![[MASTERCLASS 2] CSRD/VSME : leviers de croissance et d'innovation pour les PME](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fimg.youtube.com%2Fvi%2FPJaE8BBZ4bg%2Fhqdefault.jpg&w=1080&q=75)
[MASTERCLASS 2] CSRD/VSME : leviers de croissance et d'innovation pour les PME
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Bonjour à tous et bienvenue à cette masterclass dédiée à la CSRD et à la VSME comme leviers de croissance et d'innovation pour les PME. Anor Le Cosel, manager RSE et transformation, et Julien Couvrechef, référent industriel et spécialiste PME/ETI chez Corpo Karma, vous présentent leur cabinet, une entreprise à mission de six ans d'existence, basée à Lyon et composée d'une vingtaine de consultants issus de divers métiers. Corpo Karma se concentre sur trois grandes thématiques : le projet d'entreprise et sa valorisation (RSE), les stratégies environnementales et d'impact (bilans carbone, stratégies climats), et l'écoconception (analyse de cycle de vie pour transformer les offres de produits, procédés et services).
Le cadre réglementaire actuel est crucial pour les PME. La CSRD impose une obligation de divulgation pour les grandes entreprises (plus de 1000 collaborateurs et 450 millions de chiffre d'affaires) à partir de 2025 pour la première vague, et 2028 pour les nouvelles entités concernées. Bien que les PME soient loin de ces seuils, elles sont indirectement impactées par la CSRD via la chaîne de valeur. Les grands groupes peuvent exiger de leurs fournisseurs PME des informations limitées aux indicateurs du référentiel VSME (module basique). Au-delà, les demandes viseront à renforcer la robustesse de la chaîne de valeur du grand groupe.
Le Green Deal européen est à l'origine de la CSRD, visant une économie robuste et décarbonée d'ici 2050. La SFDR a d'abord ciblé les gestionnaires d'actifs pour orienter les capitaux, puis la CSRD a été introduite pour fournir des rapports extra-financiers comparables, permettant d'évaluer la performance ESG des entreprises. Au-delà de la contrainte réglementaire, la question centrale est la capacité des chaînes de valeur et des organisations à faire face aux évolutions futures, quel que soit le secteur d'activité.
D'autres réglementations impactent directement les PME :
- La loi AGEC, avec une clause environnementale applicable aux marchés publics dès août, exige l'évaluation des offres selon des critères environnementaux.
- La REP sur les emballages professionnels.
- Les normes ISO 9001 et 14001, qui intègrent la gestion de la durabilité et du risque climatique à partir d'octobre. Les entreprises certifiées auront trois ans pour s'aligner.
- La CBAM (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières), en vigueur depuis janvier, est une taxe carbone aux frontières. Des marchandises ont déjà été bloquées en douane faute de déclarations conformes. Il est impératif de travailler avec les fournisseurs pour déclarer l'empreinte environnementale des produits importés et réduire ainsi la taxe.
- La CSRD version UK et d'autres pays ont également été mises en œuvre.
- Le 15ème plan quinquennal chinois impose des obligations environnementales aux entreprises sur le territoire chinois, avec des risques de fermeture en cas de non-conformité. Cela signifie que les fournisseurs asiatiques devront également se conformer, réduisant l'avantage concurrentiel lié au prix.
L'inaction face à ces enjeux est coûteuse. La Cour des comptes estime une perte potentielle de 15 points de PIB d'ici 2050 en cas d'inaction, contre 1,2 point pour les coûts de transition écologique. La Banque de France prévoit une perte de 11,4 points de PIB pour la France. À l'inverse, l'action génère des bénéfices. Une étude récente du mouvement Impact France sur 300 entreprises montre que les entreprises engagées ont une croissance du chiffre d'affaires de +8 points et de l'EBITDA de +2 points. Cette performance est logique car elle répond aux attentes croissantes des parties prenantes.
L'outil de la double matérialité, issu de la CSRD, est essentiel pour les PME. Il permet de se poser deux questions :
1. Quels sont mes impacts sur l'environnement et le social (matérialité d'impact) ?
2. Comment l'environnement et le social impactent financièrement mon activité (matérialité financière) ?
Cet exercice revient à un SWOT ESG, identifiant forces, faiblesses, opportunités et menaces. Il permet d'anticiper les risques financiers à court, moyen et long terme.
Quelques exemples concrets :
- Une entreprise de plomberie lyonnaise, confrontée à un fort turnover et des coûts de mobilité élevés, a relocalisé ses bureaux en centre-ville, proposant des logements à ses employés et des vélos cargo pour les interventions. Cela a réduit le turnover, les charges et augmenté la productivité (une à deux interventions supplémentaires par jour).
- Une entreprise du bâtiment a amélioré la gestion de ses déchets sur les chantiers en impliquant ses sous-traitants dans le tri, réduisant ainsi ses coûts.
