
C'est quoi le capitalisme ? Ca vient d'où ? Il y avait quoi avant ?
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Le travail de l'orateur est financé par les dons de ses auditeurs. Il aborde la question de la pauvreté d'Aladin, personnage du dessin animé, et se demande pourquoi Aladin n'a pas de travail. Cette question l'amène à réfléchir sur le capitalisme et son apparition. Il situe l'époque d'Aladin autour du 10ème siècle, une période où en Europe régnait le féodalisme, et où Aladin vivait probablement dans l'actuel Irak sous un régime impérial. Le capitalisme, selon lui, est apparu après le Moyen-Âge.
En s'appuyant sur la bande dessinée "Les Piliers de la Terre", qui se déroule au Moyen-Âge en Angleterre, il décrit la précarité de l'artisanat. Un maçon, par exemple, perd ses revenus et se retrouve à la rue avec sa famille s'il perd son emploi. Cette situation, similaire à celle d'Aladin, rappelle la dépendance à l'argent pour survivre, une caractéristique qui semble exister depuis toujours. Cependant, le déclenchement du capitalisme réside dans la dépendance de **toute la population** au marché pour sa survie.
Avant le capitalisme, les gens vivaient autrement. Dans un village, la production était mise en commun. Les tâches étaient réparties selon des coutumes, et la production partagée répondait aux besoins de chacun. L'économie du village ne dépendait pas du marché ; les villageois ne s'achetaient rien entre eux. Pour survivre, il fallait participer à la vie du village, sans quoi on était exclu et on perdait l'accès aux biens produits collectivement. L'activité ne rapportait pas d'argent, mais le droit à une part de la production collective. La répartition n'était pas forcément équitable et dépendait de divers facteurs : disponibilité des biens, force de travail, genre, et rang social. L'accès aux biens n'était pas basé sur l'argent, mais sur le rang hérité de la naissance, limitant la progression sociale.
Le capitalisme se caractérise par la généralisation de la dépendance au marché. Tout s'achète : logement, nourriture, vêtements, soins. L'argent devient indispensable pour vivre. Dans une société capitaliste, le cercle de la société est entièrement inscrit dans le carré du marché. Même au sein d'une famille, où les enfants n'achètent pas nourriture ou logement à leurs parents, la survie du ménage dépend de ressources financières, donc de l'accès au marché.
L'orateur explique pourquoi Aladin ne vivait pas dans le capitalisme, malgré la nécessité d'acheter de nombreuses choses à Bagdad. Les villes, contrairement aux villages ruraux qui pratiquent l'autoconsommation, ne produisent pas ce qu'elles consomment. Leur approvisionnement dépend des marchands qui achètent aux campagnes. Les villages pouvaient produire un surplus, utilisé pour payer les taxes seigneuriales ou impériales, et vendu aux marchands. Ce surplus permettait d'avoir de l'argent pour payer certaines taxes ou embaucher de la main-d'œuvre extérieure pour des besoins spécifiques, comme une récolte. Ainsi, même dans un système où la mise en commun est prédominante, le marché peut exister en parallèle.
Il existe différentes théories sur l'apparition du capitalisme. La théorie de Wood et Brenner situe son émergence dans l'Angleterre du 16ème siècle, marquée par une rupture historique nette. Leur critère principal est la généralisation du marché. Fernand Braudel, quant à lui, propose une vision plus graduelle, où les logiques capitalistes se sont renforcées avec la puissance des marchands, depuis les cités marchandes italiennes de la Renaissance jusqu'à Amsterdam, puis Londres avec la révolution industrielle. Pour Braudel, le capitalisme naît "par le haut", des élites marchandes et banquières.
Cependant, l'orateur privilégie l'explication de Wood, plus subtile. Pour elle, le capitalisme n'est pas seulement la généralisation de la logique du profit, mais une "contrainte du profit" issue d'évolutions institutionnelles précises. Les cités marchandes, bien que commerciales, n'ont pas rendu les campagnes dépendantes du marché. Pour Wood, le capitalisme commence quand les campagnes cessent de mettre en commun leur production.
Cette transition dans les campagnes s'explique par un changement dans la nature de la domination. Avant le capitalisme, la classe dominante (seigneurs, aristocrates) exerce sa domination par la coercition politique : lois, croyances religieuses, corvées, esclavage, armée. Leur richesse ne dépend pas principalement de l'argent, mais de leur autorité directe. Avec le temps, en Angleterre, les seigneurs ont progressivement renoncé à leur contrôle politique direct au profit d'un pouvoir économique basé sur la propriété privée. N'ayant plus la capacité de commander directement le travail des paysans, ils ont dû recourir à l'argent pour asseoir leur domination.
