
Ridley Scott raconte comment il fabrique ses films (Alien, Blade Runner, Gladiator, The Dog Stars…)
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Le réalisateur, âgé de 88 ans, a dirigé 31 films et 2 000 publicités. Il a commencé sa carrière cinématographique à 40 ans, après sept ans d'études en art, dont quatre ans en enseignement provincial et trois ans au Royal College of Art, où il a étudié avec des figures comme David Hockney, Ron Kitaj, Francis Bacon et Lucian Freud. Il a découvert sa passion pour la réalisation en tant que designer à la BBC, où il a remarqué que les réalisateurs n'étaient pas visuels et ne profitaient pas pleinement de ses décors. Après 18 mois, on lui a proposé un cours de production, puis une émission, ce qui l'a mené à la réalisation.
Interrogé sur les leçons tirées de son nouveau film, "A Dog Stars", il répond par la négative, expliquant qu'il est tellement expérimenté que son principal défi est d'éviter de se répéter, tant au niveau des sujets que des techniques. Il souligne que le cinéma a beaucoup changé, notamment avec le passage du film à la technologie numérique, mais il était un excellent opérateur, filmant lui-même ses publicités et ses premiers films. Il utilise désormais jusqu'à 11 caméras, une technique qu'il a perfectionnée sur "La Chute du Faucon Noir" pour la vitesse et la liberté des acteurs. Il donne l'exemple d'une scène d'ouverture à Mogadiscio (filmée au Maroc) où il a utilisé 11 caméras pour tout filmer en une seule prise, avec des caméras dans des hélicoptères, dans la rue et sur les toits. Selon lui, les autres réalisateurs ne font pas cela car ils n'ont pas la "vision" nécessaire pour tout visualiser à l'avance.
Il insiste sur l'importance de sa propre vision, qui lui permet de savoir ce qu'il veut et d'être très efficace. Il laisse peu de place à l'imprévu car il est souvent dans le vrai. Il a une approche très structurée du drame, qu'il visualise comme une géométrie, même dans le silence ou le mouvement. Il prépare chaque scène en dessinant des storyboards détaillés, comme une bande dessinée, ce qui lui permet de "filmer sur papier" avant même d'arriver sur le plateau. Cela lui permet d'être extrêmement préparé et d'éviter les longues discussions avec les acteurs avant chaque prise. Il mentionne une citation de l'épouse de Paul Newman, Joan Woodward : "Jouer, c'est comme le sexe. N'en parle pas, fais-le." Il préfère limiter les prises, bien qu'il puisse aller jusqu'à 12 ou 15 si nécessaire, comme ce fut le cas sur "Blade Runner" où il a eu du mal à faire comprendre son univers aux acteurs.
Concernant le casting de Brad Pitt pour "Thelma et Louise" en 1991, il raconte que Brad Pitt était son premier choix. Il avait déjà engagé un autre acteur qui s'est retiré pour un rôle plus important. Il a ensuite auditionné deux autres acteurs, dont Brad Pitt, qui l'a impressionné par son côté détendu et sa capacité à improviser. Il a eu l'intuition que Brad Pitt ferait une grande carrière, même s'il ne s'attendait pas à un tel succès.
Pour lui, un grand acteur est avant tout intelligent et intuitif. Il cite Russell Crowe comme exemple. Les meilleurs acteurs font confiance à leur intuition et sont spontanés, considérant le dialogue comme de la musique. Il ne donne pas d'instructions détaillées, préférant laisser les acteurs prendre des décisions spontanées. Il a travaillé avec Kevin Spacey, qui lui a dit : "Ne me dis pas comment pleurer." Il admire la capacité des acteurs à se préparer et à apporter leurs propres idées.
Il évoque le cas de Josh Brolin sur "A Dog Stars", qui a failli quitter le film avant même le début du tournage. Le réalisateur n'était pas au courant de ce problème, mais pense que Brolin s'est progressivement rendu compte qu'il lui laissait la liberté d'être son partenaire.
Il parle de l'évolution du cinéma, regrettant le bruit et le rythme frénétique des films actuels, contrastant avec le silence du début d'Alien ou de "A Dog Stars". Il attribue cela en partie à l'influence de la publicité britannique des années 70 et 80, où lui et d'autres réalisateurs comme Alan Parker et Adrian Lyne ont créé un nouveau style visuel qui a ensuite influencé le cinéma mondial.
Il mentionne le film "Blade Runner" comme une réinvention du cinéma, malgré les difficultés de tournage avec le directeur de la photographie Jordan Cronenweth, qui souffrait de problèmes de santé non diagnostiqués à l'époque. Il a défendu Cronenweth face aux pressions du studio pour accélérer le rythme.
Il regrette que la suite d'Alien, après le succès de "Prometheus" et "Alien Covenant", n'ait pas été poursuivie. Il a apprécié le travail de Denis Villeneuve sur "Blade Runner 2049", bien qu'il estime que les différentes parties du film n'ont pas tout à fait "fusionné". Il a lui-même tenté d'adapter "Dune" et a même rencontré Frank Herbert, l'auteur, qui a reconnu que George Lucas avait "volé" des idées pour Star Wars. Star Wars a d'ailleurs changé sa perception de ce qu'il devait faire ensuite, le poussant à réaliser Alien.
Le réalisateur exprime son amour pour son métier, qui le fait se sentir "vivant". Il n'a pas de regrets majeurs dans sa carrière. Il a toujours cherché à se renouveler, contrairement à d'autres réalisateurs qui, selon lui, se sont "enlisés" dans le passé.