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10 ANS DE MACRON : L’HEURE DU BILAN [ARGENT MAGIQUE]
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Le mandat d'Emmanuel Macron, s'étendant sur dix "saisons" de 2017 à 2027, a été caractérisé par une série de réformes et d'événements majeurs, reflétant une orientation fortement néolibérale, bien que ponctuée par des interventions keynésiennes en période de crise.
**Chronologie des Mandats de Macron (2017-2027)**
Macron accède au pouvoir en mars 2017. Son "projet" néolibéral se met en place rapidement, mais provoque des tensions. Dès novembre 2018, le mouvement des Gilets Jaunes éclate, alimenté par la hausse de la taxe carbone et des revendications sur le pouvoir d'achat et l'inégalité des prélèvements. La suppression de l'ISF et les réformes fiscales lui valent le surnom de "président des riches". Les protestations s'intensifient en 2019 avec les manifestations contre la réforme des retraites à points. Cette période est marquée par une violence accrue dans la répression des manifestants, l'épisode Benalla et 23 éborgnés. L'arrivée du Covid-19 en 2020 met fin aux mobilisations des Gilets Jaunes et enterre le projet de retraite à points.
La pandémie entraîne trois confinements, une forte tension sur le personnel médical, et une politique du "quoi qu'il en coûte", avec un endettement massif de l'État pour soutenir les salaires et éviter les faillites.
Macron est réélu en mars 2022 face à Marine Le Pen. Ce second mandat est marqué par deux enjeux majeurs : l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, déclenchant une crise énergétique et inflationniste (jusqu'à 6,3% en février 2023), et les élections législatives de juin 2022. Pour la première fois, le parti de Macron n'obtient pas la majorité absolue, le forçant à recourir fréquemment à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire passer ses réformes, notamment celle des retraites, qui suscite de vives réactions. L'été 2023 est marqué par les émeutes suite à la mort de Naël Merzouk. En 2024, la dissolution de l'Assemblée nationale entraîne une reconfiguration politique, avec un Nouveau Front Populaire (NFP) en tête mais sans majorité absolue, accentuant la nécessité de compromis parlementaires. Depuis 2025, le deuxième mandat de Donald Trump et ses politiques protectionnistes, ainsi que les canicules répétées, dominent l'actualité.
**Qu'est-ce que le Néolibéralisme ?**
Le néolibéralisme, doctrine née dans les années 1930 après la Grande Dépression, est une mise à jour du libéralisme classique. Alors que le libéralisme pur prônait une absence totale d'intervention étatique, le néolibéralisme reconnaît la nécessité d'un rôle actif de l'État. L'État doit légiférer pour protéger le marché concurrentiel et offrir un filet de sécurité social (santé, éducation), mais sans que cela ne coûte "trop cher" en impôts. Les dépenses publiques doivent favoriser les entreprises privées en concurrence, et non les entreprises publiques.
Le néolibéralisme s'oppose au keynésianisme, qui dominait après 1945, caractérisé par un État interventionniste, des marchés régulés, de nombreuses entreprises publiques, et une politique axée sur la demande (augmentation du pouvoir d'achat, plein emploi, commandes publiques). Les néolibéraux prônent une politique de l'offre : l'État doit viser l'équilibre budgétaire et, si nécessaire, soutenir le marché par des subventions aux entreprises, les laissant libres de leurs actions.
**Les Réformes Néolibérales de Macron**
Les réformes de Macron s'inscrivent pleinement dans cette logique néolibérale :
1. **Réformes Fiscales (dès 2018) :** Elles ont coûté environ 50 milliards d'euros de recettes annuelles en moins.
* **Suppression de la taxe d'habitation** (16 milliards en moins).
* **Baisse de l'impôt sur les sociétés** (de 33,3% à 25%, soit 11 milliards en moins).
* **Baisse de l'impôt sur la production** (10 milliards en moins).
* **Création du prélèvement forfaitaire unique (flat tax) :** Taxe les revenus du capital à un taux unique de 30%, supprimant la progressivité. Cela avantage les plus riches (taxés à 30% au lieu de 45%) et pénalise les petits épargnants (taxés à 30% au lieu de 0%).
* **Suppression de l'ISF.**
Ces mesures ont renforcé l'image de Macron comme "président des riches", s'inscrivant dans la théorie du ruissellement, selon laquelle la richesse des plus favorisés stimulerait l'économie. Cependant, cette théorie est largement contestée en recherche économique, l'argent ayant plutôt tendance à créer des monopoles ou à se perdre dans la spéculation.
2. **Réformes de l'Emploi (ordonnances travail dès 2017, réformes chômage entre 2019 et 2025) :** Elles visent à réduire le coût direct et indirect du travail.
* **Réduction du coût du travail direct :** Réforme des droits au chômage (réduction des allocations, de la durée d'indemnisation, augmentation de la durée de cotisation). Pérennisation du CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi), une réduction des cotisations patronales pour les salaires bas, qui représente un manque à gagner de 15 à 20 milliards d'euros par an pour la Sécurité Sociale.