Pour que l'argent devienne un outil de domination suffisant, il fallait qu'il devienne une nécessité pour tous. Les paysans, qui vivaient de la production collective, n'avaient pas forcément besoin d'argent. Les seigneurs anglais ont donc cherché à rendre le marché omniprésent en mettant fin à la mise en commun de la production dans les campagnes. Ceci fut réalisé notamment par les "enclosures", qui ont clôturé les terres (communales ou non), interdisant l'accès libre et forçant les paysans à dépendre du marché pour leur subsistance. Les enclosures permettaient également aux seigneurs d'augmenter leurs surplus financiers, par exemple grâce à la vente de laine. Parallèlement, l'obtention du droit d'expulsion en cas de non-paiement de loyer a rendu les paysans encore plus vulnérables. La propriété privée de la terre est devenue exclusive, ne donnant plus accès aux terres sans payer un loyer. Les seigneurs, propriétaires de la terre, ont ainsi maintenu leur domination en contrôlant l'accès à la ressource essentielle.
Ce phénomène ne s'est pas reproduit de la même manière en France ou ailleurs, car les seigneurs y ont conservé leur pouvoir politique direct. L'histoire anglaise, marquée par des événements comme la conquête normande et le développement d'une common law, a favorisé la concentration du pouvoir entre les mains de la couronne et une redéfinition de la propriété privée, la rendant plus exclusive. Les seigneurs anglais ont ainsi "trébuché" sur le capitalisme en cherchant à renforcer leur pouvoir économique par la propriété.
La domination par le marché, indirecte et risquée, impose une contrainte financière constante. Les dépenses doivent être supérieures aux revenus, créant une anxiété permanente. Cette peur de l'échec économique a conduit à une recherche de gains de productivité et à une amélioration constante des rendements, non par désir, mais par nécessité de survivre et de maintenir son statut. La concurrence généralisée pousse à l'innovation et à l'efficacité. Avant le capitalisme, l'innovation était risquée car elle pouvait perturber l'ordre social et attirer l'attention du seigneur augmentant les taxes. Le capitalisme, en revanche, impose une course sans fin : produire plus, vendre, réinvestir les profits pour produire encore plus. C'est la logique du profit réinvesti, une course à la croissance.
Cette peur constante de perdre son accès au marché et donc son statut ou sa vie a généré un stress économique permanent. L'augmentation des rendements agricoles a entraîné un surplus de main-d'œuvre dans les campagnes, qui s'est dirigée vers les villes, alimentant la révolution industrielle. Le modèle anglais, basé sur la peur de l'exclusion du marché, a été adopté par d'autres pays européens, souvent aidés par des facteurs comme la disponibilité du charbon et des colonies, qui ont permis la révolution industrielle. Le capitalisme s'est ainsi mondialisé, restant la norme.
L'orateur aborde ensuite le concept de "techno-féodalisme", suggérant que les géants de la tech (Google, Amazon, etc.) se comportent moins comme des entreprises capitalistes et plus comme des seigneurs féodaux. Ils ne craignent plus la concurrence car ils dominent leurs marchés. Leur quête de profit ne vise plus la croissance par l'innovation, mais l'augmentation de leur pouvoir en "extrayant" de la richesse (rente) plutôt qu'en créant de la nouvelle richesse (profit). Ces entreprises, dirigées par des individus qui cherchent aussi le pouvoir, imposent leur vision du monde, ce qui peut s'apparenter à des tendances autoritaires et fascistes, rejetant les principes démocratiques.
En résumé, Aladin ne vivait pas dans le capitalisme. Le capitalisme, selon la thèse de Wood, est né en Angleterre au 16ème siècle, caractérisé par la généralisation du marché et la dépendance de toute la population à celui-ci. Avant, la vie rurale reposait sur la mise en commun et l'accès aux terres. Les seigneurs anglais, en cherchant à renforcer leur domination économique, ont rendu les campagnes dépendantes du marché par la restriction de l'accès aux terres et la propriété privée exclusive. Cette dépendance a engendré une peur permanente de l'échec économique, stimulant l'innovation, la productivité et la croissance économique. Ce modèle s'est ensuite propagé mondialement. Le techno-féodalisme décrit un possible glissement vers un système où les géants de la tech, par leur domination, agissent comme des seigneurs, recherchant le pouvoir et la rente plutôt que le profit par l'innovation, avec des implications politiques potentiellement dangereuses.