
Comment ce deal a failli faire disparaître la Ligue 1
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Le football français a récemment traversé une période difficile marquée par des investissements malheureux et des attentes déçues. L'arrivée du fonds CVC Capital Partners en 2022, censée propulser la ligue professionnelle au niveau de ses voisins européens, s'est avérée plus compliquée que prévu. Cette situation trouve ses racines dans des décisions prises avant la pandémie de Covid-19.
Avant la crise sanitaire, la Ligue de Football Professionnel (LFP) cherchait à renégocier ses droits télévisés, espérant atteindre le milliard d'euros. Face à la réticence des partenaires historiques comme Canal Plus et beIN Sports, la LFP s'est tournée vers un nouvel acteur, Media Pro, une entreprise espagnole financée par la Chine. Cependant, ce choix s'est révélé désastreux. Au sortir du confinement en 2020, Media Pro, confrontée à des statistiques décevantes et un manque d'abonnés, a rapidement renoncé. Canal Plus est intervenu pour sauver la saison, avant qu'Amazon ne prenne le relais. Malgré cette nouvelle diffusion, les revenus générés sont restés bien en deçà du milliard espéré, laissant la ligue dans une situation financière précaire, proche de la faillite.
Face à cette impasse, la LFP a dû choisir entre une approche prudente et moins ambitieuse, ou une stratégie plus audacieuse. Elle a opté pour la seconde option, créant sa propre structure commerciale, LFP Media, pour gagner en autonomie et en efficacité dans la gestion de ses droits. Cette nouvelle entité a ouvert la porte à des investisseurs extérieurs, dont CVC Capital Partners, qui a injecté 1,5 milliard de dollars. Cet argent devait servir à éponger les dettes des clubs et à financer leur développement. En contrepartie de cet investissement, CVC a acquis 13% des parts de LFP Media, avec un droit à 13% des revenus de la LFP à durée indéterminée. Certains dirigeants de clubs ont commencé à s'interroger sur la portée de ce contrat.
En 2023, la question des droits télévisés est revenue sur le tapis, avec l'objectif inchangé du milliard d'euros, mais sans succès. Aucun diffuseur, y compris Canal Plus, n'a formulé d'offre concrète. La ligue a donc dû revoir ses ambitions à la baisse, cédant ses droits à DAZN, une plateforme britannique de streaming sportif. Cependant, DAZN a rapidement constaté que le football français ne générait pas l'engouement attendu, entraînant un faible nombre d'abonnements. Comme ses prédécesseurs, DAZN a jeté l'éponge, considérant que le football français ne valait pas le prix payé.
Cette succession d'échecs a conduit à un bilan négatif pour CVC et la LFP. Le football français n'a pas démontré l'attractivité espérée par rapport à ses concurrents européens. Des indices laissaient pourtant présager cette situation, mais certains acteurs n'ont pas respecté les règles du jeu. Il a été révélé que certains actionnaires de clubs ont préféré se verser des dividendes plutôt qu'investir ou épurer leurs dettes avec l'argent de CVC.
Cependant, un tournant stratégique s'est opéré. Au lieu de continuer à déléguer la vente de ses droits télévisés, la LFP a décidé de gérer cette activité elle-même. Elle a lancé sa propre chaîne de diffusion et ses applications, "Ligue 1 Plus", pour capter directement les revenus des abonnements et ne plus dépendre des diffuseurs privés. Ce modèle, appelé "direct-to-consumer" (DTC), permet à la LFP de produire et de vendre ses matchs directement aux fans et aux diffuseurs étrangers. En considérant le football comme une propriété intellectuelle (IP), la LFP peut exploiter pleinement son potentiel. L'arrivée de CVC prend alors tout son sens, car le fonds peut contribuer à transformer ce modèle. Actuellement, "Ligue 1 Plus" compte plus d'un million d'abonnés, un chiffre encourageant qui pourrait transformer un échec annoncé en succès.
L'univers du private equity, souvent opaque et moins accessible, est le théâtre de transactions stratégiques et rentables, parfois "folles". Pour décrypter cet univers, une série spéciale avec Bradley Lafond, CEO de Fundora, a été lancée. L'objectif est d'expliquer le fonctionnement de ces marchés, la création de fortunes et l'accès à ces opportunités.
Bradley Lafond, bien que n'étant pas un fervent amateur de football, trouve cette aventure entrepreneuriale fascinante, surtout lorsqu'elle implique des sommes importantes et des acteurs comme CVC, capables d'investir massivement ou de se retirer. Il compare cette situation à celle des startups où l'échec peut signifier la fin si les levées de fonds sont épuisées.
Dans le cas de la Ligue 1, le point de bascule s'est produit lorsque la ligue s'est retrouvée sans repreneur pour ses droits. Face à l'échec de Media Pro, DAZN et le désintérêt de Canal Plus, la LFP a décidé de vendre elle-même ses droits. Cette stratégie, bien que risquée, pourrait s'avérer magistrale si elle aboutit. L'investissement dans le football, comme dans tout autre secteur, comporte une part de risque. L'idée est que même avec des fonds importants, il faut accepter de ne pas avoir toujours raison.
