
Bilan de mi-année : ce que les marchés nous ont appris depuis janvier
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Bonjour à toutes et à tous, bienvenue à Allo la Martingale. Aujourd'hui, nous recevons Wilfried Galant, directeur général adjoint et responsable de la stratégie chez Monpencier Arbevel, et Camille Micoladja, fondateur de Wall Office, une société de gestion de patrimoine spécialisée dans les clients ayant entre 250 000 et 100 millions d'euros d'actifs financiers.
Nous allons faire un bilan de ce premier semestre 2026, en abordant les marchés, l'allocation de patrimoine et les incertitudes géopolitiques et économiques actuelles.
**Bilan du premier semestre 2026**
Wilfried, comment analysez-vous ce début d'année ?
Wilfried Galant : La grande nouveauté de cette année a été la hausse des taux d'intérêt. Contrairement aux attentes, l'or a baissé suite au choc géopolitique de fin février, tandis que les taux d'intérêt ont fortement augmenté, entraînant une baisse du marché obligataire. Des banques centrales, notamment au Moyen-Orient et en Indonésie, ont vendu de l'or pour défendre leur monnaie ou prendre des profits. Cette remontée du coût de financement de l'économie mondiale via les taux d'intérêt bouleverse les scénarios financiers et macroéconomiques. Si les marchés actions semblaient déconnectés, les marchés obligataires montrant des signes de problèmes, une réconciliation s'opère désormais avec des actions plus nerveuses et des obligations stabilisées.
Camille, quel est votre bilan de ce premier semestre ?
Camille Micoladja : En tant que CGP, nous nous concentrons sur l'allocation patrimoniale à long terme, en sélectionnant les bons supports et gérants. Nous sommes principalement investis sur les grands indices via des ETF. La surprise positive pour nous a été l'embellie des marchés émergents, notamment en Asie (Chine, Inde, Corée du Sud, Taïwan), qui affichent de belles performances avec des croissances et bénéfices solides, et des valorisations plus faibles que les marchés américains. Le risque politique y est moins pris en compte par les investisseurs, ce qui récompense ceux qui s'y sont positionnés. En revanche, la hausse des taux a mis en péril les positions obligataires et pourrait impacter le marché action.
**Focus sur les taux d'intérêt et le dollar**
Wilfried, quand vous parlez de taux, quels indicateurs regardez-vous ?
Wilfried Galant : Je regarde principalement les taux souverains : le Bund allemand pour l'Europe et les T-Bonds américains pour les États-Unis. Nous sommes passés de 3% à 4,5% sur le 10 ans américain, et de 2% à 3% sur le Bund. Ces mouvements, qui peuvent paraître modestes, sont en réalité énormes. Une hausse de 50% sur le Bund, par exemple, a un impact significatif sur la valeur des portefeuilles obligataires. Le marché obligataire est le circuit sanguin de l'économie mondiale ; une crise des taux peut entraîner des effets domino sur le financement global et la valeur du patrimoine. Nous savons que des seuils critiques existent : à 6% sur le 10 ans US, des grandes crises financières se déclenchent (comme en 1929 ou 2008). Dès 4,5%-4,6%, une alerte rouge est déclenchée.
Le dollar est la monnaie mondiale, et acheter du dollar signifie acheter des obligations américaines. Le fait que le dollar se soit bien tenu, jouant son rôle de valeur refuge pendant la guerre en Iran, a été une surprise. Cependant, la hausse des taux reflète une méfiance quant à la capacité du système politique américain à gérer sa dette. Les États-Unis ont un déficit important, et la compétition pour l'épargne fait monter le prix d'équilibre de la dette américaine.
Camille, comment percevez-vous cette situation du dollar et des États-Unis ?
Camille Micoladja : Je distingue l'économie américaine de la monnaie. Nous sommes très positifs sur les États-Unis en raison de la croissance des bénéfices des entreprises, notamment celles du S&P 500. Concernant la devise, certains de nos clients ont subi la baisse du dollar, mais à long terme, les mouvements de devises ont tendance à s'harmoniser. La couverture du risque de change est coûteuse, car elle correspond à l'écart de taux directeurs entre les États-Unis et l'Europe. Je préfère m'exposer directement au dollar pour nos clients ayant des liquidités en euros, car son niveau actuel est relativement correct pour une entrée à long terme.
**Actifs performants et stratégies d'investissement**
Wilfried, quels actifs ont bien performé ce semestre ?
Wilfried Galant : Les marchés américains, en particulier le NASDAQ et la tech, ont très bien fonctionné. Cependant, il faut regarder sous les indices, car il y a eu d'énormes mouvements entre les secteurs. Des secteurs réputés défensifs comme la pharma ou la santé n'ont pas performé. La consommation, y compris le luxe, a également été délaissée. En revanche, l'énergie, les télécoms (infrastructures) et surtout l'IA (infrastructures technologiques) ont explosé, avec des performances multipliées par 5 ou 6 pour certaines valeurs.
Camille, quelle est votre approche face à ces rotations sectorielles ?
Camille Micoladja : Pour la partie action, nous privilégions les grands indices boursiers. Je pense que les cours intègrent déjà une grande partie de l'information. Nous sommes majoritairement exposés aux valeurs américaines, notamment la tech, car ce sont les sociétés qui affichent les meilleures marges et croissances, même si elles sont chères en termes de multiples de valorisation. Le marché valorise cette dynamique.
Nous cherchons à créer de la décorrélation et des performances supplémentaires via la poche alternative, notamment les hedge funds. Ces fonds, qui représentent au maximum 5% des allocations, cherchent à générer de la performance de manière décorélée des marchés côtés, via des mécanismes spéculatifs (parier à la baisse, stratégies long/short, ou événements de marché comme les OPA). C'est une alternative à la poche obligataire dont le rôle d'amortisseur est moins évident aujourd'hui.
