
Les Emails Cachés Révèlent la mort de Michael Jackson
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Le 25 juin 2009, la mort de Michael Jackson est annoncée, officiellement due à un arrêt cardiaque. Trois ans plus tard, le *Los Angeles Times* révèle des emails internes d'AEG Live, la société productrice de sa tournée, "This Is It". Ces documents, totalisant 250 pages, suggèrent que les dirigeants d'AEG étaient conscients de l'état de santé précaire de Michael Jackson, mais ont néanmoins insisté pour que la tournée se poursuive. La famille de Jackson avait également des doutes concernant le médecin et les médicaments utilisés.
Pour comprendre cette situation, il faut remonter à 2008. Michael Jackson, alors âgé de 50 ans, n'était plus la star intouchable d'antan. Il n'avait pas effectué de grandes tournées depuis un certain temps et cumulait plus de 400 millions de dollars de dettes, dues à des dépenses extravagantes (son domaine de Neverland, sa collection d'art) et à des procès coûteux, notamment un procès pour abus sur mineur en 2005, dont il fut acquitté mais qui détruisit son image publique. Michael avait un besoin urgent de se reconstruire, tant financièrement que personnellement, pour prouver sa valeur à l'industrie, aux fans et aux médias. Cette vulnérabilité sera exploitée.
À l'automne 2008, AEG Live, l'un des plus grands promoteurs de concerts au monde, contacte Michael. Paul Ganggawer, un dirigeant d'AEG, envoie un email interne stratégique avant une rencontre avec Jackson, suggérant d'éviter les costumes et de parler de "grosses recettes" sans donner de chiffres nets réels, car Michael "pense qu'il est bien au-dessus de tout ça". Cela révèle une approche où AEG ne traite pas Michael comme un artiste à respecter, mais comme un produit à commercialiser.
AEG propose à Michael 50 concerts à l'O2 Arena de Londres, pour un total de 132 millions de dollars nets pour l'artiste. Pour AEG, les recettes estimées, incluant les billets, les droits médias et le merchandising, dépassent le milliard de dollars. En janvier 2009, le contrat est signé. Des clauses cruciales y figurent : AEG avance des dizaines de millions de dollars à Michael, l'aidant à réduire ses dettes. Cependant, si Michael annule ou se rétracte, AEG se réserve le droit de prendre le contrôle de sa société et de récupérer les revenus de son catalogue musical pour couvrir les frais. C'est un piège, car Michael ne pourrait plus faire marche arrière sans céder ses droits, la chose la plus précieuse qu'il possède. Paul Ganggawer écrit dans un email : "On ne veut pas être forcés d'arrêter ce que Michael Jackson pourrait essayer de faire parce qu'il est paresseux, instable et cherche à satisfaire ses besoins immédiats. Il n'y a pas le choix, il a signé ce contrat." Un autre dirigeant d'AEG envoie à Randy Phillips, le PDG d'AEG, une vidéo de Michael Jackson aux MTV Music Awards en 2001, où il semble "complètement perdu sur scène", s'interrogeant sur la possibilité que cela se reproduise. Phillips répond : "Avec du temps et des répétitions. Mais il n'a pas le choix, sinon c'est la faillite."
Le contrat prévoit également une assurance. Neuf jours après la signature, un médecin ORL new-yorkais examine Michael. Son rapport se concentre sur les cordes vocales de Jackson, ignorant ses addictions aux médicaments et les annulations de concerts passées dues à des overdoses. Michael répond "non" à la question sur l'usage excessif de médicaments ou d'alcool. Ce rapport est utilisé par AEG pour présenter Michael comme un candidat idéal aux assurances, bien que sa famille, y compris son frère Jermaine, sache qu'il était dépendant de nombreux médicaments, notamment pour dormir, en raison de son anxiété et de la pression.
