
Regardez ça avant de donner de l’argent à vos enfants - Jeanne Le Melinaire
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Mathieu Stéphanie reçoit Jeanne pour un épisode de La Martingale dédié à l'argent et aux enfants, un sujet souvent tabou en France. Jeanne, fondatrice de EasyWup (iwup.com), une entreprise spécialisée dans l'éducation financière pour les jeunes, partage son expérience et ses conseils. Elle a créé EasyWup il y a trois ans, proposant des cahiers d'activités pour différents âges, notamment à partir de 7 ans, ainsi que pour les étudiants et les adultes. L'objectif est de vulgariser l'argent et de le ramener au centre des discussions familiales, en privilégiant le format papier pour favoriser la concentration et éloigner les enfants des écrans.
Jeanne, ancienne conseillère en gestion de patrimoine, a été confrontée à l'incompréhension des notions financières, même lors de ses études. Elle a constaté que ce manque de connaissance pouvait mener à l'endettement ou empêcher la réalisation de projets de vie. Elle souligne que le tabou de l'argent en France est profondément enraciné dans l'histoire, notamment religieuse et républicaine, où l'argent est souvent mal vu et associé à l'égoïsme. Cependant, les jeunes générations, grâce aux réseaux sociaux, sont de plus en plus averties, bien qu'elles fassent parfois des erreurs d'investissement.
Les erreurs classiques des parents sont multiples. La première est de ne pas parler d'argent du tout. Ensuite, il y a la tendance à critiquer les riches tout en incitant les enfants à avoir un bon salaire, ce qui crée une contradiction. Les parents ont aussi tendance à dire "c'est trop cher" ou "on n'a pas les moyens" sans expliquer les priorités budgétaires. Il est important de ne pas associer l'accompagnement financier à la divulgation du salaire ou du budget familial, mais plutôt à l'explication de la valeur des choses et des choix.
Il est recommandé de donner de l'argent de poche aux enfants dès 6-7 ans, en petites sommes et de manière régulière (par exemple, toutes les semaines) pour qu'ils puissent faire leurs premières transactions et apprendre à gérer. Il est crucial de les laisser dépenser et même se tromper, car il vaut mieux qu'ils fassent des erreurs à 7 ans plutôt qu'à 25 ans avec des crédits à la consommation. L'argent de poche physique est privilégié pour que l'enfant puisse manipuler l'argent et comprendre la valeur des pièces et billets, contrairement aux cartes dématérialisées qui peuvent masquer la réalité de la transaction.
L'éducation financière doit s'adapter à l'âge de l'enfant. Pour les plus jeunes, il s'agit d'initiation et de notions de base. Vers 12-13 ans, il faut développer leur esprit critique face aux informations continues des réseaux sociaux. À l'âge étudiant, l'objectif est de les responsabiliser et de leur donner un cadre pour prendre de bonnes habitudes avant d'entrer dans la vie active.
Jeanne insiste sur l'importance de l'école dans l'éducation financière. Bien que le "passeport éductfi" de la Banque de France soit une bonne initiative, elle estime qu'une heure et demie en 4ème est insuffisant et que les professeurs ne sont pas toujours formés pour enseigner ces notions. Elle pense que certaines notions, comme les intérêts composés, sont difficiles à aborder par les parents s'ils ne les ont jamais apprises eux-mêmes.
Les erreurs courantes des adolescents incluent les achats impulsifs d'applications ou de jeux en ligne, où la carte bancaire des parents est souvent enregistrée, entraînant des dépenses inattendues. Plus grave, certains jeunes investissent dans des cryptomonnaies via des plateformes frauduleuses, perdant ainsi leur argent et se retrouvant endettés. Jeanne met en garde contre la confusion entre "avoir de l'information" et "être compétent", car les jeunes pensent souvent tout savoir après avoir vu quelques vidéos sur TikTok. Il est essentiel de développer leur esprit critique face aux réseaux sociaux et à l'IA.
