
100 Objects #14: Basketball Sleeve
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En regardant un match de la NBA, la femme du narrateur a remarqué que de nombreux joueurs portaient des manchons de compression. Intrigué, le narrateur, Romin Araboule, un producteur et reporter connu pour l'émission NPR "Throughline", a découvert que ces manchons n'avaient pas de fonction médicale pour la plupart des joueurs ; c'était une question de mode. Cette tendance est relativement nouvelle, inexistante dans les années 1990. L'histoire du manchon est intrinsèquement liée à celle d'Allen Iverson, un joueur qui a connu une ascension fulgurante de la prison à la renommée internationale. Iverson a profondément influencé la culture du basketball, à l'instar de Michael Jordan pour le jeu lui-même. Son histoire et celle de son manchon révèlent la relation complexe du basketball avec la race, les politiques de respectabilité et l'image des joueurs sur le terrain.
La saison NBA passée a été marquée par une audience record. Le jeu, autrefois perçu comme moins glamour, a évolué. Dans les années 1970, malgré des icônes de style comme Walt Frazier, le basketball souffrait d'une faible audience. Les matchs étaient souvent diffusés en différé, et les bagarres sur le terrain étaient fréquentes. L'image de la ligue était entachée par l'idée qu'elle était "trop noire", non seulement en termes de démographie, mais aussi en raison d'un style de jeu perçu comme "street ball" et de rumeurs d'abus de drogues. Teresa Runsteadler, historienne et ancienne cheerleader de la NBA, auteure de "Black Ball", explique que les joueurs noirs étaient souvent stigmatisés comme incontrôlables et paresseux.
Bien que la ségrégation ait pris fin en 1951, les années 1970 ont vu la NBA devenir majoritairement noire, ce qui a alimenté des récits médiatiques négatifs, souvent basés sur des rumeurs de consommation de drogue. Un incident tragique en 1977, lors d'un match entre les Lakers et les Rockets, a exacerbé cette perception. Kermit Washington (noir) a frappé Rudy Tomjanovich (blanc), lui causant de graves blessures. Cet événement a renforcé le stéréotype des "grands hommes noirs criminels" battant des hommes blancs sur le terrain, s'inscrivant dans le contexte plus large de la "crise urbaine" aux États-Unis, caractérisée par le désinvestissement des quartiers noirs et l'augmentation de la criminalité.
Cependant, en 1980, l'arrivée de deux joueurs exceptionnels, Magic Johnson et Larry Bird, a transformé la ligue. Ces deux rivaux, l'un blanc et l'autre noir, l'un de la côte ouest (Lakers) et l'autre du Midwest (Celtics), ont offert une narration captivante. Magic Johnson, avec sa personnalité effervescente et son sourire, incarnait "Showtime" et Hollywood. Larry Bird, originaire de l'Indiana rural, représentait le Midwest, travailleur et sérieux. Cette rivalité raciale et de classe a été exploitée par le nouveau commissaire de la NBA, David Stern, qui voyait la ligue comme une multinationale nécessitant un relooking. Stern voulait mettre l'accent sur les personnalités des joueurs, les présentant comme des individus uniques, sans casques ni uniformes à manches longues, permettant aux fans de voir leurs expressions et de se connecter à eux.
Cette approche a porté ses fruits. Au début des années 1990, la NBA a connu un succès retentissant. Puis, Michael Jordan est apparu, consolidant l'image de la ligue. Jordan, six fois champion, a cultivé une image publique inspirante, mystérieuse mais accessible, et surtout, apolitique. Il était une toile parfaite pour les annonceurs, prêt à adapter son image pour sa marque personnelle. Son refus de soutenir un politicien démocrate parce que "les Républicains aussi achètent des baskets" illustre son pragmatisme commercial. Jordan apparaissait toujours en costume sur mesure, incarnant le "CEO Jordan", un homme d'affaires professionnel. Il représentait le type d'homme noir non offensant, acceptable pour tous, aidant la NBA à se débarrasser des problèmes des années 1970. Son style contrastait avec celui d'icônes des années 70 comme Walt "Clyde" Frazier, qui incarnait la culture urbaine noire new-yorkaise avec ses fedoras, ses fourrures et son excès. Jordan a "neutralisé" ce contexte, offrant une image aseptisée et familiale. D'autres joueurs ont commencé à imiter Jordan, le costume-cravate devenant le code vestimentaire officieux.
Mais cette image de respectabilité a été bousculée en 1996 par l'arrivée d'Allen Iverson. Contrairement à Jordan, Iverson n'allait pas porter de costume. Iverson, sélectionné en premier choix par les 76ers, a immédiatement dominé la ligue, remportant le titre de Rookie de l'Année. Malgré sa petite taille (1m83), il était un marqueur incroyable, capable de dribbles spectaculaires. Son chemin vers la célébrité n'a pas été facile. Originaire d'une région pauvre et ségréguée de Virginie, il a été impliqué dans une bagarre dans une salle de bowling en 1993, accusé d'avoir blessé quelqu'un avec une chaise. Condamné à cinq ans de prison à 18 ans, il a été libéré après quatre mois grâce à une grâce du gouverneur. Cette expérience l'a marqué, mais il a refusé de s'y soustraire.
