
J’abandonne le mining de Bitcoin
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Depuis quelques mois, un narratif dominant circule : les mineurs de Bitcoin se tournent massivement vers l'intelligence artificielle (IA) et le calcul haute performance (HPC). Des entreprises comme Bitfarm annoncent ne plus être uniquement des sociétés de minage Bitcoin, et les ventes de BTC par les mineurs cotés ont explosé, en partie pour financer cette transition vers l'IA. Cette tendance suscite des inquiétudes quant à la sécurité du réseau Bitcoin. Cependant, l'analyse révèle une situation plus nuancée.
Sept des dix plus grands mineurs cotés génèrent déjà des revenus issus de l'IA ou du HPC. Selon Bernstein, les mineurs ont contracté environ 6 GW de capacité pour l'IA, représentant 17 accords totalisant plus de 110 milliards de dollars. Ces accords constituent environ 10 % des data centers IA en construction aux États-Unis, indiquant un transfert significatif d'infrastructures énergétiques vers l'IA.
Pour comprendre cette dynamique, il est essentiel de saisir les spécificités de chaque marché. Le minage de Bitcoin fonctionne selon le principe du "dernier survivant", où les revenus disponibles pour tous les mineurs sont dictés par le prix du Bitcoin et la concurrence sur le réseau. La récompense par bloc est majoritairement composée de nouveaux BTC émis, fixés jusqu'au prochain halving, complétée par des frais de transaction. La compétition pousse les mineurs à minimiser leurs coûts, favorisant ceux qui valorisent l'énergie excédentaire ou gratuite.
L'IA et le HPC, quant à eux, sont des secteurs à forte demande énergétique. La construction d'un data center IA, notamment un "Neo Cloud" comme celui développé par Antimatter, coûte environ 20 millions de dollars par MW, tandis qu'un data center "hyper-scaler" atteint 50 millions de dollars par MW. L'approvisionnement en énergie est un facteur critique, nécessitant soit des moyens de production propres (centrales à gaz, piles à combustible), soit un raccordement au réseau électrique, deux processus longs et complexes. La création d'un data center prend au minimum quatre ans, en raison des délais d'obtention de terrains, de permis et de la puissance électrique garantie. L'énergie disponible et garantie, au bon endroit et au bon moment, est le facteur rare, pas l'argent.
La stratégie des grands acteurs du minage consiste à réutiliser leurs infrastructures existantes (foncier, raccordements électriques, transformateurs, refroidissement) pour les reconditionner en infrastructures IA. Des entreprises comme Core Scientific, Hut 8, Marathon Digital Holdings, Riot Platforms, et Bitfarms s'engagent dans cette transformation, passant d'un modèle de production de Bitcoin à un modèle d'opérateur d'infrastructure IA, plus capitalistique et dépendant de clients hyperscale, de GPU et de financement. Cette "métamorphose" attire les investisseurs, car les mineurs se valorisent désormais comme des infrastructures IA, bénéficiant de la hype du moment. Les mineurs engagés dans l'IA ou le HPC sont mieux valorisés que ceux qui restent purement concentrés sur le minage.
Cependant, le gisement énergétique global ne suffira pas à alimenter la croissance exponentielle des data centers demandée par le monde. Le minage de Bitcoin consomme environ 100 à 200 TWh par an, soit à peine 0,5 % de l'électricité mondiale, une fraction minime par rapport aux 1000 TW prévus pour les data centers mondiaux d'ici 2030.
Une approche alternative, celle d'Antimatter, se concentre sur l'inférence IA, qui consiste à répondre aux requêtes des utilisateurs plutôt qu'à l'entraînement de modèles. L'inférence, contrairement à l'entraînement qui exige une puissance garantie ininterrompue, est par nature interruptible. Le minage de Bitcoin, basé sur la preuve de travail, est intrinsèquement modulable, scalable et interruptible. Chaque hash est un ticket de loterie indépendant, permettant l'arrêt et le redémarrage des fermes de minage sans impact sur le réseau. Cette flexibilité rend les mineurs de Bitcoin précieux pour les réseaux électriques, comme l'a démontré l'exemple du Texas après la tempête Uri, où ils ont été intégrés comme une charge flexible pour stabiliser le réseau.
Antimatter, en se spécialisant dans l'inférence et en utilisant des technologies comme Hivnet, reproduit cette flexibilité pour ses data centers IA, éliminant la peur des coupures électriques et facilitant l'acquisition de mégawatts. L'innovation réside dans la gestion des MW disponibles pour déployer rapidement des "Polyclouds" sans délais de plusieurs mois. L'investissement dans le minage Bitcoin est 20 à 30 fois moins cher que pour les Polyclouds et 50 à 75 fois moins cher qu'un grand data center centralisé. Ainsi, lorsque des MW sont disponibles, ils sont utilisés pour le minage Bitcoin, créant un tampon énergétique. Ce tampon permet d'accueillir les Polyclouds vendus dans des délais compétitifs de six mois. Pour une ferme de puissance de 10 MW, le coût de mise en veille pour le minage est inférieur à 10 millions de dollars, offrant une capacité énergétique qui représente 200 millions de dollars d'investissement en Polycloud. La conversion du minage en IA est marginalement coûteuse, car les conteneurs de minage et les Polyclouds peuvent utiliser la même infrastructure de base.
En résumé, le minage Bitcoin sert de tampon pour déployer des infrastructures HPC à haute valeur ajoutée. La diversification vers des contrats IA et HPC stables permet aux mineurs de réduire leur dépendance au prix du Bitcoin et d'être valorisés comme des gardiens de réserves énergétiques. Le pivot de l'IA ne fragilise pas nécessairement Bitcoin ; il peut le rendre plus résilient en limitant les ventes forcées et en soutenant indirectement la sécurité du réseau. L'énergie est le facteur critique qui conditionne la réussite, et la possession de l'énergie et du terrain permet de se réorienter vers d'autres activités, comme l'a fait Antimatter. Les mineurs qui ne possèdent pas leur infrastructure sont plus vulnérables aux augmentations de tarifs ou aux réallocations d'espace vers des activités