* **Réduction du coût du travail indirect (coûts de friction) :** Plafonnement des indemnités prud'homales en cas de licenciement abusif (Barème Macron 2017), rendant les licenciements moins coûteux pour les entreprises. Ces mesures s'inscrivent dans la continuité des réformes El Khomri (2016) visant à assouplir le Code du travail.
La "flexisécurité" promise par Macron n'a pas été pleinement réalisée. Si la flexibilité a été accrue, la sécurité (assurance chômage, CPF) reste "moyenne" par rapport à des modèles comme le Danemark. Le renforcement du "flicage" des chômeurs et la conditionnalité du RSA (dès 2025) accentuent la pression sur les demandeurs d'emploi.
3. **L'Apprentissage :** Macron a massivement augmenté les aides à l'apprentissage, notamment pendant le Covid, avec un coût estimé à 157 milliards d'euros depuis 2018. Malgré un succès initial (500 000 contrats), le chômage des jeunes remonte depuis 2022, suggérant que ces aides ont surtout créé des emplois temporaires tant qu'ils étaient subventionnés.
4. **Réforme des Retraites à Points (abandonnée) :** Bien qu'abandonnée, cette réforme illustrait la volonté néolibérale de faciliter la réduction des pensions et l'augmentation de l'âge de départ sans vote parlementaire, afin de réduire les dépenses et les cotisations, et donc le coût du travail.
5. **Privatisations et Dérégulations :** La confiance aveugle dans le marché a conduit à des dérapages.
* **Cars Macron (2015) :** La dérégulation du transport en car, visant à casser le monopole de la SNCF, a initialement créé de la concurrence, mais a finalement abouti à une situation de quasi-monopole (Flixbus).
* **Uber :** L'implantation d'Uber, favorisée par Macron, visait à briser le monopole des taxis. Elle a conduit à des mobilisations de chauffeurs pour de meilleures rémunérations et à l'instauration d'un examen pour les VTC, revenant sur le principe de dérégulation.
* **Maisons de Retraite et Crèches (scandales Orpéa, People & Baby) :** Les réformes (tarification en 2017 pour les EHPAD, loi ASAP en 2020 pour les crèches) ont favorisé la privatisation en réduisant les coûts et la réglementation, conduisant à des "optimisations" (mauvaise alimentation, manque de soins) directement liées à l'absence de contrôle.
* **CPF et Prime Rénov :** Ces systèmes, basés sur la confiance dans le privé, ont été entachés d'arnaques, obligeant l'État à réduire l'ambition des programmes et à renforcer les critères d'éligibilité.
**Conséquences des Politiques Néolibérales**
Le bilan des politiques néolibérales de Macron est mitigé :
* **Pouvoir d'achat :** Les réformes fiscales ont principalement bénéficié aux 5% les plus riches (1800 euros supplémentaires), et aux classes moyennes et supérieures par la suppression de la taxe d'habitation. La revalorisation de la prime d'activité, en réponse aux Gilets Jaunes, est la seule aide significative aux revenus les plus faibles.
* **Dette et Déficit :** La baisse des impôts, sans croissance économique suffisante, a conduit à une augmentation du déficit et de la dette publique. La stratégie néolibérale du "cliquet" consiste à baisser les impôts, laisser le déficit augmenter, puis invoquer la "faillite de la France" pour justifier des coupes dans les services publics.
* **Croissance :** Le PIB de la France n'a pas décollé de manière significative en 40 ans de néolibéralisme, remettant en question l'efficacité de cette approche.
* **Chômage :** Le chômage est passé de 10% à 7,2% mais remonte depuis 2022. La flexibilisation a incité à une reprise d'emploi plus rapide, mais souvent via des contrats précaires (moins de 6 mois), sans effet sur l'emploi durable.
* **Pauvreté :** Le taux de pauvreté est passé de 13,8% en 2017 à 15,4% après 10 ans de néolibéralisme.
* **Services Publics :** Les services publics (éducation, santé, recherche) subissent une "asphyxie lente" par une augmentation budgétaire insuffisante face aux besoins, entraînant une dégradation des infrastructures, des salaires peu attractifs et un manque de personnel.
**Le "Keynésianisme de Crise" de Macron**
Malgré son orientation néolibérale, Macron a adopté des mesures keynésiennes en période de crise, notamment pendant le Covid-19. Il a suivi le mouvement mondial en dégainant le "bazooka keynésien" du "quoi qu'il en coûte".
* **Aides massives** aux entreprises et aux ménages pendant les confinements.
* **Plans de relance** (France Relance en 2021, 100 milliards d'euros ; France 2030, 54 milliards d'euros).
* **Financement européen :** Macron, avec Merkel, a contribué à faire accepter un endettement commun européen de 750 milliards d'euros pour financer des subventions et des prêts aux pays membres, montrant une solidarité inédite.
* **Bouclier énergétique (2022-2023) :** En réponse à la crise énergétique, l'État a payé une partie des factures pour protéger ménages et entreprises, une mesure également adoptée par d'autres pays européens.