L'exemple d'un investissement dans un fonds où le fondateur était le premier investisseur dans Cursor, une entreprise dont la valorisation était alors très basse et le concept de "vibe coding" inexistant, illustre le potentiel de gains exceptionnels. Un seul deal peut mettre plusieurs générations à l'abri. L'important n'est pas d'avoir raison systématiquement, mais d'avoir raison sur quelques deals majeurs.
Le deal de CVC avec la Ligue 1, bien que potentiellement risqué, suscite une forme d'adhésion chez certains spectateurs qui préfèrent soutenir directement le football plutôt que de financer des intermédiaires ou des diffuseurs coûteux.
Le secteur du sport attire de nombreux fonds de private equity, avec des investissements dans la NFL, le basket et le baseball aux États-Unis. Ces fonds paient cher pour acquérir des franchises, anticipant des rendements élevés. L'acquisition de franchises sportives est perçue comme un investissement comme un autre, avec un potentiel de gain et un aspect "sexy" qui attire les investisseurs.
Le "boring business", bien que moins glamour, peut être très rentable. Cependant, il est plus difficile de convaincre des investisseurs d'investir dans des secteurs comme la sécurité ou la silver économie, malgré leur potentiel. Les thématiques d'investissement ont un impact majeur lors de la levée de fonds. Des stratégies comme le "build-up" dans des secteurs fragmentés, comme l'expertise comptable, la santé ou les crèches, visent à regrouper de petits acteurs pour créer des mastodontes. Cependant, même avec des preuves de création de valeur, il est crucial de trouver sa clientèle pour lever un fonds.
En revenant sur le deal du football, qui a frôlé la catastrophe, la question de sa place dans le private equity se pose. Le secteur du retail, bien que complexe, a connu des succès ponctuels avec des enseignes comme Sandro, Maje, Claudie Pierlot, ou encore Mango, qui a réalisé des résultats records. Cependant, il est difficile de prédire les rebonds, et certains investissements dans le retail se sont soldés par des échecs retentissants, comme ceux cités précédemment (André, Minelli, Toys "R" Us, etc.). Des entreprises comme Fusalp, reprises par la famille Lacoste, ont réussi à se transformer en succès, mais les métiers du retail restent exigeants, avec des charges fixes importantes.
Ce qui est difficile à cerner, c'est la rapidité avec laquelle certaines entreprises réalisent des x10, x50, voire x100 en un ou deux ans, notamment grâce à l'intelligence artificielle (IA). Dans le retail, un x2 en cinq ans est déjà considéré comme énorme, rendant l'investissement moins attractif par rapport à d'autres secteurs.
L'IA est en train de changer radicalement le paradigme. Des outils qui étaient inimaginables il y a un ou deux ans sont désormais utilisés au quotidien, améliorant la rapidité et la qualité du travail.
Concernant la protection des fonds contre les échecs, la due diligence est fondamentale. Il est important de se tourner vers des fonds ayant des historiques de performance longs, ayant traversé différentes périodes économiques (bulle internet, crise des subprimes, Covid-19). Ces fonds ont démontré leur capacité à réagir et à persister. Les fonds levés en 2021-2022, durant la bulle technologique, ont souvent eu des performances médiocres, empêchant leur levée de nouveaux fonds. Certains gérants, face à une période de faible investissement, ont préféré conserver les fonds plutôt que de les faire travailler, signalant un potentiel problème.
La question de la bulle de l'IA est débattue. Bien que les valorisations soient élevées et les investissements massifs, il y a une croissance réelle du chiffre d'affaires et des bénéfices portée par l'IA. Même si un cycle baissier est possible, une reprise rapide est anticipée. L'évolution rapide du secteur de l'IA, avec des acteurs comme Google et OpenAI, rend les projections difficiles. Il est crucial de ne pas succomber aux modes, de rester lucide et d'analyser la situation avec pragmatisme. L'incertitude du monde actuel, amplifiée par des événements comme le Covid, ajoute une dimension de risque.
L'investissement comporte une part de chance et d'aléa. Il suffit d'un événement imprévu pour que les prévisions les plus sûres soient remises en question.
Sur le plan fiscal, les moins-values réalisées sur des investissements en private equity peuvent être déduites des plus-values futures, atténuant ainsi la charge fiscale. Elles ne remboursent pas la perte directement, mais réduisent l'impôt sur les gains futurs.
Enfin, il est important de noter que l'absence d'échec dans une vie d'investisseur peut signifier une absence de prise de risque et donc, potentiellement, une absence de succès.
Le prochain épisode abordera l'aventure de Burger King en Europe, un cas où un fonds activiste a joué un rôle clé dans le redressement de l'entreprise, démontrant l'importance d'une gestion proactive et présente.