
Howard Marks: how I make money while you worry about a market crash
Audio Summary
AI Summary
Howard Marx a récemment changé d'avis sur l'IA, passant d'une vision d'une possible bulle à une appréciation plus optimiste de son potentiel. Ce changement a été influencé par son fils, un capital-risqueur qui utilise l'IA quotidiennement. Marx a réécrit son mémo initial de décembre sur l'IA en février, reconnaissant l'évolution rapide de la technologie. Il admet que son enthousiasme actuel pourrait être perçu comme de la séduction, mais il voit dans l'IA des qualités sans précédent.
L'autonomie est la première de ces qualités. Contrairement aux innovations technologiques précédentes (chemins de fer, ordinateurs, internet) qui étaient des outils pour augmenter la productivité, l'IA peut accomplir des tâches sans instructions détaillées, en trouvant ses propres méthodes. Cela soulève la préoccupation qu'elle puisse prendre le contrôle. La deuxième qualité est son imprévisibilité. Marx n'a jamais ressenti une telle incertitude quant à l'avenir d'une technologie. Il estime que personne ne peut prédire la forme future de l'IA, contrairement à l'internet qu'il jugeait compréhensible et prévisible.
Interrogé sur la capacité de l'IA à remplacer son propre travail, Marx reconnaît que l'IA peut traiter d'énormes quantités d'informations rapidement, une tâche que des investisseurs comme Warren Buffett accomplissaient manuellement. L'IA progresse si vite que ce qui était impensable il y a trois ans est risible aujourd'hui. Marx compare l'impact de l'IA à celui de l'indexation, qui a marginalisé de nombreux acteurs du marché boursier en révélant qu'ils sous-performaient les moyennes. L'IA pourrait démasquer un autre groupe de professionnels dont les talents ne sont pas aussi exceptionnels qu'ils le prétendent.
Les ordinateurs traditionnels pouvaient lire, mémoriser, additionner, soustraire et comparer, avec une grande vitesse et sans erreurs arithmétiques ou émotionnelles. La question clé pour l'IA est de savoir si sa liste de capacités est illimitée ou limitée. Marx se demande ce que l'IA ne pourra pas faire. Il cite l'exemple de la capacité à éviter d'investir avec de "mauvaises personnes", une décision basée sur un sentiment indéfinissable, une intuition, que l'IA ne possède peut-être pas.
Marx pense qu'il y aura toujours des domaines où l'IA sera limitée, notamment ceux où il n'existe pas d'historique pour l'entraîner. Une grande partie de ce que fait l'IA est de connaître l'histoire, de reconnaître des modèles et d'extrapoler. Il y aura toujours des situations sans précédent. De plus, certaines personnes possèdent une meilleure compréhension de la distribution de probabilité des événements futurs, une forme d'intuition qui pourrait échapper à l'IA.
Pour être un investisseur supérieur, il faut pratiquer la "pensée de second niveau" : voir quelque chose de différent des autres et avoir une perception divergente du consensus. Il faut parier sur cette perception et avoir raison. Marx affirme qu'on ne peut pas enseigner la pensée de second niveau, car elle implique une capacité à avoir des perceptions à l'encontre du consensus et qui s'avèrent correctes. Il compare cela au basket-ball où "on ne peut pas entraîner la taille". Il s'interroge sur la capacité de l'IA à développer une telle "perspicacité".
Il se souvient d'une décision majeure en 2008, lors de la faillite de Lehman Brothers. Son fonds avait levé 11 milliards de dollars pour un fonds de dette en difficulté, anticipant une crise. Face à l'effondrement du système financier, l'équipe s'est posée la question d'investir. Il n'y avait pas de précédent pour la "fin du monde", seulement des suppositions. Leur raisonnement fut que si le monde financier s'effondrait, leurs investissements n'auraient pas d'importance. Mais si le monde ne s'effondrait pas et qu'ils n'investissaient pas, ils n'auraient pas fait leur travail. Ils ont donc investi massivement, malgré le doute et la peur. Ils ont également identifié des opportunités quantitatives, achetant des dettes de sociétés à des prix très bas. Marx insiste sur le fait qu'ils n'étaient absolument pas confiants, mais qu'ils ont agi malgré la peur. Attendre d'être sans crainte, c'est laisser passer l'opportunité.
