
Investissements et outils industriels : la France à la manœuvre ? Par @bsmart_tv
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Voici un résumé de la transcription de l'émission Smart Industries :
L'émission Smart Industries, enregistrée au salon Global Industrie, aborde la question de l'adoption des technologies de l'industrie du futur par les PME et ETI françaises, en les comparant à leurs voisins allemands et italiens. L'étude menée par McKinsey et la Fabrique de l'Industrie, en collaboration avec IPSOS, vise à déterminer si la France est en retard dans ce domaine.
**Qu'est-ce que l'Industrie 4.0 ?**
Vincent Charlet, directeur général de la Fabrique de l'Industrie, explique que l'expression "Industrie 4.0", née en Allemagne, englobe un ensemble de technologies numériques (intelligence artificielle, fabrication additive, 5G, Internet des objets) destinées à augmenter la productivité des entreprises manufacturières. L'objectif principal de la numérisation est d'améliorer la performance, car les gains de productivité ralentissent depuis plusieurs décennies dans les pays occidentaux, menaçant la prospérité future et la création d'emplois. Ces technologies permettent aux entreprises industrielles de monter en gamme et d'améliorer leur compétitivité internationale. Mathieu du Sud, directeur associé chez McKinsey, ajoute que le ralentissement de la productivité globale est aussi dû au fait que l'économie d'un pays n'est pas uniquement constituée de l'industrie, et que certaines entreprises peinent à adopter le numérique.
**NIO : la robotique au service de la valeur ajoutée**
Marc-Henri Franc, fondateur et CEO de NIO, présente sa société qui développe des bras robotisés intelligents conçus pour être proches de l'humain et des tâches à forte valeur ajoutée. NIO a d'abord ciblé le marché de l'éducation pour démocratiser la technologie avant de lancer une nouvelle génération de robots dédiée à l'industrie. Ces robots se veulent accessibles en termes de prix et d'usage, modulaires et adaptables aux besoins des PME. Marc-Henri Franc constate que ses clients français cherchent activement des solutions pour optimiser leurs gains de productivité, de qualité et de performance industrielle face à la compétition mondiale, et que la robotique fait partie des axes pertinents pour y parvenir.
**Les enseignements clés de l'étude : une photographie nuancée**
Mathieu du Sud détaille les prémisses de l'étude : comprendre le taux d'adoption des technologies de l'industrie 4.0 et les freins à leur déploiement. L'étude a porté sur 1200 PME et ETI françaises, comparées à 200 entreprises allemandes et 200 italiennes, couvrant 14 technologies clés de l'industrie 4.0 regroupées en trois thèmes : connectivité et calcul (IA générative, analytique avancée), optimisation des processus (robotique, impression 3D), et technologies transverses (stockage d'énergie, ordinateurs quantiques).
Vincent Charlet présente les enseignements clés :
1. **Pas de retard global d'équipement :** Contrairement à l'idée reçue, le tissu industriel français n'est globalement pas en retard par rapport à ses voisins allemands et italiens en termes de niveau d'équipement technologique.
2. **Perspectives d'investissement réduites :** C'est le revers de la médaille. Les entreprises françaises déclarent des perspectives d'investissement nettement plus faibles que leurs homologues allemandes et italiennes. Cela pourrait entraîner un futur retard, là où la France a aujourd'hui une position équivalente ou une légère avance.
**Densité d'équipement et passage à l'échelle : le paradoxe français**
Mathieu du Sud met en lumière un paradoxe : si la densité d'équipement en robotique est inférieure en France (environ 200 robots pour 10 000 salariés, contre 350-370 en Allemagne), le taux de pénétration de certaines technologies clés (cloud, robotique, impression 3D) est paradoxalement plus élevé en France qu'en Allemagne. Cela signifie que les entreprises françaises sont plus nombreuses à posséder au moins un robot, mais en ont généralement moins que leurs concurrentes allemandes ou italiennes une fois équipées. Le défi pour la France n'est donc pas tant l'adoption initiale des technologies, mais le "passage à l'échelle" : équiper plus densément et déployer ces technologies sur des cas d'usage concrets créateurs de valeur. Ce problème de passage à l'échelle se retrouve également dans le nombre de transformations digitales menées par les entreprises françaises.
**Les freins à l'adoption : la culture et les problèmes terre à terre**
Marc-Henri Franc souligne que les concepts de l'IA ou de l'industrie 4.0 sont mieux compris lorsqu'ils sont rattachés à un bénéfice concret pour le client, comme le retour sur investissement ou l'optimisation des gains. Il constate cependant que certains ateliers français ressemblent encore à des usines des années 80, rencontrant des problèmes basiques de connexion Wi-Fi, de cybersécurité ou même de luminosité pour la vision robotique. Ces problèmes terre à terre entravent le déploiement rapide des technologies. L'adoption réussie des technologies robotiques dépend de l'implication de toutes les parties prenantes dès le début du projet : techniciens, opérateurs, chefs de projet et direction financière.