- Une usine de packaging a renforcé sa politique sociale pour réduire un absentéisme coûteux (plusieurs millions d'euros), sécurisant ainsi sa production.
- Une entreprise de loisirs a investi dans sa politique sociale (logements, cooptation) pour fidéliser son personnel non permanent, divisant par deux son turnover et limitant les coûts d'intérim.
Les opportunités sont multiples :
- **Financement :** Les banques intègrent de plus en plus les critères ESG. Les entreprises engagées peuvent bénéficier de meilleures conditions de financement ou d'un accès facilité aux crédits, notamment pour des montants importants. Les comités de crédit peuvent rejeter des dossiers de secteurs ou d'entreprises jugés insuffisamment matures sur les enjeux ESG.
- **Innovation :** 85% des demandes de financement public sont liées à une mesure d'impact. Anticiper cette mesure est crucial pour obtenir des financements pour l'agrandissement de sites, l'acquisition de bâtiments ou la mise aux normes de flottes.
- **Risque climatique :** 80% des entreprises ont subi des perturbations liées au climat ces cinq dernières années, impactant revenus, coûts d'infrastructure, production et coûts assurantiels. Les PME, avec leurs problématiques de trésorerie, sont particulièrement vulnérables. Des actions simples, comme surélever les stocks, peuvent limiter les dommages. Des exemples concrets montrent des fermetures d'usines dues à des températures excessives ou des destructions de sites par la grêle, entraînant des pertes financières importantes et des pénalités.
- **Sécurisation du marché :** Les entreprises peuvent sécuriser leur chiffre d'affaires, leurs actifs et atténuer les risques réglementaires et réputationnels en s'engageant. Par exemple, la maîtrise de l'énergie (photovoltaïque) a permis à des acteurs de la plasturgie de ne pas travailler à perte face à l'explosion des coûts énergétiques.
- **Opportunités commerciales :** Des donneurs d'ordre, publics ou privés (ex: JO 2024, marchés publics), exigent des référentiels ou labellisations ESG. Anticiper ces demandes permet de sécuriser des marchés.
- **Valorisation de la société :** Lors d'opérations de croissance externe ou de transmission, la maturité ESG d'une entreprise est un critère de valorisation. Une entreprise engagée peut voir son multiplicateur d'EBITDA augmenter, tandis qu'une entreprise attentiste peut le voir diminuer. C'est similaire au DPE pour l'immobilier : un bon DPE rend le bien plus attractif.
- **Relation avec les grands groupes :** Les grands groupes interrogent les PME sur leurs impacts ESG pour sécuriser leur propre chaîne de valeur, leur continuité d'activité et leur conformité. Vos risques sont les leurs, et vos impacts sont les leurs. Pour décarboner, ils ont besoin de leurs fournisseurs et sous-traitants. Les grands groupes valorisent les engagements des petites structures qui représentent leurs marchés futurs.
- **Écoconception :** L'écoconception est un critère majeur pour les acheteurs B2B, car elle témoigne de la capacité de l'entreprise à innover et à se projeter dans l'avenir. Elle permet d'optimiser l'impact environnemental des produits à toutes les étapes du cycle de vie, tout en considérant l'impact business, la résilience, l'élasticité au prix et la satisfaction client. Elle peut générer des gains mutuels (environnementaux et financiers) et motiver les équipes.
En résumé, les PME doivent se poser les questions suivantes :
- **Analyse de double matérialité (SWOT ESG) :** Identifier les risques et opportunités financières liés à l'environnement et au social.
- **Attentes des parties prenantes :** Comprendre les demandes des clients, financeurs et donneurs d'ordre, ainsi que les réglementations qui leur incombent (notamment le Scope 3 de la CSRD).
- **Vulnérabilités :** Identifier les faiblesses internes et les risques dans la chaîne de valeur (dépendance vis-à-vis des fournisseurs).
- **Réglementations applicables :** Anticiper les évolutions pour garder une longueur d'avance.
- **Écoconception :** Intégrer cette démarche pour innover, optimiser les produits/services et créer des dynamiques positives en interne.
La VSME, bien que volontaire, est un référentiel intéressant pour les PME souhaitant mettre en place un système de reporting. Elle est basée sur des données classiques (consommations d'énergie, eau, déchets, collaborateurs, incidents éthiques) et permet de consolider et piloter des informations souvent déjà existantes. La difficulté réside principalement dans la mise en place d'un tableau de bord et le suivi régulier.
La gouvernance est essentielle pour impulser ces changements. Les analyses de double matérialité, en mettant en évidence l'impact financier, sont des outils pertinents pour convaincre les comex. Il s'agit de parler le même langage que les dirigeants, en traduisant les enjeux RSE en termes de business. La conduite du changement implique de créer l'urgence, de sensibiliser et d'adapter le discours aux attentes de chaque partie prenante. Le choix des messages et leur formulation sont cruciaux pour engager l'entreprise dans cette voie.