Le 5 mars 2009, jour de la conférence de presse officielle pour annoncer la tournée, Michael est en retard. Randy Phillips envoie un email à un collègue, décrivant Michael comme "enfermé dans sa chambre, ivre et abattu", "rongé par une haine de lui-même". Malgré cela, Michael finit par arriver, 90 minutes en retard, et annonce la tournée. Deux mois plus tard, Randy Phillips déclare sur CNN que Michael Jackson est en bonne santé.
Cependant, en coulisses, les inquiétudes persistent. L'équipe décide d'embaucher un médecin personnel. Michael insiste pour un médecin américain avec qui il a l'habitude de travailler : Conrad Murray, un cardiologue. La situation financière de Murray est catastrophique : il perd sa maison, doit des pensions alimentaires et son cabinet s'effondre. AEG lui propose 150 000 dollars par mois pour être le médecin personnel de Michael durant la tournée, une offre qu'il ne peut refuser. Le contrat de Murray stipule que s'il est annulé, il cesse d'être payé. Ce contrat n'est jamais signé par Michael, seulement par Murray et AEG Live. Ainsi, le médecin censé veiller sur la santé de Michael a un intérêt financier majeur à ce que la tournée ait lieu. Paul Ganggawer écrit : "On veut rappeler à Conrad que c'est AEG, pas Michael, qui paie son salaire. On veut lui rappeler ce qu'on attend de lui." Les trois parties – AEG, le docteur et Michael – ont donc un intérêt financier fort.
À partir de mai 2009, des alertes se multiplient. Karine Faye, maquilleuse et coiffeuse de Michael depuis 20 ans, écrit à son manager : "J'ai vu de mes propres yeux Michael se dégrader physiquement en l'espace d'un mois. Ses dépassements. Vous ne voulez pas qu'il s'effondre devant des milliers de personnes, mais je laisse ça entre vos mains comme vous me l'avez demandé." Des fans expriment également leur inquiétude face à son extrême maigreur. Le directeur musical note que Michael n'est "pas encore assez en forme pour chanter tout ça en dansant en même temps", un mois avant la date prévue. La compagnie d'assurance Lloyd s'inquiète et demande un examen médical complet de Michael par quatre médecins sur quatre heures, incluant prises de sang et examens cardiaques. AEG, sachant que cela révélerait l'état déplorable de Michael et entraînerait l'annulation de la tournée, contourne cette demande en proposant un simple briefing oral avec le docteur Murray. Face au refus de l'assurance, qui demande le dossier médical de Michael des cinq dernières années et les détails de ses traitements depuis 2003, AEG ne répond jamais. Le docteur Murray déclare que Michael n'a pas autorisé la divulgation.
Le 19 juin 2009, six jours avant sa mort, Michael arrive aux répétitions "complètement exténué". Kenny Ortega, le directeur de production, qui a travaillé avec Michael sur la tournée Dangerous, le renvoie chez lui. Des échanges d'emails entre les dirigeants d'AEG suivent : "Michael a été renvoyé chez lui sans fouler la scène. C'était un désastre. Kenny avait peur qu'il se ridiculise ou qu'il se blesse." Le lendemain, Kenny Ortega répond à Randy Phillips dans un email accablant : "Michael me paraît faible et épuisé. Il tremblait, divaguait, était dans un état obsessionnel. Il montre des signes de forte paranoïa, d'anxiété, un comportement obsessionnel. Je pense que la meilleure chose à faire, c'est de faire venir immédiatement un psychiatre compétent pour l'évaluer." Il ajoute : "C'est comme s'il y avait deux personnes. L'une au fond, on essaie de tenir à ce qu'elle était, et ce qu'elle peut encore être. Michael ne veut simplement pas qu'on abandonne et l'autre personne est affaiblie et agitée. Ses souvenirs de ce qui s'est passé juste avant qu'il s'évanouisse lors d'une répétition au concert d'HBO quand il avait dû tout annuler. J'ai vu Michael dans cet état et la dernière fois il s'est effondré." La réponse de Randy Phillips est irresponsable : "Il est essentiel que ni toi, ni moi, ni personne d'autre autour du spectacle ne se comporte en psychiatre ou en médecin amateur. Le docteur Murray m'inspire un respect croissant au fil de nos échanges. Ce médecin a un cabinet florissant. On a vérifié, il est totalement impartial et éthique." Phillips envoie en parallèle des messages à ses collègues, disant de Kenny : "Ce type commence vraiment à m'inquiéter."