Iverson est resté fidèle à lui-même, représentant son quartier et sa culture. En 2000, il était une superstar de la NBA, surnommé "The Answer" (La Réponse). Il avait des contrats de sponsoring, des publicités, et ses maillots se vendaient en masse. Son attrait ne venait pas seulement de son jeu, mais aussi de son attitude audacieuse et de son authenticité. Alors que Jordan portait des costumes, Iverson arrivait aux matchs en do-rag, jeans baggy, Tims et tresses. À cette époque, peu de joueurs de la NBA arboraient un style aussi ouvertement "noir". Ses bras étaient recouverts de tatouages, une pratique qu'il a contribué à normaliser, brisant l'association avec la prison ou l'armée. Iverson ne cachait pas son passé ni ne cherchait à se conformer ; il était fier de qui il était et d'où il venait.
Lenny Courier, l'entraîneur des 76ers à l'époque, a témoigné de la méticulosité d'Iverson concernant son look. Il a observé l'impact d'Iverson sur les jeunes fans, qui voulaient s'habiller et se coiffer comme lui. Iverson lui-même a reconnu son statut de "faiseur de tendances" en voyant d'autres joueurs adopter son style. Sur le terrain, Iverson jouait sans peur, invitant le contact, ce qui lui valait de nombreuses blessures. Lors de la saison 2000-2001, il souffrait d'une bursite au coude droit, son bras de tir. La bursite, une inflammation des bourses séreuses, était douloureuse et nécessitait du repos. Mais Iverson ne pouvait pas se permettre de s'arrêter. Il était à un moment crucial de sa carrière, sous le feu des critiques pour n'avoir jamais mené son équipe aux finales.
Lenny a cherché une solution pour permettre à Iverson de jouer malgré sa blessure. Les coudières étaient trop encombrantes et "pas cool". Il a alors eu l'idée d'utiliser un bas de contention, habituellement porté par les femmes enceintes ou les personnes âgées pour prévenir les caillots sanguins. Il pensait que cela pourrait compresser et protéger le coude sans gêner l'amplitude de mouvement. Lenny a coupé un bas sur mesure pour le bras d'Iverson. Le 21 janvier 2001, Iverson a joué son premier match avec ce manchon blanc fait maison. Il a réalisé une performance exceptionnelle, marquant 51 points. Le manchon lui plaisait, il était ajusté et n'interrompait pas son tir. Iverson a continué à porter le manchon, même après la guérison de sa bursite. Il est devenu une partie intégrante de son look emblématique.
Une petite entreprise de vêtements de sport, Under Armour, a vu le potentiel du manchon comme article de mode fonctionnel. Ils ont contacté Iverson, lui proposant des manchons de compression plus élégants et mieux fabriqués que le modèle fait maison de Lenny. Iverson a adopté les manchons Under Armour, qui ont rapidement été commercialisés. D'autres joueurs de la NBA ont commencé à porter le manchon, même sans blessure, pour imiter Iverson. Il avait introduit la culture hip-hop dans la NBA, et maintenant, les joueurs adoptaient même son équipement médical.
Cependant, au sommet de son pouvoir, Iverson a commencé à faire l'objet de critiques croissantes. En 2000, il a sorti une chanson de rap controversée, contenant des insultes raciales, des attaques contre les femmes et des menaces homophobes. La ligue, qui acceptait une certaine esthétique hip-hop, ne voulait pas des associations criminelles. Iverson, avec son passé judiciaire, était l'incarnation de cette esthétique. Chaque mot et geste d'Iverson devenait une nouvelle. Une conférence de presse infâme en 2002, où il a été interrogé sur son absence aux entraînements, a fait de sa réponse "On parle d'entraînement" un mème. Cette réputation de "bad boy" et de "voyou" a agacé David Stern et la NBA, qui craignaient une mauvaise image pour la ligue.
En 2004, une bagarre éclate lors d'un match entre les Pistons et les Pacers, débordant dans la foule (la "Malice at the Palace"). Bien qu'Iverson n'y ait pas été impliqué, cet incident a semblé confirmer le récit selon lequel la culture hip-hop qu'il avait introduite – les vêtements, les tatouages, l'attitude – était en train de ruiner la NBA. Stern a réagi en 2005 en instituant un code vestimentaire "business casual" officiel pour la NBA, interdisant pratiquement tout ce qu'Iverson portait : baskets, do-rags, lunettes de soleil à l'intérieur, chaînes larges, jeans baggy, Tims et même les t-shirts. Iverson a perçu cette mesure comme une attaque personnelle. Il a expliqué que les joueurs voulaient simplement s'exprimer et porter ce qu'ils voulaient, contrairement aux époques précédentes où le costume-cravate était la norme.
Iverson et certains de ses coéquipiers ont ignoré le code vestimentaire, accumulant des milliers de dollars d'amendes. Cette perception de "fauteur de troubles" et les blessures croissantes ont nui à sa carrière. Cinq ans après sa saison MVP, il a été échangé aux Denver Nuggets, puis à deux autres équipes, avant de quitter la NBA en 2010. La NBA avait interdit ses vêtements, mais pas le manchon. Article médical à l