Vincent Charlet identifie un autre frein majeur : un noyau plus important d'entreprises françaises "réfractaires" qui ne se sentent pas concernées par ces technologies. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre (manque de capitaux, de compétences), ces entreprises déclarent simplement que la technologie ne les concerne pas, ce qui est difficilement justifiable dans un contexte industriel concurrentiel. Ce réflexe d'inertie ou d'attentisme, couplé à une proportion plus élevée d'entreprises n'envisageant pas de plans de transformation organisationnelle, pèse sur l'équipement et la productivité. Il est nécessaire de faire de la pédagogie pour dépasser cette attitude.
**Perspectives d'investissement et politiques publiques**
Vincent Charlet observe que, bien que les pouvoirs publics et les branches industrielles réfléchissent à des politiques pour encourager l'investissement, les priorités mondiales ont évolué. La pandémie de Covid et la crise énergétique ont relégué la modernisation de l'industrie au second plan, au profit de sujets comme le réarmement ou la décarbonation. Il note même des signes de désinvestissement dans le numérique en Allemagne, suggérant un contexte d'attentisme généralisé. La France doit donc réfléchir à des mesures d'accompagnement et de pédagogie pour éviter que les entreprises ne baissent les bras.
**Les leviers pour accroître l'investissement et la compétitivité**
Mathieu du Sud propose plusieurs leviers :
1. **Déployer la technologie sur les bons cas d'usage :** C'est la base pour créer de la valeur visible et transformer la culture.
2. **Favoriser la collaboration entre grands groupes et PME/ETI :** Les grands groupes doivent embarquer leurs partenaires dans leurs programmes industriels, comme le fait Toyota avec ses sous-traitants. Cela implique la R&D en commun, le co-investissement et le développement de stratégies communes.
3. **Faire évoluer la culture d'entreprise :** Le déploiement de nouvelles technologies doit s'accompagner d'une gestion du changement et d'un accompagnement.
4. **Monter en compétence :** Éduquer les salariés à tous les niveaux sur la valeur des nouvelles technologies et les nouvelles pratiques managériales est essentiel.
Marc-Henri Franc insiste sur l'importance de montrer un retour sur investissement rapide et une valeur pragmatique pour convaincre les entreprises. Il préconise de vendre des cas d'usage et de la valeur produit plutôt que de simples robots, en adoptant une approche de conseil. Il souligne également que la France a un atout majeur : de bons cerveaux et des ingénieurs talentueux, permettant de développer des technologies de rupture. Cependant, il note qu'il est parfois plus facile d'exporter aux États-Unis qu'en Europe, en raison de barrières culturelles et historiques.
Vincent Charlet met en avant la composition sectorielle de l'industrie française, moins favorable à la productivité que celle de l'Allemagne, avec une proportion plus faible de secteurs intensifs en connaissance et en technologie. Il souligne que le numérique, s'il est un facteur de performance pour les entreprises qui l'adoptent, peut aussi accroître les disparités entre entreprises et secteurs s'il n'est pas intégré dans une transformation plus large. L'arrivée de la concurrence chinoise sur les secteurs à forte valeur ajoutée pourrait aiguillonner les industries européennes. Il évoque également la tendance à la régionalisation des chaînes de valeur face aux questions de souveraineté économique et industrielle, ce qui pourrait nécessiter un effort d'équipement technologique accru pour rester compétitif.
**La collaboration européenne et les initiatives françaises**
L'idée d'une réponse européenne commune est soulevée. Bien que le marché européen soit libre et concurrentiel, un mouvement de régionalisation des chaînes de valeur est observé. La collaboration, le partage des risques et de la valeur, ainsi qu'un cadre contractuel solide sont considérés comme essentiels pour améliorer la collaboration entre acteurs industriels.
Marc-Henri Franc met en avant le rôle stimulant de BPI France et des labels comme French Fab dans le développement des initiatives industrielles. Il regrette que peu de diplômés d'écoles d'ingénieurs choisissent l'industrie, mais croit en son rôle central pour une économie saine et souveraine. Il souligne l'importance de l'éducation et de la démocratisation des technologies pour surmonter la peur de l'inconnu.
En conclusion, Mathieu du Sud note un élément rassurant dans l'étude : les industriels français ne perçoivent pas le manque de compétences et de talents comme un obstacle majeur à l'adoption technologique, contrairement à leurs voisins allemands et italiens. Il invite à construire sur cette force, en formant davantage d'ingénieurs pour accélérer la renaissance industrielle en France. L'ensemble des intervenants s'accordent sur l'importance de l'investissement technologique, de l'adoption de nouveaux usages, de la collaboration et de la montée en compétence pour assurer la compétitivité et la souveraineté industrielle.