Cinq jours avant la mort de Michael, une réunion a lieu chez lui avec Randy Phillips, Tim Leiweke (AEG), Kenny Ortega, le docteur Murray et Michael. Kenny Ortega tente de parler directement à Michael, mais le docteur Murray l'interrompt violemment : "Tu n'es pas médecin, dégage de là." Le docteur Murray témoignera plus tard : "Michael est venu vers moi en tremblant pour essayer de me tenir éloigné du responsable d'AEG. J'ai réalisé à ce moment-là que Michael était démuni. J'aurais dû prendre mes affaires et partir."
Durant plusieurs semaines, le docteur Murray a administré à Michael du propofol chaque nuit pour l'aider à dormir. Le propofol est un anesthésiant chirurgical, normalement utilisé avant les opérations, et non un somnifère. Il était administré dans une chambre d'hôtel, sans surveillance médicale adéquate, une faute médicale majeure. Michael présentait des effets secondaires tels que des parties du corps froides et des palpitations cardiaques.
Le matin du 25 juin 2009, après une nuit où Michael n'arrivait pas à dormir malgré les sédatifs, le docteur Murray lui administre 25 mg de propofol à 10h50. Michael s'endort pour ce qui sera un sommeil éternel. Le docteur Murray quitte brièvement la pièce et, à son retour, Michael ne respire plus. Au lieu d'appeler immédiatement les urgences (le 911), Murray contacte d'abord son assistant, puis la sécurité. Ce n'est que 30 minutes après avoir trouvé Michael inconscient que les urgences sont appelées. À 14h26, Michael Jackson est déclaré mort.
Pendant trois ans, les emails restent confidentiels. Le 2 septembre 2012, le *Los Angeles Times* publie un article basé sur ces correspondances, révélant qu'AEG était au courant de l'état alarmant de Michael, de l'administration de substances dangereuses par Murray, et des avertissements de l'équipe, mais a continué. Howard Mann, qui travaillait avec Katherine Jackson (la mère de Michael) sur un livre, a fourni ces emails.
Ces emails deviennent des preuves centrales dans deux affaires judiciaires. La première est une plainte de Katherine Jackson et des enfants de Michael contre AEG, réclamant un milliard de dollars de dédommagement. Le procès dure cinq mois, avec des dizaines de témoins comme Kenny Ortega et Karine Faye. L'argument de la famille est qu'AEG a priorisé ses profits sur la santé de Michael. La défense d'AEG soutient que Michael était un adulte responsable avec une longue histoire de comportement autodestructeur. Les dirigeants d'AEG, interrogés sur les emails, affirment ne pas comprendre ou ne pas se souvenir. Le jury conclut qu'AEG a bien embauché le docteur Conrad Murray, mais qu'il était compétent au moment de l'embauche, et donc qu'AEG n'est pas responsable de la mort de Michael. La famille Jackson ne reçoit aucune compensation.
Quant au docteur Conrad Murray, il est condamné au pénal à quatre ans de prison, mais n'en effectue que deux pour bonne conduite. Après la mort de Michael, Randy Phillips écrit : "La mort de Michael est une terrible tragédie mais la vie continue." AEG a en effet fait fortune avec les tickets non remboursés, le merchandising, l'exposition itinérante et le film *This Is It*, qui a rapporté 250 millions de dollars. Ils ont également récupéré 17 millions de dollars d'assurance auprès de Lloyd. La famille Jackson, quant à elle, n'a rien obtenu, perdant un membre majeur de leur famille et luttant des années devant les tribunaux.
En fin de compte, Michael Jackson n'a pas été tué par incompétence ou indifférence, mais par un système qui valorisait l'argent plus que sa vie.