
Unlocking Persistent Motivation & Extreme Resilience | Ross Edgley
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Andrew Huberman reçoit Ross Edgley, un athlète d'ultra-endurance britannique, pour discuter des circuits cérébraux et de la psychologie qui permettent aux humains de développer leur motivation pour accomplir des tâches difficiles. Ross est connu pour avoir nagé autour de la Grande-Bretagne (près de 3 200 km en 157 jours), parcouru 510 km du fleuve Yukon sans escale en 56 heures, couru un marathon en tirant une voiture, et fait 30 marathons en 30 jours. Leur conversation vise à développer un nouveau modèle de motivation pour les défis ardus, incluant diverses sources de motivation : prouver que les autres ont tort, célébrer la vie par amour ou par colère, honorer ceux qui ne peuvent pas, et lutter contre la stagnation mentale.
Ross Edgley est non seulement un athlète accompli, mais aussi une personne d'une curiosité intellectuelle remarquable, cherchant à comprendre les mécanismes neuronaux et psychologiques sous-jacents à la motivation. Il a récemment publié un livre intitulé "How to Hero: Find Strength, Forge Resilience, and Fulfill Your Purpose".
Ross se décrit comme ayant été "câblé bizarrement" dès l'âge de 10 ans. Il ressentait un besoin constant de défis supplémentaires, allant jusqu'à mettre des roches dans son sac à dos lors de randonnées familiales pour rendre l'expérience plus difficile. Cette motivation intrinsèque, où le processus était sa propre récompense, a persisté. Pour lui, une idée de nage est bonne si les gens la jugent "impossible" ou "absurde", comme nager autour de la Grande-Bretagne ou de l'Islande.
Initialement, sa motivation était souvent liée à l'ego, à la recherche d'accomplissement, de prestige et de reconnaissance, comme lors de sa nage autour de la Grande-Bretagne à 32 ans. Il s'inspirait de figures comme le Capitaine Webb, le premier à traverser la Manche en 1875, motivé uniquement par l'exploration de l'endurance humaine. Cependant, cette motivation s'est avérée "superficielle". Plus tard, la nage autour de l'Islande, à 40 ans, a pris un sens plus profond en s'associant à l'Université d'Islande pour la conservation des océans et la collecte d'échantillons d'ADN environnemental. Cette raison, plus altruiste, lui a semblé "meilleure".
Ross a toujours été extrêmement compétitif. Il raconte qu'à 13 ans, après avoir terminé deuxième à une course de cross-country scolaire, il était furieux et a refusé sa médaille, déclarant que "la deuxième place est le premier perdant". Son père l'a laissé courir 16 km jusqu'à la maison pour qu'il se calme et réalise par lui-même son excès de réaction.
Il utilise une analogie avec le cortex cingulaire antérieur moyen (CCAM), une région cérébrale impliquée dans la ténacité et la volonté. Il imagine le CCAM comme une balance entre "douleur" et "but". Si la douleur est intense (par exemple, la langue qui tombe lors d'une nage en Arctique), le but doit être d'autant plus grand pour faire pencher la balance. Il mentionne l'idée du "moi de l'ombre" de Carl Jung : une partie de la psyché, souvent agressive ou hyper-compétitive, qui peut être une source d'énergie utile si elle est maîtrisée. Lors de sa nage autour de l'Islande, face aux doutes des médias et du public, son côté hyper-compétitif de 10 ans est ressorti, le poussant à continuer "simplement parce que les gens pensent que je ne peux pas le faire".
Andrew Huberman explique que le CCAM s'agrandit et s'active davantage chez les personnes qui accomplissent des tâches difficiles. Il reçoit des informations de nombreuses régions cérébrales (amygdale, centres de mémoire, système de récompense dopaminergique). Bien que nous ne comprenions pas encore toutes ses fonctions, il est clair qu'il joue un rôle crucial dans la persévérance.
Huberman propose un modèle de motivation sous forme de "rayons sur une roue", où chaque rayon représente une source de motivation différente. Tant qu'aucun côté ne touche le sol trop longtemps, la personne persiste. Il invite Ross à partager des exemples pour chaque rayon.
1. **Parce que j'ai dit que je le ferais :** Ross mentionne la nage autour de l'Islande et la Grande-Bretagne. Il avait promis aux sponsors et à son frère, qui lui a rappelé que "ça ne compterait pour rien si tu ne finis pas". L'estime de soi est également un facteur clé : savoir qu'il aurait pu finir s'il avait abandonné.
2. **Ne pas décevoir les autres (peur de la honte) :** L'Islande est l'exemple le plus frappant. À 160 km de l'arrivée, avec la naissance de son premier enfant prévue dans une semaine, une tempête approchant, un volcan en éruption et des icebergs, l'équipe voulait faire une pause de deux semaines. Ross a refusé, motivé par la peur de décevoir sa petite amie et de ne pas être là pour la naissance de son fils. Il a accéléré et parcouru les 160 derniers kilomètres, alimenté par cette motivation.
3. **Faire quelque chose parce que les autres ont dit que je ne pouvais pas :** C'était une motivation majeure lors de sa nage autour de la Grande-Bretagne, car de nombreuses personnes doutaient de ses capacités. Cependant, cette source de motivation a diminué à mesure qu'il accomplissait des exploits, car les gens ont cessé de douter de lui.
Ross souligne l'importance d'une équipe de soutien lors de ces expéditions. Il parle au "nous" car il dépend de l'équipe pour des décisions cruciales comme la lecture des marées. Il a subi de nombreuses blessures : hypothermie, rhabdomyolyse, cellulite (une infection cutanée potentiellement fatale contractée dans le Loch Ness). Ces expériences ont recalibré sa perception de la douleur.
