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Bienvenue dans Allô la Martingale ! Aujourd'hui, nous allons aborder une question cruciale : comment investir comme les professionnels, même sans être millionnaire ? Les institutionnels et les grandes fortunes ont-ils accès à un monde d'investissement qui nous serait interdit, ou s'agit-il simplement d'une approche différente de la construction d'un patrimoine ? Pour en parler, nous accueillons Sami Wardini, président et cofondateur de Ramify, une fintech en pleine ascension.
Sami, tu es à la tête de Ramify, une entreprise qui se positionne comme l'alternative digitale à la banque privée. Peux-tu nous en dire plus sur votre approche et votre positionnement ?
Sami : Avec plaisir. Ramify s'appuie sur trois axes principaux pour offrir une alternative digitale à la banque privée. Premièrement, nous proposons une gamme de produits extrêmement large, la plus vaste du marché, couvrant toutes les classes d'actifs et tous les types d'enveloppes : de la crypto à l'art, de l'assurance vie luxembourgeoise au PER. L'objectif est de ne pas avoir de biais et de permettre une diversification maximale, essentielle pour le suivi à long terme de nos clients. Deuxièmement, tous nos contrats sont en gestion pilotée, ce qui simplifie la gestion pour nos clients. Nous sommes un conseiller en investissement financier, ce qui signifie que l'argent de nos clients n'est jamais sur nos comptes. Nous travaillons avec des assureurs et des banques de renom comme Generali, G2LA, Mondial, et BNP Cardif pour créer ces enveloppes. Cela assure une sécurité maximale pour l'argent de nos clients. Nous gérons aujourd'hui entre 500 millions et 1 milliard d'euros pour environ 10 000 clients, dont l'offre phare, l'offre Black, cible des investisseurs entre 100 000 et 2 millions d'euros. Le montant moyen investi est d'environ 350 000 à 400 000 euros.
Passons maintenant à ce que font réellement les professionnels de l'investissement. Quand on observe le patrimoine d'une grande famille ou d'une institution, qu'est-ce qui te frappe le plus ?
Sami : Ce qui saute aux yeux, c'est la très forte diversification, bien plus qu'un portefeuille classique. On retrouve les actifs traditionnels comme les actions, les obligations ou les fonds euros, mais surtout une grande proportion d'actifs illiquides. C'est là la principale différence. Les institutions ont un horizon d'investissement beaucoup plus long, parfois 50 à 60 ans pour des fondations centenaires ou des universités américaines. Cela leur permet de prendre des risques d'illiquidité plus importants et d'investir dans des choses plus pointues, en immobilisant du capital sur de très longues périodes.
C'est donc leur manière de s'enrichir, en profitant du temps ?
Sami : Exactement. Leur assise financière et leurs flux leur permettent de couvrir leurs dépenses courantes avec une partie de leur patrimoine financier investie sur des rendements plus modestes (3-5% par an). Le reste est investi sur du long terme, dans des start-ups, des PME, de la dette privée, sur des horizons de 5, 10, voire 15 ans. Ils acceptent cette illiquidité. Pour un particulier, l'idée de bloquer son argent pendant 10 ans peut être intimidante, alors qu'un institutionnel le voit comme un programme d'investissement. Par exemple, dans les actifs non-cotés, il y a des appels de fonds sur 5 ans, puis des distributions. La complexité réside non seulement dans la sélection des fonds (diversification par millésime, géographie, stratégie), mais aussi dans l'ingénierie financière pour gérer les 50% d'actifs liquides restants. Il faut qu'ils soient toujours au courant de quand l'argent va arriver, préparer le prochain millésime, et s'assurer que l'argent est disponible pour les appels de fonds. C'est ce que nous appelons un programme d'investissement. Nous proposons ce type de programmes à nos clients à partir de 500 000 - 1 million d'euros, en gérant cette complexité grâce à notre expertise. Nous capons généralement l'exposition aux actifs non-liquides à 30% du patrimoine financier global pour les particuliers.
Qu'est-ce que tu entends par actifs non-cotés ?
Sami : Les actifs non-cotés, c'est principalement du private equity, c'est-à-dire investir dans des entreprises non cotées en bourse. Cela peut inclure de l'immobilier en private equity. L'objectif est d'investir dans des projets qui ne sont pas soumis à la liquidité des marchés publics, ce qui offre des opportunités d'arbitrage plus grandes. Nous nous spécialisons dans le private equity d'entreprise, ciblant des entreprises plus matures, mais nous adaptons les stratégies au profil de risque du client.
Y a-t-il des stratégies à éviter en private equity ?
Sami : Il est difficile de dire ce qu'il faut éviter car chaque stratégie a son rôle. Par exemple, le secondaire, c'est-à-dire l'achat de positions existantes dans des fonds ou des entreprises, peut être très intéressant, surtout dans le contexte actuel. De nombreux fonds ont besoin de liquider une partie de leurs positions, offrant des opportunités d'acquérir des entreprises de qualité à des prix décotés. Cependant, il est essentiel d'être accompagné ou de faire le travail soi-même pour analyser ces opportunités.
Un particulier peut-il faire ce travail seul, ou est-ce un monde réservé aux plus riches ?