**L'immobilier : un actif à risque ?**
Wilfried, que pensez-vous de l'immobilier dans le contexte actuel de hausse des taux ?
Wilfried Galant : L'argent est la matière première de l'immobilier. Si son coût augmente, la rentabilité diminue. Il faut distinguer les différents marchés immobiliers. J'alerte les clients sur le caractère illiquide de l'immobilier. La liquidité est souvent négligée, mais elle est essentielle pour récupérer son argent rapidement à la valeur marquée. L'immobilier, très prisé en France, est un actif réel, mais souvent peu liquide, ce qui peut poser problème en cas de forte hausse des taux. Il faut être précis sur l'objectif et l'horizon de temps de cet investissement.
Camille, vos clients sont-ils très exposés à l'immobilier ?
Camille Micoladja : Cela dépend des profils, mais il y a une forte appétence française pour la pierre, même si cela tend à changer avec les nouvelles générations. Il faut distinguer l'immobilier "plaisir" de l'investissement pur. Si l'on évalue l'immobilier sur des critères purement économiques, les rendements bruts sont faibles (environ 5%), la pression fiscale est insupportable (l'actif le plus taxé), et c'est très consommateur en temps.
Je pense que les prix immobiliers n'ont pas assez convergé avec la hausse des taux. Cependant, la demande structurelle pour le logement résidentiel maintient les prix. Sur l'immobilier professionnel, des corrections importantes ont eu lieu, notamment sur les bureaux. Pour une poche immobilière de 10-15% du patrimoine, un investissement dans des fonds d'investissement professionnel sur l'immobilier professionnel pourrait être un point d'entrée intéressant, à condition d'assumer l'illiquidité et la sensibilité aux taux.
**L'IPO de SpaceX et le Private Equity**
Nous sommes à quelques jours de l'introduction en bourse de SpaceX. Wilfried, qu'en pensez-vous ?
Wilfried Galant : Tout a été orchestré autour de cette IPO pour attirer un maximum de clients particuliers, avec des valorisations extraordinairement élevées. Des règles ont été contournées, notamment l'intégration au NASDAQ seulement 10 jours après l'introduction, obligeant les gestions passives à l'acheter. De plus, Elon Musk détiendra 14% du capital mais 80% des droits de vote. Aller en bourse signifie respecter les règles du public. Je conseille de laisser la poussière retomber et d'attendre quelques mois avant de se positionner.
Camille, avez-vous des clients déjà exposés à SpaceX via le private equity ?
Camille Micoladja : Je suis d'accord. Le marketing outrancier pour le marché retail n'est jamais bon. Pour se positionner sur SpaceX, il faut attendre quelques mois que l'emballement médiatique passe et que la valeur rejoigne naturellement les indices. Certains de nos clients sont déjà exposés via des fonds de private equity américains qui ont pris des participations lors de tours de levée précédents. Ces fonds ont un prix moyen d'entrée bien inférieur à la valorisation actuelle ou prévue pour l'IPO. Il est crucial de ne pas sur-exposer son portefeuille à une seule valeur, même si elle est prometteuse.
**Thématiques d'investissement pour l'avenir**
Wilfried, quelles thématiques porteuses identifiez-vous pour les mois à venir, notamment en Europe ?
Wilfried Galant : Beaucoup de choses sont déjà dans les cours, comme la défense ou les infrastructures numériques. La thématique de la consommation, y compris le luxe, commence à revenir avec de meilleurs chiffres en Chine. Il faut commencer à regarder les small et mid caps européennes, où la progression des profits est en train de se redresser. Le secteur du logiciel, qui a beaucoup souffert, pourrait également rebondir.
Camille, voyez-vous des opportunités en Europe ?
Camille Micoladja : Je ne crois pas aux ravages que l'IA pourrait avoir sur les éditeurs de logiciels. Les enjeux de sécurité et de fiabilité sont cruciaux. Il faut rester investi ou se positionner sur ces valeurs. L'Europe est aussi un terrain favorable aux valeurs d'infrastructure, notamment autour de l'IA et des data centers, avec un enjeu de souveraineté des données. On peut y investir directement via les marchés privés. En Europe, le vivier tech est moins important qu'aux États-Unis, mais il y a des pépites à trouver dans les small et mid caps.
**Questions en rafale**
Un ETF MSCI World est-il un outil de diversification ou un pari US tech déguisé ?
Wilfried Galant : C'est un pari US tech déguisé, 70% US et 40% tech.
Les hedge funds sont-ils utiles ou trop complexes pour un patrimoine privé ?
Camille Micoladja : Utiles, oui, ils peuvent avoir une place de 5 à 10% dans une allocation. Complexes, oui, mais peuvent être expliqués simplement.
Faut-il encore acheter de la tech ?
Camille Micoladja : Oui, toujours. C'est là où les marges sont les plus confortables et la progression des profits est à deux chiffres.
Le cash est-il prudent ou risqué avec l'inflation ?
Wilfried Galant : Le cash est toujours prudent, au moins 5% d'un patrimoine liquide. C'est l'actif qui protège par excellence. Je ne crois pas à un scénario d'inflation très forte.
Quel actif suivrez-vous absolument à partir du 1er juillet ?
Wilfried Galant : Les taux d'intérêt. Je pense que le niveau actuel est un niveau d'achat obligataire. Je ne pense pas à une remontée très forte des taux.
L'actif à éviter dans les prochains mois ?
Camille Micoladja : Les actifs très spéculatifs, comme les matières premières