Concernant l'investissement, il ne faut pas diaboliser les cryptomonnaies ou les NFT, car ils peuvent être un point d'entrée pour intéresser les jeunes. Cependant, il est primordial de revenir aux fondamentaux : gérer un budget, comprendre les revenus et les dépenses, épargner. Les jeunes doivent apprendre à diversifier leurs investissements, en commençant par des supports sécurisés comme le livret A avant d'explorer des actifs plus risqués.
Jeanne évoque également la problématique des parents qui donnent de l'argent dès que l'enfant n'en a plus, l'empêchant de gérer un budget. Il faut éviter de compenser et laisser l'enfant faire face aux conséquences de ses dépenses. Le système du "journal financier" où l'enfant note ses revenus et dépenses pour économiser en vue d'un plaisir est une bonne pratique. L'idée de mettre en place des "intérêts" sur l'épargne de l'enfant (par exemple, en rajoutant une pièce si l'argent n'est pas touché pendant un certain temps) est un excellent moyen de leur faire comprendre les intérêts composés.
Les femmes sont historiquement moins intéressées par l'argent en raison d'un manque d'accompagnement et de privation d'accès aux sujets financiers. Cependant, les statistiques montrent qu'elles sont de meilleures investisseuses que les hommes, mais qu'elles manquent de confiance en elles et de légitimité. Il est crucial de briser cette barrière.
Pour récapituler les conseils clés :
- Donner de l'argent de poche physique dès 6-7 ans (2-3€ par semaine ou 6€ par mois).
- Retarder au maximum l'accès aux cartes bancaires dématérialisées (pas avant 12 ans).
- Utiliser des applications éducatives comme Pixpay.
- Commencer à aborder les notions d'investissement en fin de collège/début de lycée, en investissant de petites sommes symboliques pour leur faire comprendre le risque.
- Expliquer pourquoi l'argent est mis de côté (permis, études) afin qu'ils l'utilisent à bon escient.
- Pour les études, commencer à épargner dès la naissance via une assurance vie, avec un effort d'épargne d'environ 270€ par mois pour couvrir les coûts (250 000 à 300 000€ de 0 à 20 ans).
- Investir pour ses enfants dès la naissance, en diversifiant entre livrets pour les projets à court terme et des placements plus dynamiques pour le long terme.
- Toujours investir avec un objectif clair, car tous les projets n'ont pas le même horizon de temps.
- Ne pas trop protéger les enfants et ne pas hésiter à leur parler d'argent, car ne pas le faire les désavantage.
- La transmission anticipée et les donations ne sont pas réservées aux familles aisées et sont importantes pour optimiser la fiscalité.
Jeanne critique le fait que de nombreux parents, même aisés, ne parlent pas d'argent ou de patrimoine, privant leurs enfants d'une éducation financière implicite. Elle encourage les parents à accompagner leurs enfants dans la gestion de l'argent, par exemple en leur faisant gérer un petit appartement à l'âge adulte. Elle met en garde contre le fait de trop donner ou de compenser systématiquement, ce qui nuit à l'apprentissage de la valeur de l'argent.
Enfin, la distinction entre besoin et désir est une notion qui peut être comprise dès 7 ans. Pour les adolescents confrontés à la pression sociale des marques, la "règle des 24 heures" (attendre 24h avant un achat impulsif) peut être utile. Jeanne partage l'exemple de sa fille qui, voulant une paire de chaussures chère, a vendu des objets sur Vinted pour se les payer, apprenant ainsi la valeur du travail et de l'argent.
Le pire investissement pour un jeune de 18 ans est la cryptomonnaie sans les bases, car c'est un investissement risqué et souvent mal compris. Il est préférable de commencer par des investissements sécurisés et de diversifier, même si les rendements sont moins attractifs. Les jeunes doivent comprendre que l'argent facile et rapide est souvent illusoire, et que de nombreuses "formations" en ligne sont des arnaques.
Jeanne Le Méliner propose ses livres Easy Book et Easy Smart pour accompagner les familles. Elle offre un code promo "martingale30" pour 30% de réduction sur ses livres. Son péché mignon d'investissement est l'immobilier, comme son père, bien qu'elle se tourne de plus en plus vers le financier et la crypto.