
Cloudflare CEO: Crypto Isn’t Ready for the AI Internet
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L'internet, après une période de croissance fulgurante, a connu un ralentissement entre 2011 et récemment. Toutefois, le nombre de nouveaux sites web et de domaines est reparti à la hausse, atteignant des taux de croissance similaires à ceux du début des années 2000. Cette résurgence est attribuée à l'accessibilité accrue des outils permettant à davantage de personnes de devenir créateurs, codeurs et développeurs.
Matthew Prince, co-fondateur et PDG de Cloudflare, une entreprise de 70 milliards de dollars qui sécurise environ 20 % des sites web mondiaux, a une vision optimiste de cet élan créatif. Il souligne que le trafic des bots IA pourrait dépasser le trafic humain d'ici le premier semestre 2027, une projection qui a été avancée par rapport aux estimations précédentes. Bien que les bots aient longtemps été perçus négativement, de plus en plus d'agents IA assistent les humains dans des tâches utiles, générant un volume de trafic considérable. Par exemple, une recherche pour l'achat d'un appareil photo numérique, qui prendrait quelques sites à un humain, est effectuée mille fois plus en profondeur par un agent IA, augmentant exponentiellement le trafic.
Sur le plan technique, l'internet est jugé capable de gérer cette croissance, comme il l'a fait lors de l'explosion du trafic en avril 2020 avec la pandémie. Cependant, la question cruciale est celle du modèle économique : qui paiera pour cette infrastructure massive ? Le modèle actuel basé sur la publicité et les abonnements est menacé, car les agents IA ne cliquent pas sur les publicités et un abonnement unique permet aux agents d'accéder à une quantité massive de contenu sans compensation pour les créateurs. Il est donc impératif de trouver un nouveau modèle économique.
Cloudflare, dont la mission est de "construire un meilleur internet", a une histoire qui illustre l'évolution des défis du web. L'entreprise a débuté en 2009-2012 avec l'idée simple de mettre un pare-feu dans le cloud. Pour se développer et acquérir des données sur les menaces, Cloudflare a offert une version simplifiée de son service gratuitement. Cela a conduit à des problèmes inattendus, comme la protection d'organisations de défense des droits humains contre des régimes autoritaires, obligeant l'entreprise à développer des solutions de mitigation DDoS, des services d'enregistrement de noms de domaine, des VPN et même une plateforme de développement. Aujourd'hui, Cloudflare est un acteur clé, servant 80 % des grandes entreprises d'IA et près de 100 % de l'espace crypto, ainsi qu'une part significative des entreprises du Fortune 500. Matthew Prince voit Cloudflare comme la prochaine génération du cloud, capable de servir la planète entière en exploitant l'expérience acquise en alimentant plus de 20 % de l'internet.
L'internet, autrefois perçu comme décentralisé et organique, a évolué vers un "Disneyland" dominé par de grandes entreprises technologiques, où le contenu est souvent synthétique et contrôlé. Matthew Prince compare Cloudflare à Shopify par rapport à Amazon : ils fournissent l'infrastructure de base pour la sécurité et la liberté de création, sans imposer un jardin clos comme Facebook. L'internet a connu une période de stagnation du nombre de nouveaux sites web, mais il est maintenant en pleine croissance, en partie grâce aux outils qui facilitent la création.
Le modèle économique dominant de l'internet a été la publicité, Google en étant le principal moteur. L'objectif est devenu d'attirer le plus de trafic possible pour générer des revenus publicitaires. Cependant, le trafic est un mauvais indicateur de valeur. Matthew Prince critique ce modèle, qui a conduit à la création de contenus sensationnalistes et provocateurs ("rage bait") pour maximiser les clics, contribuant à la polarisation de la société. Il estime que Google, bien qu'ayant démocratisé l'accès à l'information, a involontairement encouragé cette course au trafic.
L'avènement des agents IA exacerbe ce problème. Les agents ne cliquent pas sur les publicités, ce qui prive les créateurs de contenu de revenus. Les moteurs de recherche comme Google, avec leurs "AI overviews", fournissent directement les réponses en "décortiquant" le web, réduisant ainsi le besoin pour les utilisateurs de cliquer sur les liens originaux. Cela menace la viabilité des publications et des créateurs de contenu qui dépendent des revenus publicitaires. Matthew Prince craint que cela ne rende l'internet plus petit pour ceux qui ne peuvent pas payer d'abonnements, créant une fracture numérique plus profonde.
Les entreprises d'IA ont besoin de contenu original pour fonctionner. Elles sont prêtes à payer les créateurs, mais un modèle de compensation doit être mis en place à l'échelle de l'industrie. Matthew Prince suggère un modèle inspiré de YouTube ou Netflix, où les entreprises d'IA rémunéreraient les créateurs pour le contenu unique. À terme, les entreprises d'IA pourraient se différencier par la qualité et l'originalité de leur contenu, plutôt que par la simple recherche d'une intelligence artificielle générale (AGI) qui deviendrait une commodité. Il propose de rémunérer les créateurs non pas pour le trafic, mais pour la création de connaissances, en comblant les lacunes dans la "fromage suisse" du savoir humain.
Deux défis majeurs se posent : la division entre ceux qui peuvent payer pour l'information et ceux qui ne le peuvent pas, et le risque de concentration du pouvoir. Un modèle basé sur l'abonnement pourrait exclure les populations du Sud global, tandis qu'un système de paiement à la pièce pourrait favoriser les grandes entreprises déjà riches. Matthew Prince propose un modèle où la contribution au pool de compensation serait proportionnelle aux revenus de l'entreprise, afin de ne pas désavantager les startups.
Cloudflare joue un rôle clé dans la création de cette "scarcité" nécessaire à la valorisation du contenu. L'entreprise a lancé l'initiative "Content Independence Day" en juillet dernier, offrant aux créateurs les outils pour contrôler l'accès de leur contenu aux crawlers IA. Cela ne signifie pas un blocage généralisé, car certains créateurs souhaitent que leur contenu soit accessible aux IA. L'objectif est de donner aux créateurs la liberté de choisir.
La mise en œuvre de ce nouveau modèle nécessiterait des microtransactions à une échelle sans précédent. Matthew Prince estime que 1 à 10 % des 500 millions de requêtes par seconde traitées par Cloudflare pourraient être monétisables, soit 5 à 50 millions de transactions par seconde. Aucune blockchain actuelle ne peut gérer un tel volume. Il appelle l'écosystème crypto à développer des solutions de stablecoin et des infrastructures de paiement capables d'atteindre des échelles deux à trois ordres de grandeur supérieures à ce qui existe aujourd'hui.
En fin de compte, Matthew Prince envisage un avenir où l'internet favorise une explosion de la création de contenu de qualité, rémunérée pour sa valeur intrinsèque et sa contribution au savoir humain. Il rêve d'un monde avec des centaines de milliers d'entreprises d'IA, où chacun peut être un créateur de contenu indépendant et où les entreprises, petites et grandes, peuvent prospérer sur un pied d'égalité. Ce "golden age" de la création de contenu pourrait transformer le paysage médiatique, en valorisant le journalisme local et unique par rapport aux informations génériques.