Concernant la levée de 11 milliards de dollars, plusieurs facteurs ont contribué : une longue histoire de relations et de très bons résultats pour les clients, une stratégie particulièrement adaptée aux crises (le fonds avait déjà excellé lors de crises précédentes), et la capacité de l'équipe à identifier les failles de l'environnement économique qui ont conduit à la crise financière mondiale. Le marché n'avait pas joué son rôle de disciplinaire, permettant à des idées stupides de prospérer. Enfin, le grand respect pour Bruce Karsh, le co-fondateur, a été crucial. Ils ont levé les fonds avant la crise, car le meilleur moment pour investir est pendant la crise, mais il est impossible de lever des fonds à ce moment-là en raison des mauvaises nouvelles. Ils ont construit leur "arche avant le déluge". Au fil des ans, ils ont aussi fait preuve de crédibilité en réduisant la taille de leurs fonds après des succès, quand ils estimaient que les opportunités étaient moins bonnes, contrairement à la plupart des entreprises d'investissement. Cette approche a renforcé la confiance de leurs clients.
Marx souligne l'importance d'une attitude humble et de la reconnaissance de l'incertitude. Il cite Mark Twain : "Ce n'est pas ce que vous ignorez qui vous cause des ennuis, c'est ce que vous savez avec certitude et qui n'est tout simplement pas vrai." Il conseille de toujours commencer une réflexion par "Je pourrais me tromper, mais..." plutôt que par des affirmations catégoriques qui peuvent mener à de graves problèmes si elles s'avèrent fausses.
Il parle de son partenariat de 39 ans avec Bruce Karsh, qu'il considère comme l'une des plus grandes réussites de sa vie après sa famille et ses amitiés. Le fondement de leur relation est le respect mutuel. Pour un partenariat réussi, il faut partager les mêmes valeurs et avoir des compétences complémentaires. Si l'un est trop agressif et l'autre trop prudent, ou si les éthiques divergent, le partenariat est voué à l'échec. Les compétences complémentaires sont également essentielles : chacun doit apporter des choses que l'autre ne peut pas faire ou ne veut pas faire. Bruce a initié l'idée du fonds de dette en difficulté, Marx gère les relations extérieures et les podcasts, tandis que Bruce gère l'argent. Il faut être reconnaissant d'avoir un partenaire qui fait ce qu'on ne veut pas faire.
Concernant l'éducation de son fils Andrew, Marx insiste sur le fait de ne jamais chercher à affirmer sa supériorité sur ses enfants. Il a toujours laissé son fils être plus intelligent que lui dans certains domaines et lui a apporté un soutien inconditionnel dans ses projets, à condition qu'ils ne soient pas nuisibles. Il a permis à sa fille de choisir son école secondaire, même s'ils avaient une préférence, pour lui donner l'expérience de la prise de décision.
Quant à trouver sa vocation, Marx avoue avoir fait un "travail terrible" dans sa jeunesse, prenant des décisions par hasard et sans intention. Il encourage les jeunes à choisir leur voie de manière intentionnelle et réfléchie. Sa citation préférée, de Christopher Morley, est : "Il n'y a qu'un seul succès : vivre sa vie à sa manière." Il conseille de trouver quelque chose qui exploite ses forces, évite ses faiblesses et apporte le bonheur, sans se laisser influencer par les amis, la société ou les parents. Il reconnaît que se connaître est difficile, surtout que l'on évolue constamment.
Il ne se souvient pas d'exercices spécifiques pour devenir plus intentionnel, mais il situe un tournant vers l'âge de 49-50 ans, lorsqu'il a quitté son emploi pour fonder Oak Tree avec Bruce. Avant cela, ses décisions étaient souvent le fruit du hasard ou de circonstances externes, comme son passage au département des obligations de Citibank en 1978, qui fut une chance pure.
Marx recommande deux livres : "A Short History of Financial Euphoria" de John Kenneth Galbraith, qui enseigne la faiblesse mentale derrière les booms et les effondrements, et "Fooled by Randomness" de Nassim Nicholas Taleb, qui explore le rôle du hasard dans la vie et son impact sur l'attitude face au risque et l'évaluation des performances. Il considère que beaucoup d'événements dans la vie sont aléatoires, ce qui influence sa propre pensée non-décisive.