égoïsme, selon Greene, est un obstacle à l'expérience du sublime, et des pratiques comme le Zen visent à "amincir" l'ego pour s'ouvrir à une perception plus large.
Le concept du "daimon" est également abordé. Dans l'Antiquité, le daimon était considéré comme un second soi, une voix intérieure qui guide vers notre véritable nature. Face à la pression sociale et aux définitions externes de qui nous sommes, le daimon nous rappelle notre unicité et notre authenticité. Ignorer cette voix peut mener à un sentiment de malaise et de déconnexion, tandis que l'écouter permet une connexion plus profonde avec soi-même et avec le monde. Le livre explore des figures comme Nietzsche ou Ingrid Bergman, qui ont suivi leur daimon, parfois au prix de la conventionalité sociale.
Greene insiste sur l'importance de l'échelle et de la perspective. La prise de conscience de notre insignifiance face à l'immensité de l'univers peut être à la fois terrifiante et exaltante. Cette prise de conscience nous aide à relativiser nos préoccupées quotidiennes et à retrouver un sentiment d'émerveillement. L'histoire, en nous montrant la répétition des cycles humains et la continuité des expériences à travers les âges, offre également une perspective précieuse, nous rappelant que nous ne sommes pas isolés dans le présent mais connectés à un passé lointain.
Le livre critique la tendance moderne à la superficialité, notamment à travers les médias sociaux et la technologie, qui aplatissent notre expérience et nous éloignent de la profondeur. Greene encourage à cultiver un désir de quelque chose de plus, à reconnaître notre insatisfaction et notre besoin d'une vie plus riche et plus intense. Il propose des exercices pratiques, inspirés de la science et de la philosophie, pour intégrer le sublime dans notre quotidien, même sans avoir besoin d'expériences extrêmes comme l'escalade de montagnes ou les voyages en Afrique. L'observation attentive d'un colibri dans son jardin, par exemple, peut devenir une porte d'entrée vers le sublime.
Enfin, Greene aborde la nature des religions païennes, les considérant non pas comme des figures comiques, mais comme des forces naturelles et des énergies qui possédaient l'être humain. Il suggère que le christianisme lui-même a des racines profondes dans le paganisme. L'idée est de retrouver une connexion plus directe avec les forces de la nature et de l'existence, une connexion que nous avons perdue dans notre monde moderne rationalisé. Le livre vise à réveiller cette capacité à ressentir, à s'émerveiller et à se reconnecter à une réalité plus profonde, à devenir l'agent de sa propre expérience plutôt que de la subir passivement.