
Comment Go Sport, le champion français du sport, a été sacrifié
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Le 19 janvier 2023, Sophie, responsable de magasin Go Sport à Grenoble depuis 12 ans, découvre la notification de redressement judiciaire qui bouleverse sa vie. Go Sport, né à Grenoble en 1979, est passé du statut de petite boutique alpine au deuxième réseau sportif français, résistant 40 ans à Decathlon et Amazon avant d'être finalement détruit par l'homme qui avait promis de la sauver.
L'histoire de Go Sport commence avec les frères Léon et Lucien Audier qui, inspirés par l'héritage olympique de Grenoble, créent l'enseigne. Malgré l'arrivée de Decathlon trois ans plus tôt, Go Sport prospère en développant ses propres marques pour offrir un bon rapport qualité-prix. En 1983, le groupe grenoblois Gentil Catiar rachète l'enseigne, accélérant sa croissance. En 1987, l'acquisition de Spartiate, Fnac Sport et Sport Sud porte Go Sport à 54 magasins, en faisant le premier réseau de distribution sportive en France. La Coupe du monde 1998, organisée en France, est une aubaine, avec 85 magasins, plus de 3000 salariés et 380 millions d'euros de chiffre d'affaires.
En 1990, le groupe Rally rachète Gentil Catiar et Go Sport s'internationalise, atteignant 500 magasins dans 20 pays au début des années 2000. Cependant, une décision prise par Decathlon à cette époque va changer le marché sportif français. Decathlon, contrairement à Go Sport qui vend des marques comme Nike et Adidas, développe ses propres marques, contrôlant toute sa chaîne de valeur et offrant des prix deux à trois fois inférieurs. Cette stratégie permet à Decathlon de capter les marges et de baisser ses prix, laissant Go Sport coincé.
Face à la concurrence de Decathlon et Amazon, ainsi qu'à l'attaque des marques en ligne, Go Sport tente de réagir avec des concepts plus petits et le e-commerce, mais c'est trop peu et trop tard. Après un pic de chiffre d'affaires à 424 millions d'euros en 2016, les marges s'effritent. En 2019, le groupe Rally, surendetté, est contraint de vendre Go Sport.
C'est alors que Michel Ohayon entre en scène. En 2021, ce milliardaire rachète Go Sport pour 1 euro symbolique, promettant d'investir et de sauver les emplois, une promesse à laquelle Sophie croit. Cependant, Ohayon avait déjà appliqué la même méthode avec Camaïeu en 2020. Il avait racheté l'enseigne pour 2 euros, promis des investissements massifs, avant de la liquider deux ans plus tard, entraînant la perte de 2600 emplois.
Les enquêteurs découvriront plus tard qu'Ohayon faisait circuler l'argent entre ses enseignes. Il puisait dans la trésorerie de Go Sport pour payer les salariés de Camaïeu et a fait payer 36 millions d'euros à Go Sport pour financer l'acquisition de Gap France, deux mois avant que Go Sport ne soit en cessation de paiement. De plus, 55 millions d'euros de prêts garantis par l'État, destinés à sauver des emplois, ont disparu dans ses autres "paris perdants".
Le 19 janvier 2023, Sophie reçoit la notification de redressement judiciaire pour Go Sport. Gap France suit quelques semaines plus tard. En avril 2025, Michel Ohayon est mis en examen pour banqueroute, abus de biens sociaux, escroquerie en bande organisée et blanchiment aggravé.
Le 28 avril 2023, Intersport reprend Go Sport pour 35 millions d'euros, sauvegardant 90 % des 1631 emplois. Sophie garde son poste, mais le logo Go Sport disparaîtra. L'enseigne, construite depuis 1979, s'efface.
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