Sami : Je pense que c'est à la portée de beaucoup de monde, mais c'est surtout une question de temps et de discipline. Tout le monde a un métier, et il est difficile de consacrer une ou deux journées par mois à l'analyse des fonds et des deals. Avec les outils actuels, notamment l'IA et l'information disponible sur internet, on peut faire ce travail si on a un minimum de connaissances. Mais la discipline de le faire sur 15 ans est rare. C'est pourquoi l'accompagnement est souvent indispensable. La gestion de patrimoine est complexe, couvrant l'immobilier, les cryptos, les obligations, etc. Les clients qui viennent vers nous recherchent cet accompagnement.
L'accès aux produits d'investissement s'est démocratisé. Est-ce une bonne nouvelle ou un piège pour le particulier ?
Sami : C'est une bonne et une mauvaise nouvelle. Avant, il y avait peu de produits et un manque de transparence. Aujourd'hui, il y a un surplus d'information et de produits, ce qui peut rendre difficile de s'y retrouver. Cependant, cette démocratisation a aussi entraîné une baisse des frais, ce qui est très positif pour le particulier. Mais le marché reste très intermédié, avec des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et des plateformes régulées qui ont des obligations de conseil. Le problème est que certains produits, comme les produits structurés, sont souvent vendus avec une histoire attrayante, mais leur complexité sous-jacente est difficile à appréhender.
Tu parles des produits structurés. Peux-tu nous expliquer ce que c'est et pourquoi il faut s'en méfier ?
Sami : Un produit structuré est un sous-jacent avec une formule mathématique qui dicte le rendement en fonction des conditions du marché. Il existe une infinité de produits structurés, ce qui les rend complexes. Certains sont vendus sur une histoire, comme Stellantis, mais le sous-jacent peut être un dérivé beaucoup plus risqué. Quand Stellantis a chuté, des produits structurés liés ont perdu toute leur valeur. Pour éviter cela, il faut challenger son CGP. Demandez le prospectus du produit, utilisez des outils d'IA pour poser les bonnes questions sur les scénarios de perte. Si vous avez le moindre doute, fuyez. Nous, chez Ramify, nous proposons des produits structurés très simples, explicables en deux phrases. Par exemple, un produit structuré SNP 500 Max Buffer qui garantit un rendement maximum de 6% par an, mais sans jamais descendre en dessous de zéro, même si le marché chute. C'est un produit simple et rassurant pour beaucoup.
Quelle est l'erreur que font la plupart des CGP aujourd'hui ?
Sami : Une erreur fréquente, notamment sur les club deals immobiliers, est de ne pas rentrer dans le détail des clauses du deal et de se concentrer uniquement sur l'aspect immobilier. Il faut analyser le pacte d'actionnaires, les conditions de remboursement, et les petites lignes qui peuvent avoir un impact majeur sur le rendement en cas de problème. C'est un travail d'analyse approfondie que peu de CGP font. Chez Ramify, moins de 10 à 15% des deals que l'on nous propose passent notre filtre. Nous expliquons à nos clients les raisons de nos refus, ce qui est aussi pédagogique.
Quel est le meilleur investissement que les particuliers ignorent encore trop ?
Sami : Je pense que les fonds de private equity perpétuels, ou Evergreen, sont très intéressants. Ils permettent d'être exposé à une classe d'actifs différente des actions et obligations classiques, tout en offrant une semi-liquidité (on peut sortir tous les trois mois). Ces produits, qui délivrent entre 8 et 11% par an, financent l'économie réelle et se démocratisent de plus en plus. Il existe des fonds thématiques, des fonds à impact, etc. C'est une excellente manière de diversifier son portefeuille sans sacrifier la liquidité.
Sami, quelle est la conviction de Ray Dalio qui guide Ramify ?
Sami : C'est le principe de la diversification. Si l'objectif est d'investir sur 25 ans, il faut prendre du risque. Mais pour réduire ce risque sans sacrifier la performance, il faut superposer un maximum de stratégies non-corrélées. Le moyen le plus simple est de diversifier les classes d'actifs : actions, obligations, immobilier, matières premières, private equity.
Quels sont les grands équilibres d'un portefeuille pour un jeune de 25 ans avec un horizon d'investissement long ?
Sami : Pour quelqu'un qui a au moins 20 ans devant lui, il faut viser 60 à 70% d'actions, en fonction de l'appétit au risque. Cela peut inclure du private equity. Il est aussi important de se garder une petite poche (environ 10%) pour des investissements plaisir, comme un club deal immobilier ou du venture capital, sur des projets qui nous tiennent à cœur. Ensuite, on peut introduire de l'immobilier pour stabiliser le portefeuille, ou des matières premières comme l'or. Plus on s'approche du moment où l'on aura besoin du capital, plus on réduit l'exposition aux actions.
Si tu avais 100 000 euros supplémentaires aujourd'hui, que ferais-tu ?
Sami : Si j'avais 100 000 euros en plus, je les déploierais dans un fonds de private equity avec une stratégie qui me plaît, comme un fonds buyout LBO qui investit dans la consolidation de marchés, à l'image des intégrateurs d'Odoo. Ces fonds peuvent générer des rendements importants sur 6-7 ans. Évidemment, l'argent n'est pas appelé d'un coup, il faudrait donc penser à comment faire travailler les 75% restants avec peu de risque, par exemple via des produits structurés simples, en attendant les appels de fonds.
Merci beaucoup Sami pour ces éclaircissements. On peut te retrouver sur LinkedIn, Sami Wardini de Ramify.
Sami : Ce sera avec grand plaisir. Bonne rentrée à tous.