Huberman interroge Ross sur la gestion de son énergie et la possibilité d'externaliser le "bon sens" lorsqu'il est poussé à l'extrême. Ross admet qu'il a un "défaut de personnalité" qui le pousse à nager jusqu'à l'épuisement total, au point de finir à l'hôpital. En tant que père, il a appris à déléguer à son équipe la décision de l'arrêter pour sa propre sécurité.
La question de l'addiction aux défis extrêmes est soulevée. Ross reconnaît son besoin de "but". Sans objectif de nage ou d'entraînement, sa petite amie le décrit comme un "animal en cage". Il a besoin de cette quête de sens, citant Viktor Frankl et Jordan Peterson.
Concernant les perceptions du danger, Ross raconte des rencontres avec des ours bruns au Yukon. Alors que les ours noirs sont craintifs, les ours bruns le fixaient, le considérant comme une proie potentielle. C'est l'équipe de soutien qui, avec une arme puissante, lui a donné l'assurance nécessaire pour continuer à nager. Huberman partage une expérience similaire avec des requins blancs, où la perception du danger par les humains peut être trompeuse. Les animaux, eux, détectent la faiblesse.
Ross partage une anecdote fascinante sur le mythe des "Gardiens de l'Islande" et l'influence des histoires sur sa motivation. Il se demande si le cortex préfrontal dorsolatéral, impliqué dans la stratégie, utilise ces récits pour maintenir la persévérance. Huberman mentionne des études sur la persistance chez les souris (le "tube test") où l'activité d'une région du cortex préfrontal peut déterminer la victoire ou la défaite, indépendamment des facteurs physiques. Ce circuit est impliqué dans la définition consciente de stratégies, qu'elles soient motivées par la colère, l'amour, le désir de rentrer chez soi, ou la survie.
Ross évoque également la "douleur" et la "frustration" comme des sources de motivation puissantes. Il fait référence à une étude où les patients auto-stimulaient le plus une zone du cerveau associée à une légère frustration et colère, la trouvant incroyablement motivante. Il relie cela à l'anthropologie humaine, où l'auto-discipline pour l'auto-découverte est présente dans de nombreuses cultures (moines Yamabushi, Aborigènes, tribus Masaï).
Il partage une expérience avec la tribu Jamanau en Amazonie, où il a participé à des rituels intenses impliquant l'Ayahuasca, la morsure de la langue d'un serpent vivant, et l'exposition aux piqûres de fourmis de feu et de frelons, le tout en silence. Ces épreuves ont conduit à un sentiment "cathartique" et de "bien-être" une fois terminées.
La notion de "mise" est abordée. Lorsque les enjeux sont trop élevés, le cortex moteur peut recruter trop de circuits, entraînant une performance altérée. Pour Ross, dans les épreuves d'ultra-endurance, les enjeux initiaux sont moins importants car il sait que la course sera longue. Cependant, il y a des moments où il doit consciemment "réduire les enjeux" dans sa tête et nager simplement pour le plaisir, pour éviter que la pression n'affecte sa technique.
Les rythmes circadiens affectent grandement sa motivation. Le manque de sommeil réparateur, notamment lors de nages de 24 heures en Islande, rendait son cerveau moins fiable. Il a appris à ne pas faire confiance à ses pensées négatives entre 2h et 5h du matin, une période où les neurotransmetteurs comme la sérotonine et la dopamine sont bas.
Le stoïcisme (Marc Aurèle, Sénèque) est une philosophie qui l'aide à gérer les moments difficiles, en se concentrant sur ce qu'il peut contrôler et en acceptant l'incontrôlable. Il révèle que sa langue a commencé à se détacher et à tomber en morceaux pendant sa nage en eau salée prolongée, mais l'huile de coco a aidé à la faire repousser.
Huberman interroge Ross sur les tâches triviales du quotidien. Ross admet être très désordonné et n'avoir de motivation que pour les "grands objectifs". Il plaisante en disant que sa petite amie pourrait le motiver à sortir les poubelles s'il y avait un record à battre.
Ross s'inspire également des "Berserkers" et des "guerriers-loups" de la mythologie nordique, qui entraient dans un état de frénésie au combat, devenant "insensibles à la douleur et à la peur". Dans les moments les plus difficiles, il "cesse de penser comme un nageur" et "devient une bête" pour surmonter la douleur.
Il partage une anecdote sur la tribu Kurigen du Kenya, connue pour produire des coureurs de marathon d'élite. Leur secret, selon un membre de la tribu, est leur tolérance à la douleur, entraînée par un rite de passage où les jeunes garçons subissent une circoncision publique sans sourciller.
En termes d'entraînement physique, Ross est fortement musclé pour un nageur d'endurance. Il explique que pour des ultra-marathons comme les siens, la force musculaire et la robustesse des tissus conjonctifs (ligaments, tendons) sont plus importantes que la technique de nage parfaite. Il s'entraîne 5 jours par semaine, se concentrant sur la force pure (1 à 4 répétitions), inspiré par des athlètes comme Cam McEvoy (recordman du monde du 50 m nage libre) et Eddie Hall (ancien homme le plus fort du monde). L'objectif est d'augmenter la "réserve de force", de sorte que chaque coup de bras représente un pourcentage plus faible de sa capacité maximale.
La conversation se tourne vers l'importance de l'affiliation et de la gratitude. Ross explique que nager "pour ceux qui ne peuvent pas"